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Interview express

Tarek Mitri : Ce n’est pas une vraie proportionnelle

Tarek Mitri. Photo d’archives

Si l'écrasante majorité des formations politiques assure qu'une nouvelle loi électorale prévoyant la proportionnelle appliquée à 15 circonscriptions verra le jour prochainement, il reste que d'aucuns estiment que cette entente pourrait être dynamitée par les débats portant sur les détails techniques du texte. D'autres vont même jusqu'à dénoncer « un retour implicite » au mode de scrutin majoritaire, notamment avec le recours au vote préférentiel appliqué au niveau du caza. À ce sujet, l'ancien ministre de la Culture Tarek Mitri, qui avait dénoncé sur son compte Twitter le recours au vote préférentiel, répond aux questions de L'Orient-Le Jour.

Que pensez-vous de l'entente autour de la proportionnelle appliquée à 15 circonscriptions avec vote préférentiel ?

Nous ne savons pas sur quoi les protagonistes se sont entendus. Nous savons seulement qu'ils se sont accordés sur le principe de la proportionnelle avec 15 circonscriptions. Il faut attendre le reste des débats pour avoir une opinion complète.

Quelles remarques pouvez-vous formuler concernant la formule débattue actuellement ?

La proportionnelle possède de nombreux avantages, et elle est peut-être beaucoup mieux que le mode de scrutin majoritaire, dans la mesure où elle élargit le champ de représentation politique. Mais au Liban, comme il n'y a pas de partis politiques dans le vrai sens du terme, un tel mode de scrutin pourrait causer un « déséquilibre » entre les partis politiques et les indépendants. Et pour cause : la proportionnelle pousserait les formations majoritaires à s'allier pour remporter le scrutin. Parallèlement, il n'est pas facile pour les indépendants de former leurs listes. Ainsi, la proportionnelle risque de défavoriser les indépendants au profit des forces majoritaires. Cela pourrait bien interdire le renouvellement des élites politiques. Ce n'est donc pas une vraie proportionnelle.

Qu'en est-il du vote préférentiel et du seuil d'éligibilité ?

Le vote préférentiel conduit à une compétition entre les candidats d'une même liste, ce qui signifie que les alliés peuvent facilement devenir rivaux politiques. Les partis politiques traditionnels vont donc intervenir pour départager les votes préférentiels de leurs bases populaires respectives. Ils exerceraient donc une pression sur leurs électeurs. De plus, le vote préférentiel contribue à consacrer les rouleaux compresseurs traditionnels. À titre d'exemple, si Saad Hariri se présente dans une circonscription où le nombre d'électeurs s'élève à 40 000, au moins 39 000 d'entre eux lui accorderont leurs votes préférentiels. Il sera donc automatiquement élu, aux dépens des nouvelles forces politiques.
Quant au seuil d'éligibilité, il varie selon le nombre de sièges: s'ils sont sept, il faut 15% pour être élu, s'ils sont 10, il faudrait 10%. Les grandes circonscriptions permettent une meilleure représentation de la société civile.

 

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commentaires (2)

CE SONT DES PROPORTION... AILES ! OU VOLENT QUI VOLERONT SANS AILES !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

16 h 47, le 06 juin 2017

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Commentaires (2)

  • CE SONT DES PROPORTION... AILES ! OU VOLENT QUI VOLERONT SANS AILES !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    16 h 47, le 06 juin 2017

  • C'est parfaitement clair: le seul avantage de la proportionnelle est de favoriser l'émergence de petits partis, donc d'échapper aux diktats des grands partis traditionnels. or, au Liban, ces petits partis n'existent pas. Par contre, le principal inconvénient de ce mode de scrutin est, comme le dit parfaitement Tareq Mitri, de bloquer la voie aux indépendants. Autrement dit, dans notre pays, le mode proportionnel est celui qui contribue le plus à pérenniser la classe politique. Est-ce vraiment ce que veut le peuple?

    Yves Prevost

    06 h 44, le 05 juin 2017