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Liban

Hariri chez Salam, une visite tout en symboles sous le signe de la solidarité intersunnite

Affaire des militaires tués

« Que personne ne fasse de la surenchère avec nous au sujet de notre islam ou de ce que nous représentons », martèle le Premier ministre

OLJ
11/09/2017

C'est une visite tout en symboles que le chef du gouvernement, Saad Hariri, a effectuée hier auprès de son prédécesseur, Tammam Salam, à qui le camp du 8 Mars, notamment le Hezbollah et le Courant patriotique libre (CPL), attribue, ainsi qu'à l'ancien commandant en chef de l'armée, le général Jean Kahwagi, la responsabilité de la mort des soldats qui étaient pris en otage par le groupe terroriste État islamique.
La boîte de Pandore qui s'est ouverte avec la découverte des corps des soldats otages et la nouvelle de leur liquidation, en 2015, a eu pour effet d'attiser les clivages politico-confessionnels qui, prochaines législatives obligent, se sont traduits par de violents échanges d'accusations aux relents consternant de règlements de comptes.

À Mousseitbé, Saad Hariri et Tammam Salam ont donné hier l'image de deux chefs sunnites soudés contre une campagne qui transcende la personne du chef du gouvernement, pour atteindre toute la communauté sunnite, comme l'a laissé entendre le Premier ministre lorsqu'il a mis en garde contre une discorde confessionnelle, après avoir lancé : « Que personne ne fasse de la surenchère avec nous au sujet de notre islam ou de ce que nous représentons », se faisant ainsi l'écho de l'exaspération que d'autres personnalités sunnites, comme le ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, et l'ancien chef de gouvernement, Nagib Mikati, et l'ancien ministre, Achraf Rifi, ont exprimée durant le week-end.

Dans sa déclaration de presse au terme de l'entretien, Saad Hariri a donné le ton, en affirmant qu'il est venu discuter avec M. Salam d'un dossier « grandement politisé et traité d'une manière visant à provoquer une scission dans le pays ».
« Nous savons tous que les soldats ont été enlevés alors que le conflit politique faisait rage dans le pays, a déclaré M. Hariri. (...) Tammam Salam a dû prendre les décisions adéquates pour protéger le Liban. Nous voulons tous connaître la vérité, mais la vérité ne doit pas être politisée », a-t-il averti en rappelant les circonstances de l'époque et comment l'État avait géré les incidents de Abra et le phénomène Ahmad el-Assir, ainsi que le terrorisme qui frappait le pays. « Que personne ne fasse donc de la surenchère avec nous au sujet de notre islam et de ce que nous représentons », a-t-il martelé.

M. Hariri a en outre rappelé les attaques, en 2014, contre l'armée « qui a réagi de manière à empêcher une implosion dans le pays ». « Le commandement politique à l'époque avait pris les bonnes décisions, en dépit des divergences, pour protéger le Liban et éviter une discorde sunnito-chiite, a-t-il dit. Nous ne permettrons à personne de semer la discorde entre les sunnites et les chiites au Liban. Nous avons vu ce qui s'est passé en Syrie et en Irak », a soutenu le Premier ministre, en mettant l'accent sur l'importance qui était accordée à l'époque au maintien de la stabilité. Et d'ajouter : « Nous avons des divergences insurmontables avec le Hezbollah mais nous sommes d'accord avec eux sur le maintien de la stabilité et de la sécurité au Liban. Je demande à tous d'arrêter les surenchères. Si nous voulons définir des responsabilités, je dirai que nous sommes tous responsables, tous les leaders politiques, en raison de leurs conflits. »

À la question de savoir si l'enquête va s'étendre à ces derniers, le chef du gouvernement a répondu par l'affirmative, « si besoin est », faisant également part de la responsabilité des médias qui mettent de l'huile sur le feu, selon lui.

M. Hariri n'a pas répondu à la question de savoir s'il comptait rendre publics les procès-verbaux des Conseils des ministres qui ont suivi le rapt des soldats en août 2014, se contentant de souligner que ce qui lui « importe, c'est l'enquête réclamée par le président Michel Aoun pour déterminer comment et pourquoi les soldats ont été tués. Nous échangeons des accusations, en oubliant que les soldats ont été tués par l'EI ». Il a dénoncé la polémique qui a aussi éclaté autour de l'enquête, la situant dans le cadre de « surenchères visant seulement à marquer des points ».

En réponse à une autre question, M. Hariri a assuré que les habitants de Ersal « n'ont rien à craindre » et qu'« il se tient à leurs côtés ». « L'armée libanaise est là aussi », a-t-il dit. Dans ce contexte, il convient de rappeler que les services de renseignements de l'armée avaient arrêté samedi l'ancien président du conseil municipal de Ersal, Ali Hojeyri, soupçonné d'être impliqué dans l'enlèvement des soldats.

Prenant à son tour la parole, Tammam Salam a approuvé les propos de son successeur, saluant les positions « claires » qu'il adoptait à l'époque des faits, « contrairement à d'autres qui croyaient que la surenchère confessionnelle pouvait développer leur popularité ». Il a fustigé « une course visant à marquer des points » précisant qu'il n'est pas question pour lui ou pour Saad Hariri d'agir de la sorte « dans un souci de popularité ».

