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Liban

Assomption, le « tombeau vide » de la Vierge Marie

En clair
Fady NOUN | OLJ
15/08/2017

Les Églises catholique et orthodoxe célèbrent, aujourd'hui, une solennité très ancienne, mais dont la date définitive (15 août) remonte au début du Ve siècle. Pour les catholiques, c'est la fête de l'Assomption au ciel de la Vierge Marie, corps et âme, à la fin de sa vie terrestre. Dans le monde de l'orthodoxie, on appelle cette fête la Dormition, un terme employé pour signifier la fin de la vie terrestre interprétée comme « sommeil » et la translation de la Vierge dans la gloire.

Les deux Églises ont toujours cru, comme un acte de foi garanti par une tradition remontant aux apôtres, qu'au terme de son existence terrestre, Marie a été élevée (au sens littéral de « prise » – assumpta) corps et âme dans la gloire de Dieu. Elles croient que, comme il l'a fait du corps du Christ, Dieu a préservé de la corruption le corps qui l'avait porté. Les Pères vont progressivement établir le sens théologique de cette translation et expliciter dans leurs écrits la foi de l'Église.

Sur les circonstances concrètes de cette Assomption, ou de cette Dormition, circulent à partir du IIIe siècle des récits apocryphes (non canoniques), les Transitae Mariae (Passage de Marie) relatant tous la mort de Marie à Jérusalem, puis, pour certains, sa montée au ciel et sa résurrection. Selon ces récits, ayant appris d'un ange que son trépas est proche, Marie reçoit la visite des douze apôtres et de saint Paul, amenés des extrémités de la terre sur des nuées, pour l'assister dans ses derniers moments. Tous voient apparaître le Seigneur Jésus – entouré d'une multitude d'anges – pour recevoir dans ses mains l'âme de sa mère. Puis les apôtres portent le corps de Marie sur une litière jusqu'à Gethsémani et la déposent dans le tombeau. Trois jours plus tard, le tombeau est ouvert et trouvé vide, preuve du transfert au ciel du corps de la Mère de Dieu et de sa réunion à son âme auprès de son fils « (lire le Dictionnaire des miracles et de l'extraordinaire chrétien de Patrick Sbalchiero, chez Fayard).

Dans l'orthodoxie, ces textes vont s'infiltrer avec prudence dans la liturgie de la fête et constituer comme une armature à la foi dans la Dormition. Ainsi, on peut lire: « Vierge pure, ton sépulcre témoigne en même temps de ton ensevelissement et de ton passage corporel vers les cieux » (matines du 14 août). Et si la foi dans la résurrection de Marie ne fait pas l'objet d'un dogme dans l'Église orthodoxe, c'est qu'elle n'a jamais été mise en cause dans l'histoire, encore que cette tradition réserve pour le Christ l'appellation « résurrection » proprement dite.

Dans l'Église catholique, par contre, le dogme de l'Assomption a été officiellement proclamé par le pape Pie XII le 1er novembre 1950. L'Église catholique n'affirme pas que l'Assomption soit explicitement contenue dans la Bible, mais confesse qu'il s'agit d'une vérité consacrée par une croyance et une pratique liturgique remontant aux premiers temps du christianisme. Le texte ne précise ni le lieu ni la date éventuelle de la mort de Marie. Il ne s'agit pas, en effet, d'un fait historique précis comme la crucifixion du Christ.

Aucun témoin n'a jamais rapporté l'événement en détail et il n'a jamais existé aucune relique corporelle de Marie, à la différence des martyrs et des saints. L'Assomption est donc certitude de foi et énoncé dogmatique: « La Vierge Marie, ayant été préserve du péché originel et n'ayant commis aucun péché personnel, a été élevée à la gloire du ciel après la fin de sa vie terrestre, en corps et en âme. Rien n'obligeait, en effet, son enveloppe charnelle à attendre la résurrection des corps à la fin des temps » (Constitution Munificentissimus Deus, 1er novembre 1950).

À un tel dogme, les protestants ne pouvaient hélas que répondre par un refus, encore que pour certains d'entre eux, et grâce aux clarifications apportées ultérieurement par l'Église catholique sur la dévotion mariale, ce dogme n'engendre pas de divergences insurmontables.

Le dogme de l'Assomption permet de mieux comprendre la place que catholiques et orthodoxes attribuent à Marie dans l'économie du salut. Marie n'a pas bénéficié d'un privilège spécial qui l'aurait placée au-dessus de la condition humaine: elle est morte, son âme s'est séparée de son corps, mais elle est ensuite passée dans la condition glorieuse, devenant « le gage de la gloire que le Christ donnera à son peuple tout entier », dit le théologien Louis Bouyer. Son état anticipe le Royaume à venir que les croyants ont déjà acquis en espérance.

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