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Liban

À travers le Liban, des villages accompagnent les soldats vers leur dernière demeure

Funérailles des militaires assassinés par l'EI
OLJ
09/09/2017

Si les parents des soldats enlevés par l'État islamique (EI) attendaient depuis trois ans le jour où leurs enfants leur seraient rendus, ce jour est enfin arrivé hier. Mais plutôt que de serrer avec joie et soulagement les jeunes militaires dans leurs bras, ce sont des cercueils qu'ils ont reçus. Dans plusieurs villages du Liban, hier, ces proches éplorés, soutenus par une foule émue, ont accompagné les jeunes soldats en leur dernière demeure.
Que ce soit à Tripoli et Denniyé, ou à Baalbeck, au Chouf et dans le Akkar, un accueil populaire des plus poignants a été réservé à ces héros de l'armée. Un accueil imprégné d'affliction extrême, dans lequel se sont mêlées larmes versées et eau de fleur aspergée, ainsi que grains de riz et pétales de rose. Malgré l'interdiction officielle d'user d'armes pendant les célébrations, les tirs nourris et massifs n'ont pas manqué, causant des blessures provoquées par des balles perdues.

 

 (Reportage : Colère retenue et immense tristesse au centre-ville de Beyrouth)


Tout au long de la voie reliant Balamand à Tripoli, des étendards noirs se dressent en signe de deuil pour saluer le cortège funèbre d'Ibrahim Mghayt, qui se dirige vers Qalamoun, son village natal, où l'inhumation a lieu à 18h. Avant que le jeune soldat ne soit mis en terre, son cercueil est porté à bout de bras jusqu'à son domicile, au milieu d'une foule composée de proches et de personnalités religieuses, ainsi que de représentants de l'ancien Premier ministre Nagib Mikati et de l'ancien ministre de la Justice Achraf Rifi.
Toujours à Tripoli (Jabal Mohsen), un accueil impressionnant est réservé au convoi de Yehya Khodr, salué par les drapeaux du pays du Cèdre et de l'armée. Au milieu des « Allah Akbar » retentissants et sous les feux d'artifice, le cercueil, couvert du drapeau national et porté par des proches, sillonne les rues de la région. Il poursuit son chemin vers Azké (Denniyé) où, sous le fracas assourdissant des balles, les prières sont récitées à l'intérieur de la mosquée, en présence notamment des députés Ahmad Fatfat et Kazem Kheir.
Partout sont prononcés des discours, dans lesquels les intervenants louent les sacrifices des soldats tombés au combat et réclament de sévères sanctions contre les terroristes.

 

 


À Baalbeck, escorté de cavaliers, Ali Masri parvient à sa dernière demeure, située à Hourtaala, après que son cortège eut été inondé de fleurs et de riz, aux abords de différents villages de la Békaa. Devant son domicile, le spectacle est bouleversant. Ses cinq enfants se tiennent sur le perron, portant des bouquets fleuris et arborant des chemises à son effigie. Ses funérailles se déroulent ensuite en présence notamment de représentants du ministre de la Défense, Yaacoub Sarraf, du commandant en chef de l'armée, le général Joseph Aoun, et du directeur général de la Sûreté générale, le général Abbas Ibrahim.
Également à Baalbeck, Ali Hajj Hassan est accueilli par une foule éplorée, au milieu de portraits le représentant. Lui ne sera inhumé qu'aujourd'hui, à 13h, dans son village natal de Chmestar.

 

(Lire aussi : Dernier adieu aux militaires libanais : « La patrie vous salue »)

 

La danse des cercueils
Toujours dans la ville du Soleil, deux autres victimes, Abbas Medlej et Moustapha Wehbé, entrent dans le mausolée de Saydé Khawla, fille de l'imam Hussein, au milieu de leurs proches et de nombreuses personnalités. Ils se séparent ensuite, le premier pour visiter le nouveau domicile parental d'où retentissent les youyous pendant que sa mère distribue des douceurs, comme si c'est le mariage de son enfant qu'elle veut célébrer. Medlej a, lui, été inhumé au cimetière des martyrs, alors que Wehbé a été enterré à Laboué, en présence notamment du représentant du commandant en chef de l'armée, Abdallah Makhoul.
Quant à Mohammad Youssef, fils du porte-parole des parents des militaires, il était accompagné d'un convoi parti de Beyrouth vers Mdoukha, qui a traversé pendant plus de cinq heures les régions de Mreijate, Chtaura, Bar Élias, Anjar, Manara, Aïta el-Foukhar et Bira, avant d'arriver à son village où il a été accueilli par les habitants de Rachaya et de la Békaa-Ouest, en présence des députés Ziad Kadri et Waël Bou Faour, et de nombreuses personnalités du monde militaire, administratif, partisan et religieux.

 

(Lire aussi : Le Conseil supérieur de défense évoque le risque « d'actes terroristes ou vindicatifs »)


Hassan Zebiane a lui aussi eu droit à un cortège funèbre marqué par l'amertume et le chagrin. Parti vers Mazraat el-Chouf, il a effectué plusieurs étapes au cours desquelles il a reçu un accueil de héros, tandis qu'arrivé à destination, il est notamment accueilli par le ministre de l'Éducation, Marwan Hamadé, qui représente le chef du Rassemblement démocratique, Walid Joumblatt, et par des représentants du ministre des Déplacés, Talal Arslane, et du ministre de la Défense, Yaacoub Sarraf. Devant les deux enfants du jeune soldat et au milieu de compagnons d'armes, une unité de l'armée joue l'hymne aux morts dans un décor de couronnes de fleurs, de portraits et de calicots.


Du côté du Akkar, le climat n'est pas moins émouvant. Khaled Hassan et Hussein Ammar, tous deux originaires de Fneideq, sont accueillis par des centaines d'habitants éplorés. Leurs cercueils ont dansé autour du mémorial des martyrs de l'armée, sur la place de Abdé (entrée sud du mohafazat du Akkar), avant de se diriger vers leur village natal, au rythme de slogans de solidarité et d'appui à la troupe dans son combat contre le terrorisme. Conséquence des tirs d'armes automatiques lors des funérailles, une balle perdue a blessé Kamal, le cousin de Hussein Ammar.

 

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