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Liban

Le Liban encourt le « danger » d’une normalisation des relations avec Damas

Exécutif

À « L'OLJ », Marwan Hamadé dénonce la tentative de Baabda d'« accaparer » un don de la Banque mondiale.

10/08/2017

C'est un Conseil des ministres « débridé, chaotique », qui s'est tenu hier au Grand Sérail couvant des tensions qui promettent de s'exacerber à plus d'un égard.

À l'origine des échanges à fleurets mouchetés hier sur l'admissibilité ou non de visites de ministres en Syrie, des cartons d'invitation envoyés par Damas à une poignée de ministres libanais, pour prendre part à « la Foire internationale de Damas » prévue du 17 au 26 août courant dans la capitale syrienne. Les ministres en question seraient Hussein Hajj Hassan, Ghazi Zeayter et Raëd Khoury. Le ministre Ali Hassan Khalil aurait lui aussi reçu une invitation, mais envisagerait de la décliner, selon une source ministérielle.

« Le risque d'un grave problème »

Seul M. Khoury aurait soumis une demande écrite d'autorisation préalable au bureau du Conseil. Les autres auraient décidé unilatéralement d'accepter l'invitation sans passer par le Conseil des ministres, au motif de « lui épargner l'embarras » de devoir plancher sur une question litigieuse, selon les termes de M. Hajj Hassan hier à la réunion. Pour contester cet unilatéralisme et tenter surtout d'obtenir du cabinet un refus officiel de ces visites, les ministres des Forces libanaises (FL) ont pris l'initiative de soumettre la question au débat en dehors de l'ordre du jour du Conseil. Ouvrant la discussion, le ministre Pierre Bou Assi a évoqué le risque que ces visites ne provoquent un double conflit : interne, au regard des divergences entre les composantes du cabinet sur les dossiers stratégiques ; et externe, puisqu'elles contreviendraient à la suspension par la Ligue arabe du statut de membre de la Syrie. Et M. Bou Assi de questionner le timing de ces visites. À L'OLJ, il dénonce « la portée floue de ce forum », qu'il situe dans le cadre d'un renflouement du régime syrien, voué semble-t-il à perdurer jusqu'à nouvel ordre. Les pressions exercées pour une coopération militaire bilatérale dans les jurds de la Békaa s'y jouent également – même si ce dossier n'aurait pas été évoqué en Conseil hier.

Le ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, a pris le relais de son collègue : « Le timing est politique par excellence, et risque surtout de provoquer un grave problème pour le pays. »
Cette opposition radicale des FL, du courant du Futur et du Parti socialiste progressiste à toute prise de contact avec le régime syrien s'est heurtée au camp Hezbollah-Courant patriotique libre (CPL), représenté au débat par les ministres Hussein Hajj Hassan, Mohammad Fneich et Gebran Bassil.

 

(Lire aussi : Hajj Hassan confirme à « L’OLJ » qu’il ira à Damas mercredi prochain)

 

 

Synchronisation Bassil-Hezbollah
Ces deux alliés stratégiques ont néanmoins adopté respectivement deux démarches différentes. Le parti chiite ne cache pas son souhait de normaliser les relations entre Beyrouth et Damas « dans l'intérêt des deux pays ». Lors d'un point de presse, M. Hajj Hassan a réaffirmé sa décision de se rendre incessamment en Syrie, et insisté sur le programme de sa visite, depuis sa participation à l'inauguration du Forum jusqu'à ses rendez-vous avec des ministres syriens.

Il a enfin rappelé l'argument utilisé par le camp de la moumanaa, selon lequel la nomination récente (dans la foulée des nominations diplomatiques) d'un ambassadeur du Liban à Damas serait la preuve que « les relations diplomatiques bilatérales n'ont jamais été interrompues ». Cet argument est considéré comme hors propos par le camp opposé, qui rappelle que l'ambassadeur du Liban à Damas ne s'y est plus rendu depuis l'interruption des relations diplomatiques décidée par la Ligue arabe.

Endossant l'argument du Hezbollah, le ministre des Affaires étrangères a activement réclamé au Conseil des ministres l'examen de la demande du ministre Khoury de se rendre en Syrie. La démarche du Hezbollah vise à mettre le cabinet devant le fait accompli, celle du CPL, à lui arracher un début d'acceptation. L'une et l'autre opèrent « un glissement progressif, pernicieux vers une normalisation des relations bilatérales », confie un ministre à L'OLJ.

 

Distinguo peu convaincant
La réponse du Premier ministre, Saad Hariri, sera neutre. Voyant le débat se crisper, il a demandé que tous les échanges sur la question soient rayés du procès-verbal et que soit notée « la décision du Liban de se mettre à l'écart de tout ce qui est en rapport avec les guerres avoisinantes ». Et de préciser que « le Conseil des ministres n'a délégué personne au forum prévu à Damas ».

Plutôt que d'interdire formellement à ses membres de se rendre en Syrie, le gouvernement leur a donné la liberté de le faire « à titre personnel ». Mais cette issue intermédiaire ne leurre personne : le distinguo entre statut officiel et personnel d'un ministre semble peu propice à calmer les tensions sur ce dossier, constatent des ministres souverainistes à L'OLJ. Il y aurait désormais « une résurgence du clivage 8 Mars-14 Mars, qui promet cette fois-ci de s'aggraver », constate l'un d'eux, qui va jusqu'à projeter une crispation progressive des rapports entre Saad Hariri et Gebran Bassil sur les dossiers stratégiques.