 

 (Lire aussi : Geagea : La majorité des Libanais sont contre le Hezbollah car il hypothèque la décision nationale

 

 

« Une proie facile »
Samedi, le ministre de l'Intérieur Nouhad Machnouk avait lui aussi fustigé les détracteurs de Saad Hariri « qui est le porte-parole officiel du gouvernement et qui n'a de leçons à prendre de personne », estimant que la campagne menée contre lui et contre Tammam Salam « transcende la personne des deux pour viser leur poste et ce qu'ils représentent ». « Personne ne peut nous considérer comme une proie facile. Nous sommes fiers d'avoir pu préserver Ersal. Jean Kahwagi n'a fait que ce que sa conscience lui avait dicté », a-t-il dit, lors d'un dîner en son honneur à Chbeniyé.

M. Machnouk a en outre réagi aux accusations portées contre lui par les familles des ex-otages, affirmant que « les tests d'ADN ont montré que les soldats ont été assassinés plusieurs mois après l'opération sécuritaire dans la prison de Roumieh ». Les familles en veulent à M. Machnouk pour avoir mené en 2015 une opération contre des islamistes dans la prison de Roumieh, dont le timing aurait, selon eux, coïncidé avec le meurtre des soldats. « Certaines personnes mal intentionnées mais influentes essaient de manipuler la vérité en propageant des mensonges, a accusé M. Machnouk. Ils veulent me faire payer le prix de mon soutien à l'armée et à l'État libanais. »

L'ancien Premier ministre, Nagib Mikati, a lui aussi mis en garde contre « des provocations communautaires », en avertissant que « les tentatives de monopoliser les décisions nationales risquent de mener de nouveau à des tensions et des divisions ». Dans le même temps, l'ancien ministre Achraf Rifi qui, à Fnaydek, présentait ses condoléances aux familles des deux soldats tués par l'EI, Hussein Ammar et Khaled Mokbel Hassan, se déchaînait contre le Hezbollah, qu'il a de nouveau accusé d'avoir facilité la fuite des combattants de l'EI qui étaient encerclés dans le jurd de Qaa et d'avoir entravé les négociations qui auraient débouché en 2014 à la libération des soldats. Il a réclamé que l'enquête ordonnée par le chef de l'État porte aussi sur ces volets. S'adressant à M. Salam et au général Kahwagi, il leur a demandé de « ne pas se laisser intimider » par leurs détracteurs qu'il a désignés en des termes insultants, au moment où le chef du CPL, Gebran Bassil, tenait à son tour un discours électoral virulent contre ses adversaires politiques, lors d'un dîner du CPL à Batroun.

Face à ce paysage politique, le président de la Chambre, Nabih Berry, n'a pas caché sa consternation, allant même, en réponse à une question de la presse, à laisser entendre qu'il risque d'affecter le gouvernement. M. Berry a notamment déploré une médiatisation de tous les conflits, estimant que « les hommes politiques n'ont pas le droit d'agir de la sorte ». « Nous ignorons dans notre pays le principe de l'intérêt supérieur de l'État », a-t-il déploré, en appelant à mettre fin aux polémiques.

 

 

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Bery tus

il y a ceux qui détruisent le liban pour le compte de pays régionaux !! C'EST CELA LA VRAI TRAITRISE

Irene Said

Nous ne sommes toujours pas une nation digne de ce nom, mais un "aggloméré" de gens appartenant à:

des confessions différentes
partis de toutes les couleurs
des chefs de clans
des puissances étrangères
etc. etc.

et chaque membre de l'une des composantes de cet "aggloméré" a construit une barrière autour de lui...et ne regarde au-dehors que pour insulter, accuser, rejetter la cause de nos malheurs sur l'autre !
Car il croit et clame très fort que lui seul est le meilleur et le plus dévoué envers le Liban !

Il est tellement aveuglé par ses convictions... dictées par ses supérieurs...qu'il ne voit plus que notre Liban sombre lentement mais sûrement dans l'abîme !
Quand il se retrouvera au fond du trou...que fera-t-il ?
Irène Saïd



ON DIT QUOI ?

Il n'y a pas de sunnite ou chiite pas plus de chretiens que de druzes , seuls les idiots tombent dans le piege de ce genre de distraction .

Il y'a ceux qui résistent et ceux qui agissent dans l'ombre pour le compte des COMPLOTEURS manipulateurs.

Le hezb résistant libanais agit à visage ouvert et dit à l'avance clairement ce qu'il veut.

Les internes corrompus seront démasqués et punis.

There is no way out , my dears fellows lebanese.

gaby sioufi

ds l'attente du non resultat satisfaisant de l'enquete, encore une preuve-s'il en faut - de la fracture nationale , encore une fois d'origine confessionnelle : cette fois ci musulman vs musulman. chiite vs sunnite qui va + loin que jamais:
critiquez nasrallah, C la Oumma chiite qui crie au viol,
critiquez hariri, C la oumma sunnite qui reagit pareil,
critiquez aoun,C les aounistes qui s'enervent-beaucoup- mais SEULEMENT ca.
critiquez geagea, C les FL qui s'enervent -un peu- car lui, il s'en fout des critiques....
critiquez joumblat, je ne sais pas, lui, est tt le temps critique par ses propres ouailles

Antoine Sabbagha

En effet notre système tribal seul pourra mettre fin aux polémiques dans un pays ou tout chef de tribu finit obligatoirement par convaincre son clan de tout oublier pour éviter une guerre civile et rester ainsi à sa place ..

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL FAUT ATTRIBUER LA MORT DES SOLDATS MARTYRS UNIQUEMENT A CEUX QUI METTAIENT DES LIGNES ROUGES ET EMPECHAIENT L,ETAT DE NEGOCIER LEUR LIBERATION...

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