Liban

Décharge de Bourj Hammoud : Khatib renvoie la balle dans le camp du CDR

Environnement

Les pêcheurs racontent qu'ils remontent des ordures à 4 km de la plage, affirme l'activiste Paul Abi Rached.

14/06/2017

Le dossier des déchets ménagers est à nouveau au-devant de la scène depuis que des activistes ont filmé, il y a quelques jours et à l'aide d'un drone, des camions jetant des déchets de la décharge de Bourj Hammoud directement dans la mer, alors que le plan initial prévoyait de remblayer la mer une fois qu'un brise-lames aurait été érigé.

La vidéo, qui a largement circulé sur le Net, a relancé le débat sur le dossier du traitement des déchets ménagers qui traîne depuis 2015. C'est dans ce cadre-là que le ministre de l'Environnement, Tarek el-Khatib, a visité hier les dépotoirs de Bourj Hammoud et de Jdeidé, en présence de la caïmacam (préfet) du Metn, Marlène Haddad, et du président de la municipalité de Jdeidé-Bauchrieh, Antoine Gebara, afin de constater l'ampleur des dégâts. « Le contrat avec l'entrepreneur (chargé de construire le brise-lames) et le Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) suppose de remblayer la mer. Donc il est dit que les déchets seront déposés dans la mer », a rappelé M. Khatib avant néanmoins d'ajouter : « Mais il aurait dû y avoir un brise-lames. »

Pour rappel, le plan proposé par le gouvernement consiste à creuser deux fosses dans la mer, au niveau de Bourj Hammoud et Jdeidé, qui serviront de décharges pour les quatre années à venir et qui impliqueront un remblayage de la mer et la construction d'un brise-lames.
« Le ministère de l'Environnement a contacté plusieurs fois le CDR à propos du dossier du remblayage et de la nécessité de changer certaines choses », a souligné le ministre de l'Environnement qui a par ailleurs noté « plusieurs contraventions qui ont été au menu des discussions avec le CDR ». Il a en outre affirmé que son ministère avait envoyé en mars, avril et mai, « à un rythme quasi hebdomadaire, des experts pour examiner la situation et effectuer un suivi ».

 

(Pour mémoire : Les ordures dans les rues, l'arme du chantage)

 

 

Risque de fuite de matériaux toxiques
Une source proche du parti Kataëb, qui avait mené un mouvement de protestation contre la décharge de Bourj Hammoud pendant plusieurs semaines en 2016 et vivement critiqué la gestion de ce dossier par le gouvernement, affirme que les déchets jetés pour soi-disant remblayer la mer ne sont même pas triés, « parce que ce procédé coûte une fortune et va prendre des années ». « Le remblai est effectué avec des déchets non triés et implique un risque de fuite de matériaux toxiques », martèle la source. « Le CDR ne fait rien dans les règles, tout est jeté dans la mer. C'est un paysage digne de Mad Max. Qui sait si nous n'allons pas bientôt être accusés par Chypre par exemple de polluer la Méditerranée. La convention de Barcelone (signée par le Liban et qui vise à réduire la pollution dans la Méditerranée) interdit ce genre de décharges sauvages sur le littoral », souligne-t-elle.

Paul Abi Rached, président du Mouvement écologique libanais et de l'ONG Terre-Liban, dénonce également le fait que les déchets soient jetés n'importe comment dans la mer, sans tri et en l'absence de brise-lames. Il explique par ailleurs que les déchets déversés dans la Méditerranée proviennent à la fois de l'ancienne décharge de Bourj Hammoud (fermée en 1997 et qui contiendrait des restes de déchets radioactifs) et des nouveaux arrivages de déchets ménagers déposés dans la nouvelle décharge.
« Nous ne faisons plus confiance au gouvernement. Tout est jeté dans la mer. Mais le problème n'est pas centré à Bourj Hammoud ; les courants emportent les déchets vers Beyrouth ou le Kesrouan et ils pourraient même atteindre les côtes turques ou grecques », affirme M. Abi Rached.
« Toute la côte libanaise est polluée et il y a besoin de décréter un état d'urgence environnementale. Les pêcheurs rapportent qu'ils remontent des déchets à 4 km de la plage. Ils disent également que les camions utilisent le port de pêche de Bourj Hammoud pour déverser les déchets », souligne-t-il.

 

Pour mémoire

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Irene Said

Merci, Monsieur Tarek el Khatib, le soi-disant "ministre de l'environnement" pour le formidable travail que vous faites concernant ces décharges de Bourj Hammoud etc.
Vous méritez vraiment un prix Nobel!
Irène Saïd

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