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Culture

Éliane Raheb, qui l’aime la suive...

Rencontre

La cinéaste présente son film Those who remain, ou Mayyel ya Ghzayel, jusqu'au 24 mai au cinéma Metropolis

18/05/2017

Mayyel ya Ghzayel, est un film-hommage à Haykal et à tous ceux qui, comme lui, ont choisi de ne pas quitter leur terre. Haykal est un paysan chrétien qui habite la région de Shambouk, où les gens de toutes les communautés se côtoient en parfaite sérénité. Faisant fi du danger Daech, qui n'est pas très loin puisque la région est à la frontière libano-syrienne, le personnage principal du film, qui ne se sent pas du tout menacé, a pour toute défense un fusil de chasse. Il passe sa journée entre un petit restaurant qu'il gère, à voir passer les camions qui traversent la frontière, à planter et à cueillir ses pommes. À travailler la terre. De ses propres mains. La main, ce prolongement humain du sol. Cette racine qui aide l'être à s'agripper à sa terre.

 

Une action citoyenne
La cinéaste Éliane Raheb est une militante du cinéma et de la vie. « Quand j'étais jeune je voyais beaucoup de films de tous genres, car mon grand-père possédait un cinéma à Zahlé. C'est ainsi que j'ai grandi, exposée au grand écran, depuis l'âge de quatre ans. » Plus tard, lorsqu'il a fallu choisir sa voie, elle hésite entre la publicité et le théâtre, mais finit par suivre des études d'audiovisuel à l'Iesav. Première génération d'une faculté qui venait de s'épanouir, Éliane Raheb continue son chemin par tâtonnement tout en intercalant des rôles au théâtre pour Roger Assaf. « Bien que je n'aime pas diriger des comédiens, j'aime jouer la comédie. »

Le vrai tournant de sa carrière s'inscrit en 2000, lorsque la jeune réalisatrice pense sérieusement quitter le pays. « Partir ou rester ? J'ai finalement opté pour la résistance. » Son action allait être apolitique, non violente, mais simplement citoyenne et par le biais des films. C'est ainsi qu'avec quelques amis, dont Hania Mroué, Éliane Raheb fonde l'association Beirut DC, et, plus tard, rejointe par d'autres comme Zeina Sfeir, lancera le festival bisannuel Ayyam Beirut al-Cinema'iya. « Nous voulions faire des films qui nous ressemblent, dit Raheb, et le format documentaire qui existait déjà au Liban, sans pourtant être élaboré, allait devenir l'outil de cette
action citoyenne. »

 

In situ
La cinéaste porte un regard personnel, rapproché, sur les personnages qu'elle met en scène. « Je n'aime pas diriger les acteurs, mais les mettre en situation », rectifie-t-elle. Cette démarche singulière la pousse à faire des recherches en amont, à structurer un scénario solide. Pour cette quasi-enquête, la réalisatrice se doit d'être présente partout pour creuser et toujours creuser. « Pourquoi choisir la fiction alors que le Liban offre un décor naturel bigarré et multiple », se demande-t-elle. Après deux courts métrages, dont Si près et si loin, un premier projet personnel, et le documentaire Layali bala Nom (Sleepless nights) en 2012, où elle met en scène un Assaad Chaftari plus vrai que nature, Mayyel ya Ghzayel (Prix du jury au Festival de Dubaï, de Tétouan et d'Ismaïlia) témoigne du caractère infatigable de la réalisatrice. Pour filmer les trois saisons qui se succèdent dans son film, et par conséquent le temps, ce personnage-acteur en filigrane qu'elle a su reproduire, Éliane Raheb a dû faire le chemin en raquettes en pleine neige, dormir dans une baraque en pierre et s'immerger dans le silence de la nature.

« Auparavant, j'avais fait la connaissance de Haikal grâce à mon amie qui m'a fait prendre des chemins de traverse dans les jroud de la montagne. »
Le box-office, la réalisatrice n'en a cure. L'ego, elle le démonte et le jette aux oubliettes. Le succès de ses films, elle les doit au regard des spectateurs qui voient avec le cœur. « Il y a quelques années, je portais mon film et tapait presque à toutes les portes, pensant qu'il devait être projeté dans plusieurs salles.

Aujourd'hui, c'est la loi du Qui l'aime le suive », souligne-t-elle. « Je fais des films parce que j'aime le cinéma et j'aime les gens. J'aime faire découvrir ceux qui sont dans l'ombre. Ils sont légion. Ceux qui n'ont pas de place dans la société et à qui on ne donne pas la parole. Par leur humilité, leur discrétion, leur joie de vivre contagieuse malgré la rudesse de leur travail, et surtout par leur acharnement à vivre dans un Liban meilleur, ils sont un exemple à suivre. Pourvu qu'on les mette en lumière. » N'est-ce pas la grande mission du cinéma ?

 

Pour mémoire

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