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Liban

« Le cessez-le-feu était le plus pragmatique des maux »...

Bataille du jurd

La décision est entrée en vigueur, hier matin, à 7 heures.

Yara ABI AKL | OLJ
28/08/2017

Alors que tout prêtait à croire que la quatrième phase de l'opération « L'Aube des jurds », lancée par l'armée libanaise le 19 août dans les jurds du Qaa et de Ras Baalbeck contre le groupe État islamique (EI), aura lieu dans la nuit de samedi à dimanche (d'autant que l'armée avait bombardé samedi dernier plusieurs positions des jihadistes dans le jurd de Ras Baalbeck), le commandement militaire a annoncé un cessez-le-feu qui est entré en vigueur (au Liban comme en Syrie) à partir de dimanche matin, à 7 heures.

Justifiant cette décision, la direction de l'orientation de l'armée a publié un communiqué dans lequel elle a affirmé vouloir « ouvrir la voie à la dernière phase des négociations portant sur le sort des militaires otages, enlevés par l'EI depuis août 2014.

Un expert militaire explique dans ce cadre à L'Orient-Le Jour que les soldats se préparaient depuis samedi minuit à lancer la quatrième (et dernière) phase de la bataille. « Mais, à 1 heure du matin, les jihadistes ont voulu se rendre. D'où la décision de mettre un terme aux affrontements armés, afin de tenter d'avoir des informations concernant les militaires otages », dit-il.

À ce stade, l'expert relève un point important : « Les combattants de l'EI ont accepté de s'en remettre au Hezbollah et au régime syrien, non aux forces armées libanaises, dans la mesure où ils sont conscients de la rancune éprouvée par les Libanais à leur égard. »

 

(Lire aussi : Grande et pas muette, l'édito de Ziyad Makhoul)

 

« Comment laisse-t-on passer les terroristes ? »
En dépit de ce tableau, la décision de l'armée a suscité de vives réactions, tant parmi les responsables que dans les rangs des citoyens. C'est le cas, notamment, du ministre de l'Information Melhem Riachi (Forces libanaises) qui s'est demandé hier s'« il était sage de relâcher les terroristes de Daech, après avoir découvert le sort réservé aux militaires ». Dans un tweet posté sur son compte personnel, après l'annonce par le directeur général de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, de l'éventuel décès des otages, le ministre a estimé qu'« il serait sage de les emprisonner et de les juger ».

Même son de cloche chez les parents des victimes de la vague d'attentats perpétrés contre le Qaa le 27 juin 2016. Dans un communiqué publié hier, ces parents se sont posé la question de savoir « comment on laisse passer les terroristes vers le territoire syrien (Deir ez-Zor), avant de les sanctionner comme cela se doit » ? « Le sang de nos fils innocents ne mérite-t-il pas de mener une enquête pour connaître les circonstances de cet acte terroriste et ses objectifs ? » s'interroge le texte.

 

(Lire aussi : Le dernier épisode de la bataille du jurd : une victoire teintée de tristesse, le décryptage de Scarlett Haddad )

 

« Un arrière-goût amer »
Mais, dans les milieux militaires, on explique la fin de l'offensive « L'Aube des jurds » par le « pragmatisme du commandement de l'armée ». « L'armée a pris une décision pragmatique dictée par la nécessité d'épargner à la troupe de nouveaux martyrs », indique un expert militaire à L'OLJ. Selon lui, « la seule alternative que possédait l'armée était celle de continuer à attaquer l'EI, sans être capable d'obtenir des informations concernant le sort de ses otages. Ainsi, on peut dire que, de tous les maux, on a choisi le plus pragmatique », reconnaissant que « la victoire enregistrée aujourd'hui (hier), sans coordination avec qui que ce soit, a un arrière-goût amer du fait du décès des otages de l'EI ».

Dans la journée d'hier, les ministres du Courant patriotique libre et du parti Tachnag, Gebran Bassil, Yaacoub Sarraf, César Abi Khalil, Avédis Guidanian et Raëd Khoury se sont rendus à Ras Baalbeck afin de se tenir informés des derniers développements enregistrés sur le terrain. Ils se sont même rendus dans la chambre de commandement des opérations militaires. À l'issue de la visite, M. Bassil a déclaré aux journalistes : « Le Liban vit aujourd'hui une nouvelle victoire qu'il a enregistrée seul, tout comme il a été le seul pays à vaincre Israël. » M. Bassil a, par ailleurs, fait état d'une « triple victoire » enregistrée hier. Il s'agit, selon lui, du recouvrement, par le Liban, de sa « décision souveraine », de « la libération du territoire » et de « la préservation de la souveraineté au moyen de l'unité des Libanais ».

