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Vers une hausse des frais de scolarité au Liban : les parents entre colère et résignation

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Alors que pèse, sur la rentrée, la question d'une éventuelle hausse des frais de scolarité, L'Orient-Le Jour a interrogé quatre mères d'écoliers du privé.

Nour BRAIDY | OLJ
08/09/2017

Cette année, pour les parents d'élèves inscrits dans des écoles privées, la rentrée scolaire est quelque peu anxiogène. La cause de leur inquiétude : les frais de scolarité.

Avec l'adoption, en juillet dernier, de la nouvelle échelle des salaires pour les fonctionnaires, mais qui touche aussi les enseignants du privé, un bras de fer est engagé entre comités de parents, État et écoles privées, sur l'augmentation de ces frais, dont certaines sources estiment qu'elle pourrait atteindre entre 19 % et près de 30 %. Un dialogue a été ouvert entre les parties concernées par la crise, sous la houlette du ministre de l’Éducation, Marwan Hamadé. Et un comité d'urgence chargé d'unifier la lecture de la loi 515, régissant le budget scolaire, y compris les dépenses, les salaires des enseignants et les frais de scolarité a été formé.

En attendant, les parents retiennent leur souffle. Si les frais de scolarité augmentent, comment réagiront-ils ? L'Orient-Le Jour a interrogé quatre mères d'écoliers qui fréquentent des établissements privés.

 

« Mon salaire à moi n’a pas augmenté »
Rita* est mère de quatre enfants inscrits dans une école catholique de Beyrouth. Elle débourse environ 30 millions de livres (20 000 dollars) pour payer leur scolarité. S’y ajoutent 6 millions de LL (4 000 USD) pour le ramassage scolaire par bus, environ trois millions (2 000 USD) pour les uniformes, près de deux millions (1 300 USD) pour les livres et quasiment la même somme pour les fournitures.  

« Je suis sûre que la scolarité va augmenter cette année. Sinon les écoles paieront-elles les salaires des enseignants ? lance-t-elle sèchement avant de préciser : Je ne suis pas en colère contre les écoles mais plutôt contre le gouvernement qui aurait dû trouver une autre formule ! »

« Oui les professeurs ont le droit à une augmentation mais pas de 40% d’un seul coup !, s'insurge cette mère. Ce genre de chose n'arrive nulle part ailleurs ! Alors que le Liban passe par une grave crise économique, l'Etat décide d’accorder aux professeurs du secteur privé une énorme augmentation. Mais comment vais-je pouvoir assumer cette hausse, alors que mon salaire n’a pas augmenté ? », s’insurge Rita, chef comptable dans une entreprise.

La jeune femme admet cependant qu’en cas de hausse des frais de scolarité, elle et son mari n’auront d’autre choix que de « continuer à travailler et gagner de l’argent pour garder leurs enfants dans la même école ». Parce que pour Rita, l'école publique n'est n'est une alternative. « Ce n’est pas le même niveau ni les même gens. Moi je dépense presque tout mon salaire pour l’éducation de mes enfants, mais quel emploi au Liban leur permettra de rentabiliser toute cette somme ? Les salaires sont tellement bas qu’il leur faudra plusieurs années pour gagner l’équivalent de ce qui a été payé pour leur scolarité ! » s'insurge-t-elle.

« Ce serait une catastrophe ! »
Fabienne* a trois enfants qui fréquentent une école laïque du Mont-Liban. Leur scolarité coûte chaque année 24 millions de LL (16 000 USD) à leurs parents qui paient également plus d'un million (666 USD) pour les livres. Fabienne ne veut pas penser à la possibilité d'une augmentation des frais de scolarité cette année encore. « Ce serait une catastrophe, ce n'est pas logique et pas normal ! lance-t-elle. La scolarité est déjà un poids énorme pour moi alors que mes enfants sont toujours en cycle primaire ! »

« Une augmentation a déjà été accordée aux enseignants il y a quelques années, ajoute Fabienne. Honnêtement, pour moi, une nouvelle hausse cette année serait incompréhensible. » Quoi qu'il arrive, elle aussi n'envisage « pas du tout » d'envoyer ses deux enfants dans une école publique. « Le niveau de vie et d'étude est différent, ce ne serait pas un bon changement pour mes enfants, dit-elle. Je dois assumer le choix de les avoir mis dans une école privée ».

