L’édito de Ziyad MAKHOUL

Bons baisers de Syrie

L’édito
07/08/2017

Le conditionnel est important : et si la guerre de Syrie, si ce conflit quasi international qui a réussi à reléguer au second plan, pour l'instant, le nœud gordien israélo-palestinien pouvait avoir des répercussions plutôt positives au Liban, aussi indirectes soient-elles, et aussi tortueuse et intrigante que soit la trajectoire de l'impact ?
L'image globale est encore un peu brumeuse, mais quelques tendances s'esquissent.

À tout seigneur tout honneur : l'armée. Cet agglomérat d'hommes d'une bravoure et d'une vaillance qui font rêver sont sur le point, à moins que cela n'ait déjà commencé, d'entamer une bataille prépondérante. Contre l'État islamique. Rien que ça. L'armée libanaise... Elle est critiquée, parfois à raison. Elle est de temps en temps mal aimée. Elle est (trop) souvent mal soutenue, mal protégée, mal défendue par le landerneau politique. Elle est, à de nombreuses reprises, agressée par des éléments exogènes (al-Nosra dans les jurds, Fateh el-Islam à Nahr el-Bared) ou endogènes (Ahmad el-Assir et ses hommes à Abra). Elle est depuis (trop) longtemps narguée, avec une étrange suffisance, par la seule milice libanaise encore en (sur)exercice : le Hezbollah. Mais cette troupe reste, quel que soit son commandant en chef, le seul ciment à même de fédérer, ne serait-ce qu'a minima, ces Libanais que même le passeport, le drapeau ou le koullouna n'arrivent plus à (ré)unir. Et là voilà de nouveau face à ses responsabilités. Face à son unique mission, dont elle est censée, tellement, et cela ne sera jamais assez répété, avoir le monopole : défendre les Libanais, leur territoire et leur souveraineté nationale. La voilà donc, à nouveau, somptueuse. Quel que soit le prix à payer, et aussi atroces que soient les sangs qui couleront sur le champ d'honneur, cette bataille doit se faire. Aller jusqu'au bout. Réussir. Fondamentalement. Imposer quelque chose de grand.

Parce que c'est bien cette armée libanaise qui s'attaquera au plus dur : l'État islamique, donc. Cela n'enlève pas, naturellement, aux membres du Hezbollah leur courage, ni leur mérite : même s'ils se sont attaqués à un groupe presque agonisant, Fateh el-Cham, avec toutes les négociations d'usage qui ont suivi et dont les responsables du parti chiite ne voulaient pourtant pas, ces hommes peuvent s'enorgueillir de la même bravoure, et leur sang, faut-il là aussi le rappeler, est un sang libanais. Précieux. Et qui n'a que trop coulé en Syrie. C'est-à-dire là où il n'avait que faire ; là où il a été loué, comme mercenaire, certes contre la barbarie jihadiste, mais au service d'un boucher : Bachar el-Assad. Ce ne sont pas ces Libanais qui posent problème : ils obéissent aux ordres. Le problème, c'est le Hezbollah et son maître iranien. C'est leur décision d'aller combattre outre-Masnaa. C'est leur décision, aussi, de se débarrasser des jihadistes à Ersal, dans une distribution des rôles avec l'armée qui ressemble en réalité à une déplorable mise devant le fait accompli. Le problème, c'est Hassan Nasrallah, qui se glisse dans l'uniforme du général Joseph Aoun, exigeant presque une coordination de la troupe (et du gouvernement...) avec Damas. Le problème, c'est le ministre de la Défense, Yaacoub Sarraf, autre monumentale erreur de casting, qui relance la polémique alors que l'institution militaire avait clairement indiqué son refus de toute coordination, justement. Le problème, en un mot comme en cent, c'est encore et toujours cette détermination hystérique, ici et ailleurs, à saper, jusqu'aux fondements mêmes, l'État libanais.

Sauf que quelques petits vents semblent tourner. Cela reste presque imperceptible, c'est peut-être une énorme illusion, mais cette orchestration militaire, puis cette gigantesque opération de propagande et de marketing autour de la bataille Hezb-Fateh el-Cham par la formation de Hassan Nasrallah, c'est-à-dire cette relibanisation du Hezb (même si axée sur l'éternel face-à-face chiito-sunnite), que complétera la victoire de l'armée à Qaa et Ras Baalbeck, pourraient augurer d'un certain changement, aussi infime soit-il. Du moins, d'une nouvelle perception. D'un équilibre différent. Entre la troupe et la milice. Entre l'État et la jungle.

Dans ce volcan jamais vraiment éteint appelé Liban, on apprend jour après jour, un peu plus, à se contenter de (si) peu.

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Hitti arlette

La milice chiite a fait le gros travail, travail de titan . c est grâce à elle que la région et même une partie de l'Europe seront débarrassées du fléau de l'EI . C est pas plus payant qu 'une milice libanaise qui a decimé des familles entières puis s 'en est allée faire une guère sans merci au jabal et enfin , une autre plus méchante et destructrice contre notre armée ? Sil nous arrive d'oublier les horreurs de ces événements , l'histoire a d'ores et déjà fait son devoir par écrit que les nouvelles générations à venir retiendrons par coeur .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

GARE AU PIEGE QUE DES FORCES OCCULTES... ET L,ON SAIT LESQUELLES... ESSAIENT DE LEVER POUR DISCREDITER L,ARMEE ET L,ETAT ! BONNE CHANCE A NOTRE ARMEE SEULE FORCE CAPABLE DE SECURISER LES FRONTIERES DU PAYS DU NORD ET JUSQU,AU SUD...

Ma Fi Metlo

Dit comme ça,on se contentera de ce que vous avez écrit Mr Makhoul.

L'objet de votre article était il de remonter le moral de la troupe en leur souhaitant de réussir ou bien comme vous savez le faire Le mieux descendre non plus les jeunes combattants du hezb resistant libanais à qui vous tressez des lauriers , mais à leur CHEF HASSAN NASRALLAH ?

Comment pouviez vous une seule seconde penser qu'ils étaient DISSOCIABLES ?

Va falloir vous déterminer un jour .

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