 

(Archive vidéo : Quand Hussein Youssef, père d'un soldat otage de l'EI, racontait la terrible attente)

 

« Une seule armée dirigée par Michel Aoun »
À son tour, le ministre de la Défense, Yaacoub Sarraf, a mis l'accent sur « la décision politique » qui a permis à l'armée de lancer « L'Aube des jurds ». « Nous sommes là pour témoigner de la décision politique qui soutient l'armée, ainsi que de la leçon que la troupe donne à tout le monde », a-t-il souligné. Et d'ajouter : « Au Liban, il n' y a plus d'armée, de FSI, ou encore de Sûreté générale. Il y a des forces armées à la vision politique unifiée, dirigées par leur haut commandant, le président de la République, Michel Aoun. »

Si cette visite avait pour but de soutenir la troupe dans sa guerre contre le terrorisme, c'est son timing qui a semblé sujet à plusieurs critiques. « MM. Bassil et Sarraf se sont rendus sur le terrain, très tard », note un proche du dossier, rappelant que les deux ministres étaient « absents tout au long de la bataille ». Il va même beaucoup plus loin. Jusqu'à adresser cette violente critique au ministre de la Défense, connu pour être proche du Hezbollah. « Au lieu d'appuyer l'armée, M. Sarraf aurait dû soutenir le Hezb, son grand allié », dit-il.

En tournée dans la région de la Békaa-Nord, Gebran Bassil s'est félicité, une fois de plus, de l'accomplissement enregistré par l'armée hier. « Notre victoire est complète. Elle le sera encore plus lorsque nous découvrirons le sort de Samir Kassab (journaliste photographe enlevé en Syrie en 2013) et des évêques Youhanna Ibrahim et Boulos Yazigi (également kidnappés en Syrie en 2013) », a-t-il assuré, à l'issue d'une rencontre avec les députés de Baalbeck-Hermel à Nabi Chit.

Également en tournée dans la Békaa-Nord, le ministre de la Santé, Ghassan Hasbani (FL), a préféré exhorter la communauté internationale à aider l'armée, d'autant qu'elle a fait preuve de compétence dans la lutte contre les groupements terroristes, sans coordination avec quiconque.

 

Rifi s'en prend à « la milice »
Notons que l'ancien ministre de la Justice Achraf Rifi a présenté ses condoléances aux familles des deux soldats Bassel Moussa et Osman Chedid à Koueikhat et Berqayel (Akkar), tombés dans le cadre de la bataille du jurd du Qaa et de Ras Baalbeck. S'exprimant à l'issue de la visite, M. Rifi a déclaré : « Nous avons confiance dans le commandement en chef de l'armée et sa capacité. » Et de poursuivre : « Notre pays devrait être comme tous les autres, dans la mesure où une milice ne devrait pas défendre sa sécurité et ses frontières. » Selon l'ancien ministre, « le pouvoir devrait réviser sa politique de l'autruche, d'autant qu'il est intolérable que le Hezbollah porte des armes pour affronter le terrorisme à la place de l'armée. »

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ETAT ! ARMEE ! PEUPLE ! DANS TOUT PAYS LES ENNEMIS EXTERNES SONT INSIGNIFIANTS... TANDIS QUE LES ENNEMIS DE L,INTERIEUR SONT LES PLUS DANGEREUX !!!

Irene Said

Ou quand les "maux pragmatiques" ressemblent furieusement à une traîtrise envers la patrie...acceptés par ses propres fils...et dûment médiatisés comme il se doit !

Mons DIEU...dans quelle société vivons-nous ?
Irène Saïd

AIGLEPERçANT

La résistance du hezb libanais , sauveur et PROTECTEUR du Liban nouveau , libre et indépendant de ses chaînes du passé, n'a peut que d'une chose et une seule , l'ingratitude des libanais de l'intérieur.

Sinon , il n'a plus rien à prouver à des cervelles éclairées.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE - SANS COORDINATION AVEC QUI QUE CE SOIT... COMMENCE A ETRE DOUTEUX ! TOUT MONTRE ET CETTE DITE DERNIERE PHASE SURTOUT QU,IL Y A COORDINATION QUELQUE PART... VIA LE HEZBOLLAH PROBABLEMENT...

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