 

(Lire aussi : Geagea fustige les tentatives locales de « remettre sur pied le régime Assad »)

 

 

Hariri se charge du dossier al-Abdelli
Le premier signe en serait le réflexe de M. Hariri de se charger lui-même, plutôt que le ministre des AE, du suivi de l'affaire de la cellule terroriste al-Abdelli et les protestations du Koweït auprès du gouvernement contre le Hezbollah pour son implication présumée de l'encadrement de 21 membres chiites présumés de cette cellule. À l'idée, avancée par les ministres FL, qu'une délégation officielle emmenée par M. Bassil, et formée par les ministres de l'Intérieur et de la Justice, se rende au Koweït « pour élucider les circonstances de l'affaire », le Premier ministre a vite répondu en disant qu'il s'y rendrait en personne.

Ces divergences stratégiques semblent d'autant plus promptes à se manifester, que le clientélisme du mandat actuel, précisément du camp du président de la République, dénoncé par plus d'un observateur, devient de plus en plus flagrant. Le retrait hier de la réunion du ministre de l'Éducation Marwan Hamadé, visiblement agacé, s'abstenant toutefois de tout commentaire à la presse au Grand Sérail, est le signe d'un ras-le-bol de plus en plus difficile à contenir, « un abcès qu'il faut crever », dira-t-il ensuite à L'OLJ.

 

« Un portefeuille électoral » ...
Dans les faits, un don de la Banque mondiale d'une valeur de cent millions de dollars US au ministère de l'Éducation, approuvé il y a un mois et demi en Conseil des ministres, attendrait toujours la signature du chef de l'État. Le décret a déjà été signé par les ministres compétents (l'Éducation et les Finances) ainsi que le Premier ministre. Le don est affecté à la réhabilitation de l'équipe du ministère, la restauration d'écoles, la mise à jour des programmes scolaires, inchangés depuis 1997 ainsi qu'à l'éducation de déplacés syriens. Ces fonds seraient répartis entre trois départements du ministère, sous la supervision du ministre : le directeur général du ministère, Fadi Yarak, la directrice du Centre d'éducation et de recherche pédagogique, Nada Oueijane (première catégorie, proche du CPL), et Sonia Khoury, chargée du volet relatif aux déplacés (deuxième catégorie, proche du CPL). Selon nos informations, le chef de l'État souhaiterait attribuer à Mme Khoury la compétence exclusive à gérer l'intégralité de la donation. « Je ne veux pas que ce don devienne un portefeuille électoral pour qui que ce soit », déclare M. Hamadé à L'OLJ, qui dénonce un empiètement sur les compétences du Conseil des ministres par le biais « d'accords bilatéraux conclus entre conseillers aux présidences ».

La question a été soulevée en dehors de l'ordre du jour et c'est pour éviter une confrontation que M. Hamadé se serait retiré de la réunion, avant de revoir en soirée un appel téléphonique de solidarité de la part du Premier ministre.

Sur un autre plan, la demande de Ghassan Hasbani de verser le reste des subventions aux agriculteurs de pommes pour la saison passée a été déclinée par le ministre des Finances, au motif « d'une insuffisance de fonds », rapporte une source FL.
Des 32 points de l'ordre du jour, dont la plupart ont été approuvés, on notera la décision de verser à la Fédération de basket-ball un million de dollars US « en aide », soit le quart de la somme qu'elle avait demandée pour accueillir la Coupe d'Asie, inaugurée il y a deux jours.

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CE SERAIT DU TCHIRCHO7 EN SUS DU DANGER...

Antoine Sabbagha

Pour ou contre la Syrie le défi est grand . Humour noir à suivre en Conseil des ministres .

LA TABLE RONDE

LA RAISON L'EMPORTERA UNE FOIS DE PLUS.

LES DÉSIRS ET RÊVES SONT UNE CHOSE LA RÉALITÉ DU TERRAIN EN EST UNE AUTRE.

TOUS LES CHEMINS DE LA RÉSISTANCE MÈNENT À DAROME......

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

NORMALISATION AVEC TOUT REGIME SYRIEN QUI SERA EN PLACE QUAND LA CRISE SERAIT RESOLUE DANS CE PAYS... CE QUI SE TRAME AVANT N,EST QU,UN PIEGE !

Le Faucon Pèlerin

Le Ministre des Affaires étrangères est un non-élu au suffrage universel, par conséquent il n'a de compte à rendre qu'à celui (!) qui l'a nommé au Gouvernement. Ses couacs ne se comptent plus. Je suggérerais que le chef du Gouvernement, Saad Hariri le démette de ses fonctions et désigner à sa place un élu de la Nation issu du Parlement, responsable devant ses électeurs.

Irene Said

Mis à part se chamailler pour tout et se mettre des bâtons dans les roues, que savent faire nos "ministres" ?
Irène Saïd

Bustros Mitri

Que de jongleries, que de contorsions sémantiques pour garder à flot, un sytème bancal qui n'existe nulle part dans le monde, ni dans les démocraties ou existent une opposition et un gouvernement, ni dans les dictatures, ou bien entendu les décisions sont unilatérales....Le pays du ni-ni....ou le principe et l'objectif décisionnel repose sur la neutralisation mutuelle permanente , le vide érigé en mode d'action, la guerre froide politique..

Le Faucon Pèlerin

Le ministre des Affaires étrangères est un ministre désigné et non un ministre élu. Je souhaiterais que le chef du Gouvernement Saad Hariri le démette de ses fonctions et nommer à sa place un ministre issu du Parlement.

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