Moyen Orient et Monde

Hassan Rohani serait-il devenu « inutile » ?

Iran / Présidentielle

Le président sortant brigue aujourd'hui un second mandat, mais l'accord sur le nucléaire étant conclu, les conservateurs, unis derrière Ebrahim Raissi, n'ont plus intérêt à avoir un chef de l'État modéré.

19/05/2017

Il n'y a rien de plus imprévisible qu'une élection iranienne. Hassan Rohani a pu le constater, en 2013, en remportant, contre toute attente, la présidentielle dès le premier tour avec 50,7 % des voix. Le président iranien, qui brigue aujourd'hui un second mandat, pourrait toutefois le vérifier cette fois-ci à ses dépens. Alors que les présidents sont traditionnellement réélus pour un second mandat en Iran, « le mollah qui sourit » est menacé par le candidat conservateur, le clerc Ebrahim Raissi. En s'accordant sur un seul candidat, le camp conservateur a tiré les leçons du scrutin de 2013 où la multiplication des candidatures avait offert une voie royale à Hassan Rohani, représentant du camp modéré et élu sur sa promesse de moderniser le pays et d'ouvrir l'Iran au reste du monde grâce à la signature de l'accord nucléaire.

Quatre ans plus tard, Hassan Rohani a rempli une partie de sa mission. L'accord nucléaire a été signé avec les 5+1 (États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni, France, Allemagne) en juillet 2015 et les relations entre l'Iran et l'Occident sont, depuis, en voie de normalisation. Entré en vigueur en janvier 2016, ce traité est destiné à garantir la nature strictement pacifique du programme nucléaire iranien en échange d'une levée partielle des sanctions internationales.

Aucun des candidats à la présidentielle, même le plus conservateur, n'a remis en question la pérennité de l'accord, autorisé par le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei. Et pour cause : celui-ci était voulu par l'establishment et a été largement célébré par la population iranienne. Quel que soit le résultat de l'élection, il est donc peu probable qu'il y ait un retour en arrière sur ce dossier.

Mais les deux camps, conservateur et modéré, s'opposent sur la manière dont cet accord doit impacter la société iranienne et notamment sur le degré d'ouverture à l'international que le régime peut supporter. Les conservateurs craignent une occidentalisation de la société iranienne qui provoquerait, à terme, la chute du régime. Les modérés considèrent, qu'au contraire, cette normalisation est la seule façon de pérenniser le système iranien, longtemps asphyxié par les sanctions économiques.

« Au-delà de la politique d'ouverture, c'est vraiment la question de l'identité de l'Iran en tant qu'État qui constitue le principal enjeu de cette présidentielle. Est-ce que l'Iran reste une république islamique dont la politique étrangère est guidée par l'idée de confrontation systématique avec l'Occident ou est-ce qu'on essaye de normaliser les relations ? » analyse Vincent Eiffling, chercheur au Centre d'études des crises et conflits internationaux (CECRI), spécialiste de l'Iran.

 

(Lire aussi : Les Iraniennes s’engagent en politique à l’échelon local)

 

Attentes démesurées
Dans ce contexte, l'arrivée au pouvoir de l'administration Trump, foncièrement anti-iranienne, ne fait pas le jeu du président Rohani. Si Washington a annoncé mercredi qu'il allait prolonger l'allègement des sanctions contre l'Iran, il a parallèlement décidé l'imposition de nouvelles, liées au programme de missiles balistiques de Téhéran. Alors que M. Rohani est partisan d'un strict respect de l'accord nucléaire, le clan conservateur, qui a déjà la main sur les dossiers régionaux, pourrait, en cas de victoire, tester la patience américaine notamment pour renforcer la rhétorique anti-occidentale au sein de la population.

Une situation d'autant plus difficile à gérer pour M. Rohani que la deuxième partie de sa promesse n'a pas été tenue : s'il a réussi à réduire la dette et le déficit de son État, il n'est pas parvenu à endiguer la montée du chômage et à relancer l'économie iranienne. Son principal adversaire, Ebrahim Raissi, a pointé du doigt tout au long de la campagne les « faiblesses » des négociateurs iraniens, jugés trop conciliants avec les grandes puissances, tout en affirmant que l'Iran n'avait tiré que peu d'avantages de cet accord. Si la population iranienne avait accueilli la nouvelle avec euphorie, elle semblait s'attendre à des retombées plus que de raison.

« Les Iraniens avaient des attentes totalement démesurées en termes de retombées économiques suite à cet accord », estime M. Eiffling. Ce sentiment de frustration pourrait par conséquent se traduire dans les urnes et pénaliser Hassan Rohani, selon l'expert. Les classes populaires et les zones rurales pourraient plébisciter le candidat conservateur, qui a multiplié les promesses, assez peu réalistes compte tenu de la situation de l'économie iranienne, de renforcer les aides à leur égard. M. Rohani devrait pour sa part pouvoir compter sur les classes moyennes et urbanisées et sur les jeunes, à condition qu'ils se mobilisent massivement.

Derrière les questions économiques, se cache un enjeu plus fondamental qui devrait décider, à long terme, de l'avenir du régime iranien. Donné favori pour succéder au guide suprême, âgé de 78 ans, Ebrahim Raissi a tout à perdre avec ces élections. « S'il se soumet au test du vote populaire, on imagine mal qu'il puisse devenir guide suprême s'il perd cette élection », résume M. Eiffling. En cas de nouvelle victoire, son adversaire pourrait quant à lui devenir un candidat sérieux à la magistrature suprême. Si elle ne remet pas en question la survie du régime, une nouvelle victoire de Rohani pourrait ainsi déboucher sur une lente libéralisation et changer, de facto, la nature du régime, à l'image de ce qu'a pu faire Deng Xiaoping en Chine. Un cauchemar pour le clan des « principalistes ».

« Rohani a joué son rôle d'ambassadeur, de nouvelle vitrine de l'Iran, plus présentable que Mahmoud Ahmadinejad au yeux des chancelleries occidentales. Mais maintenant que l'accord est signé, les conservateurs n'ont plus intérêt à avoir un président modéré », décrypte M. Eiffling. Sa défaite marginaliserait les forces modérées et réformatrices et accréditerait la rhétorique visant à diaboliser l'Iran développée non seulement par l'administration Trump, mais aussi par Israël et par l'Arabie saoudite, en raison des velléités d'expansion iranienne au Moyen-Orient. Pas un retour à la case départ, mais une situation explosive à bien des égards.

 

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Chady

si c'etait des "pseudos elections" le peuple n'allait pas se precipiter a aller voter! Il allait rester chez lui confortablement assis ???? Et toc Rohani elu president ???? keep on hating niggas en attendant meme des pseudo elections au liban moi je suis pour ca reste mieux que pas d'election du tout.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DANS CES PSEUDOS ELECTIONS DEMOCRATIQUES OU LES CANDIDATS DOIVENT ETRE ACCEPTES PAR LE FAKIH TOUS LES COUPS BAS SONT PERMIS... ROHANI LE MODERE DOIT ETRE EVINCE... VOILA QUELLE SORTE D,AYATOLLAHCRATIE IL EN EST QUESTION...

Jaber Kamel

Depuis hier et tôt ce matin toutes les télés occidentales ne parlent que de ces élections démocratiques en Iran où le résultat est incertain .

Quand on pense que les occidentaux préfèrent s'allier aux pays où le principe même d'une élection est banni de l'esprit sain , certains ignorants préfèrent y voir des ressemblances honteuses qui ne cadrent qu'avec leur esprit infecté.

Si on me publie , je le jure je me fais moine demain matin .

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