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Liban

Dans la vallée de Bisri, le projet de barrage fait polémique

Infrastructure

Les opposants craignent un accroissement de l'activité sismique et les expropriations.

OLJ
30/06/2017

La vallée de Bisri, au Liban-Sud, est parsemée de citronniers, de grenadiers et de pins, mais ce paysage bucolique va être bientôt bouleversé par un projet de barrage dont la construction sur une faille sismique suscite un tollé. Pour le gouvernement libanais et la Banque mondiale (BM), qui finance en grande partie le projet, ce barrage est nécessaire pour combler le manque chronique d'eau dont souffrent 1,6 million d'habitants du Grand Beyrouth.
Située à 35 kilomètres au sud de la capitale, la vallée a été choisie en raison de sa proximité et de l'abondance de la rivière Awali qui la traverse. Mais malgré les assurances du gouvernement et de la BM, militants écologiques et agriculteurs disent craindre à la fois les séismes et une expropriation massive de terrains agricoles.
Amer Machmouchi est terrorisé à l'idée de voir se reproduire le séisme de 1956. « Comment peuvent-ils construire un barrage dans une zone de tremblement de terre ? Nos maisons ne sont même pas conformes aux normes parasismiques ! » dit-il. Cet agriculteur de 50 ans a grandi en entendant de terribles histoires sur ce tremblement de terre causé par la faille de Roum, qui a fait 135 morts et endommagé des milliers de maisons, dont celle de sa famille dans le village de Bsaba, près de la vallée. « Mon frère était encore petit et on a dû le sortir des décombres », raconte-t-il.

Conçu avec prudence ?
Pour Raja Noujaim, militant écologique et président de l'Association pour la protection du patrimoine libanais, l'histoire et la géographie de la région montrent que « ces vallées sont le résultat d'une activité sismique ».
Les militants avancent deux scénarios catastrophe : soit qu'un tremblement de terre conduise à l'effondrement du barrage, soit que cette retenue d'eau fasse pression sur la faille et accroisse le risque d'un séisme. En avril, des centaines de militants et citoyens ont protesté dans la vallée contre le projet. Mais la Banque mondiale assure qu'un panel d'experts « reconnus internationalement » ont examiné « les études sur la sécurité du barrage », y compris celles liées aux séismes, et ont confirmé qu'il avait été « conçu de manière prudente et cohérente avec le meilleur savoir-faire international ». Les tests, affirme-t-elle à l'AFP, ont prouvé que le barrage pourra « résister à des chocs plus importants que celui provoqué par le séisme de 1956 », d'une magnitude 6 sur l'échelle de Richter.
Élie Moussalli, ingénieur au sein du Conseil du développement et de la reconstruction (CDR), assure que le barrage « peut résister à un séisme de 8 degrés ». Il minimise aussi la possibilité que le barrage puisse provoquer une activité sismique. D'ailleurs, le plus grand barrage du pays, celui du lac Qaraoun, se situe lui aussi sur une faille sismique, relève-t-il. « Du point de vue géologique, il est normal que les failles traversent les montagnes, où coulent les rivières et où les barrages sont construits », ajoute M. Moussalli.

Neuf ans de travaux prévus
En comparaison avec le reste des pays arabes, le Liban, pays méditerranéen, est riche en fleuves. Mais il manque cruellement d'infrastructures et ne peut stocker dans des réservoirs que 6 % de ses ressources en eau. Et beaucoup d'habitants ont recours aux puits forés illégalement ou sont contraints de se faire livrer de l'eau par camion-citerne.
Le chantier du barrage est censé commencer en 2017 et durer neuf ans. Il devrait coûter 617 millions de dollars (environ 544 millions d'euros), couverts en grande partie par un prêt de la BM. Il s'agira du second plus important barrage au Liban, avec une capacité de 125 millions de mètres cubes dans un réservoir couvrant 450 hectares. L'autre menace, c'est que disparaissent les terrains agricoles d'une quinzaine de villages, dont ceux de l'agriculteur Amer Machmouchi. Or « ces terres sont notre gagne-pain », souligne-t-il.
Le plan du CDR inclut un fonds de compensation pour l'expropriation de 869 lopins, mais les agriculteurs risquent de perdre leur emploi dans cette affaire. « Je suis un paysan », affirme Abou Salem, la cinquantaine, juché sur son tracteur. « Si nous partons, où irions-nous ? »
maugrée cet homme, qui cultive depuis 25 ans des haricots.

Sites archéologiques
Sans oublier la possible disparition de sites archéologiques dans la vallée, comme l'église de Mar Moussa, centenaire selon les habitants. Les militants protestent contre un plan des autorités de la démanteler pour la réinstaller ailleurs.
À quelques kilomètres de l'église se trouvent des vestiges romains présumés : cinq colonnes, dont une gisant dans la rivière, et qui pourraient être la preuve de l'existence d'un site archéologique plus important. Selon le CDR, la Direction générale des antiquités veut mener des excavations afin de décider si ces ruines méritent ou non d'être sauvées.
Mais peu importe les arguments qu'on leur oppose : pour les habitants et les militants, le projet en entier doit être abandonné. « Rien ne doit être construit dans cette zone. C'est dangereux. Ce projet ne doit pas voir le jour », martèle ainsi Raja Noujaim.

Rouba EL-HUSSEINI/AFP

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