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Liban

Les tractations se dispersent dans des enchères de dernière minute

Réforme électorale

Le tandem chrétien joue sa dernière carte avant l'expiration des délais.

07/06/2017

C'est par bribes d'information lâchées ici et là et par un jeu de devinettes que l'on arrive à percevoir, à peine, ce qui se passe au niveau de la progression de la réforme électorale qui continue d'être discutée en cercle fermé.

Ceux qui avaient distillé dernièrement un climat d'entente quasi général autour des grandes lignes de la loi à adopter – la proportionnelle appliquée à 15 circonscriptions –, en indiquant que les détails techniques étaient simples à résoudre, reviennent aujourd'hui sur leur optimisme prématuré pour reconnaître que « le diable réside dans les détails ». C'est ce qu'a indiqué hier le ministre de l'Information, Melhem Riachi, qui a admis par ailleurs que « des obstacles persistent », soulignant qu'ils ne sont toutefois « pas insurmontables. Les dernières touches à mettre sont les plus difficiles ».

Désormais, l'obstacle majeur n'est plus, semble-t-il, une affaire de vote préférentiel, de coefficient électoral ou de seuil minimal de voix à obtenir, encore moins les mesures de répartition des sièges, des détails qui seraient pratiquement en voie d'être résolus, si l'on en croit des sources concordantes. Le véritable problème se situe au-delà de la réforme électorale à proprement parler et tourne autour d'amendements d'importance de la Constitution, ressortis à deux semaines de l'expiration de la législature comme des enchères de dernière minute.

L'alliance formée des deux ténors chrétiens, les Forces libanaises et le Courant patriotique libre, réclame ainsi un « amortissement » des effets de la proportionnelle par des garanties constitutionnelles. Concrètement, sa requête consiste à « consacrer par un amendement du texte fondamental la parité entre chrétiens et musulmans » (prévue à l'article 24) en retirant du texte la mention prévoyant l'avènement d'une « nouvelle loi électorale non confessionnelle ».

« Il est encore trop tôt de parler d'un État laïc, les conditions n'étant pas encore réunies. D'où la demande conjointe de l'alliance chrétienne d'obtenir des garanties pour être rassurée sur la consécration de la parité », confie un responsable des FL à L'OLJ en justifiant le bien-fondé de la demande.

 

(Lire aussi : Le compte à rebours avant le vide institutionnel a commencé)

 

Réforme électorale
N'ayant pas pu obtenir un engagement ferme pour la création d'un Sénat où seraient représentées les familles confessionnelles, l'alliance chrétienne entend se rabattre sur un autre type de garantie qu'elle tente de faire passer dans le feu de la réforme électorale.

Le président de la Chambre, Nabih Berry, qui avait donné son accord de principe à cette réforme à la table de dialogue, puis à l'occasion des discussions autour de la création du Sénat, s'est rétracté sous prétexte que cette requête constitue une atteinte à l'esprit même de la Constitution et par conséquent à l'ensemble du système politique. La proposition du tandem chrétien avait également été approuvée par les chefs du courant du Futur et du PSP, Saad Hariri et Walid Joumblatt.

À l'issue de la réunion du bloc parlementaire du Changement et de la Réforme, le député Ibrahim Kanaan a égrené la série des promesses faites dans le sillage des négociations autour de la réforme électorale, soulignant que les engagements faits pour la création du Sénat puis en direction de la consécration de la parité sont restés lettre morte. « L'argument avancé (par les milieux de Aïn el-Tiné) est le fait que ces propositions seront examinées après l'adoption de la loi électorale », a-t-il dit.

Mais le chef du Parlement ne s'est pas laissé faire. En usant d'une figure de style imagée comme il en a l'habitude, Nabih Berry a insinué que le CPL et les FL s'y sont pris un peu tard : « Vous avez refusé le package deal au moment où il était mûr. Pourquoi le réclamez-vous aujourd'hui alors que la récolte est terminée ? » a-t-il demandé dans une déclaration à la presse en allusion au package deal qu'il avait lui-même proposé à l'occasion de la présidentielle, mais qui a été rejeté à l'époque par les deux partis chrétiens notamment. Dans les milieux du CPL, on persiste et signe pour dire que la requête des chrétiens n'a rien d'un package deal ni d'une transformation de fond en comble du système, mais vise à obtenir de simples « garanties » pour maintenir les équilibres en place.

Le ministre de l'Information est revenu hier à la charge pour rappeler que M. Berry, pas plus tard que la semaine dernière, lui avait effectivement confirmé son accord sur la consécration de la parité. M. Riachi a toutefois indiqué que ce principe pourrait éventuellement être « consacré dans la loi électorale » et pas nécessairement dans la Constitution qui aurait besoin d'être amendée à cette fin.

Les regards étaient rivés hier soir vers la Maison du Centre, où le Premier ministre devait réunir les principaux négociateurs (Georges Adwan, Gebran Bassil, Ali Hassan Khalil, Hussein Khalil et Nader Hariri) pour un dernier forcing avant que le chef de l'État n'intervienne en cas d'échec. Selon notre correspondante, Hoda Chedid, Baabda pourrait décider de convier les parties à une séance de dialogue national pour sauver la situation.

 

 

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Le Faucon Pèlerin

Le tandem CPL-FL joue sa dernière carte avant le vide institutionnel, la tambouille bout dans la marmite. Attention !

Irene Said

Ils ont tous été incapables depuis des années de nous fournir les prestations normales de tout gouvernement qui se respecte:
l'électricité 24h/24h
l'eau dans nos robinets
les infrastructures "normales"
le traitement des déchets
etc., etc.
mais ils ont l'indécence d'exiger ceci et cela, quitte à changer continuellement, concernant la nouvelle loi électorale, uniquement en faveur de leurs intérêts personnels !

Certainement pas en faveur du peuple qu'ils sont sensés représenter et surtout servir !
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

BERRY A PROPOSE... BERRY S,EST RETRACTE ! COMMENT PEUT-ON DES LORS AVOIR CONFIANCE EN LES PROMESSES TINOHEZBIOTES SI ELLES NE SONT PAS ECRITES DANS LA CONSTITUTION ? LES BOYCOTTEURS SONT TOUJOURS LES MEMES !

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