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Disparus de la guerre civile : S'ils pouvaient témoigner...

« Malgré les 15 000 dollars versés, ma mère n’a pas réussi à me retrouver »

Pour préserver l’espoir

Des milliers de personnes ont disparu pendant la guerre du Liban. Leur sort reste inconnu. Dans le cadre du projet « Fus'hat Amal »*, nous publions le portrait de l'une d'elles.

OLJ
13/04/2016

Mon nom est Fadi. Je vivais avec ma famille dans une maison au bord de la mer, à Aïn el-Mreissé. Je passais mon temps entre l'école et la plage où j'avais l'habitude de retrouver mes amis.

Depuis l'invasion israélienne, notre école était fréquemment amenée à fermer ses portes.
Ayant donc beaucoup de temps libre, j'ai fini par accepter de travailler en tant que chauffeur pour une famille aisée. Cela me permettait de ramener un peu d'argent à la maison. Ma mère aurait préféré que je fasse un autre métier. Je lui avais d'ailleurs promis d'arrêter. Il me fallait juste encore travailler quelques semaines pour pouvoir gagner les centaines de dollars qui me manquaient pour pouvoir m'acheter un nouveau costume pour le mariage de ma tante.

Le 10 janvier 1984, Amine, l'un des fils de la famille pour laquelle je travaillais, m'a demandé de le conduire au tribunal militaire où il devait effectuer quelques démarches. Alors que nous rentrions, deux voitures ont surgi et se sont mises en travers de notre route. Nous avons tous les deux disparu ce jour-là.

Après des mois de recherches désespérées à frapper à toutes les portes, un homme qui prétendait être un ami du frère de Bachar el-Assad a révélé à ma mère qu'il savait où j'étais détenu. Il lui a promis qu'avec la somme de 15 000 dollars, il parviendrait à me faire libérer et à me ramener à la maison. Ma mère espérait tant me revoir qu'elle n'a pas hésité à accepter, malgré le montant élevé de la somme demandée.
Quelque temps après, elle a pris la route pour la Békaa, le cœur rempli d'espoir. C'est là-bas que l'homme lui avait donné rendez-vous. Elle devait m'y retrouver.
Elle y est restée seule des heures durant, à attendre, refusant de croire qu'un homme avait pu profiter aussi lâchement de sa douleur.

Mon nom est Fadi Daou. Ne laissez pas mon histoire s'interrompre ici.

 

* « Fus'hat amal » est une plateforme numérique qui rassemble les histoires des personnes disparues au Liban. Le projet est financé par le Comité international de la Croix-Rouge, l'Union européenne, le National Endowment for Democracy et la Fondation Robert Bosch.
Des histoires d'autres personnes ayant disparu durant la guerre sont disponibles sur le site Web de Fus'hat amal à l'adresse: www.fushatamal.org
Si vous êtes un proche d'une personne disparue, vous pouvez partager son histoire sur le site du projet ou contacter Act for the Disappeared aux 01/443104, 76/933306.

 

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