L'éditorial de Issa GORAIEB

Protections en tous genres

L’éditorial
Issa GORAIEB | OLJ
09/08/2017

La guerre, tout militaire vous le confirmera, ne se fait pas seulement avec des fusils et des canons. Essentiel en effet, s'accorde-t-on à dire, est le moral de la troupe, quand elle est forte non seulement de la qualité de son commandement et de son armement, mais aussi du soutien unanime du peuple. Voilà ce qu'on appelle l'union sacrée : devant elle s'effacent, par la magie d'une trêve d'honneur, les querelles politiques.


Parce que le Liban n'est pas un pays comme les autres, et que l'allégeance de ses citoyens n'est guère réservée en exclusivité à l'État, cruellement absente y est cette union sacrée. Ce ne sont pourtant pas les témoignages de soutien à l'institution militaire qui manquent, même s'ils ne sont pas toujours dénués d'arrière-pensées. Ainsi, et à l'heure où elle affronte Daech en solo dans le secteur de Qaa, l'armée n'est pas à l'abri de manœuvres visant à l'entraîner sur de douteux chemins de traverse.


Dans sa dernière allocution télévisée, Hassan Nasrallah se chargeait de distribuer les responsabilités et les rôles, se posant pratiquement ainsi en partenaire accrédité, reconnu, de l'armée : association que le Hezbollah voudrait voir englober le régime syrien, mais que l'état-major de Yarzé se garde bien de reconnaître officiellement.


Cette prudence ne s'explique pas seulement par la crainte d'inévitables complications internes. C'est surtout l'Amérique, principal fournisseur de l'armée, qu'il ne faut pas embarrasser, et encore moins provoquer : l'Amérique qui, en effet, a dépêché auprès de l'armée, en qualité d'entraîneurs ou de conseillers, un détachement de ses forces spéciales ; l'Amérique encore, qui ne voudrait surtout pas se retrouver physiquement dans le même camp que le Hezbollah; l'Amérique enfin, qui non contente de préparer un train de sanctions économiques visant la milice, augmentait la pression hier en paraissant exclure un renouvellement automatique (comme le veut la tradition) du mandat de la force de l'ONU stationnée au Liban-Sud. Faisant écho au secrétaire général Antonio Guterres, Washington exige en effet que soit renforcée la capacité de contrôle des Casques bleus. Dès lors, c'est un front diplomatique des plus chauds qui nous attend à l'échéance du 31 août.


En attendant, c'est un retour désabusé au front interne que commandent l'action et la béate rhétorique des responsables. Car parlant de moral, il serait grand temps que l'on se soucie de celui du peuple. Recevant lundi une délégation d'émigrés, le président de la République se félicitait de l'unité nationale qui, a-t-il affirmé, a protégé le pays. Mais l'unité nationale peut-elle vraiment se réduire à une cohabitation des forces politiques au sein d'un même gouvernement, à une simple conjonction d'intérêts souvent suspects ? Et si le pays est à l'abri du danger, qu'est-ce qui protège le citoyen, sinon le règne de la loi et l'indépendance de la justice ? Or le Liban est en ce moment, et apparemment pour longtemps, un pays sans tribunaux, du fait de la grève ouverte du barreau et de la fronde des juges, qui protestent ainsi contre une taxation inique.

Comme si tout cela n'était pas encore assez, c'est le ministre titulaire en personne qui vient d'asséner un véritable coup de massue à la justice en faisant muter, sans la moindre motivation, et sans même y mettre les formes, le président du Conseil d'État. À ce magistrat d'une irréprochable intégrité, succède un familier du clan orange : comme pour les nominations de directeurs généraux et autres hauts fonctionnaires, voilà ce qui, dans le jargon militaire, s'appelle protéger ses arrières.


Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

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