 

« Je ne pourrai pas tenir le coup »
Reine** a deux enfants inscrits dans un collège catholique du Mont-Liban. Entre scolarité, uniformes, fournitures et ramassage scolaire, elle débourse au minimum  18 millions de livres (12 000 USD) : 14,5 millions (9 666 USD) pour la scolarité, 600 000 LL (400 USD) pour les uniformes, 2,4 millions (1 600 USD) pour l’autocar, 200 000 (133 USD) pour les fournitures et 550 000 (366 USD) pour les livres.

« Quand je pense à cette somme, j'ai le tournis », lâche Reine. « Ces dernières années, à chaque rentrée, les frais de scolarité augmentaient légèrement et j’avais compris que c’était en prévision de l’adoption de la grille des salaires. Si cette année il y a une petite hausse, ce ne sera pas un problème car nous sommes habitués, poursuit-elle. Mais si c’est une hausse plus conséquente, ce sera une catastrophe ». « Tous les prix autour de nous augmentent, mais nos salaires, eux, n’augmentent pas », confie encore la jeune femme qui travaille dans une entreprise.

Reine affirme qu’elle « ne pourra pas tenir le coup » face à une nouvelle hausse. Elle raconte avoir choisi cette année de se passer d'employée de maison, « par précaution », pour faire des économies. Si l’augmentation a lieu, elle se résignera à la payer, car elle ne peut « ni changer les choses ni mettre les enfants dans une école publique ». « Mais j’y penserai pour l’université », souligne-t-elle.

 

« 100% de mon salaire »
Joëlle** est, elle, mère de deux enfants inscrits dans une école de Beyrouth. Elle débourse chaque année « 100% de (son) salaire » pour payer les frais de scolarité, soit un total de 14,5 millions (9 666 USD), auxquels elle ajoute 1,5 million (1 000 USD) pour les frais d'autocar. Cela fait quelques années, indique-t-elle, que les frais de scolarité augmentent d'environ 200 à 300 000 LL par enfant. « Cette augmentation des frais de scolarité va nous poser problème, surtout que mon mari et moi ne travaillons pas dans le secteur public donc nous n'aurons pas d'augmentation », confie-t-elle.

« Cela fait trois ou quatre ans que les écoles augmentent leurs frais. Où est parti cet argent ? L'ont-ils réellement mis de côté en prévision de l'augmentation des salaires une fois la grille adoptée ? », demande-t-elle. Ce qui l'agace encore plus c'est qu'en cas de hausse des frais de scolarité, « rien ne pourra être fait ». « Au final, tout le monde va accepter le fait accompli et payer les frais », lance-t-elle.

Malgré toutes ces dépenses pesantes, Joëlle est catégorique : « Il est certain que je ne mettrai pas mes enfants dans une école publique. Nous n'avons rien de plus précieux que l'éducation de nos enfants, donc il faut qu'elle soit bonne. Et d'ailleurs, y a-t-il encore de la place dans les écoles publiques avec tous les réfugiés syriens ? »

 

* Le prénom a été changé à la demande de la personne interviewée.
** La personne interviewée n'a pas souhaité donner son nom de famille.

 

 

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Sarkis Serge Tateossian

De constater le montant des frais de scolarité au Liban, de transport, de livres et d'autres fournitures ,,,,me donnent franchement le vertige,

l'école public est-elle si mauvaise ?
Pourrions nous pas un jour rendre l'école gratuite et obligatoire ? Pour le bien de notre société et de toute la nation ?

Comment font les pays riches dans le monde ?
Le Liban est il vraiment pauvre ? Je n'en suis pas aussi sur ,,,
Au fond le Liban est un pays aisé mais qui n'a jamais su partager équitablement ses ressources ,,,
La solidarité reste un bien à l'intérieur de chaque « communauté » voir de chaque famille,,,,alors que la force d'une nation réside dans l'union (union sans solidarité n'existe pas)

Il est impératif que les pouvoirs publics préparent la transition du pays d'un état d'égoïsme communautaire à plus de solidarité et de fraternité entre tous les citoyens,

Ce qui arrangera tout le monde, y compris les écoles privées ou publiques,

L'éducation de nos enfants est tellement importante certes,,,,mais l'école privée et l'école publique ont leur place dans l'éducation et le développement de la nation. L'une ne doit pas être considérée comme supérieure à l'autre et essayons de mettre en valeur les deux,

Si l'on veut vivre pleinement, on doit accueillir l'éducation quelle que soient les personnes qui nous l'ont transmise, et la façon dont ils nous l'ont transmise.



Une utopie est un projet réalisable, qui n'a pas encore été réalisé » Théodore Monod

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