Moyen Orient et Monde

Mandat Hollande : à l’international, un bilan en demi-teinte

Repère

Plus de 250 déplacements et un interventionnisme militaire accru : sur le plan international, François Hollande s'est démené. Si, à domicile, il enregistre un taux de popularité des plus bas, il fait plus ou moins consensus quant à ses succès en politique étrangère.

15/05/2017

1. Le climat

L'un des rares succès diplomatiques de François Hollande est sans doute l'accord de Paris, exécuté dans le cadre de la COP21 en décembre 2015. Plus de 195 pays sont signataires de cet accord, entré en vigueur un an plus tard, et qui consiste à limiter le réchauffement sous les 2 °C. Six ans après l'échec du sommet de Copenhague, deux semaines de négociations particulièrement intenses finissent par donner naissance à un accord historique. L'aspect non contraignant sur le plan juridique permet toutefois de craindre le retrait de cet accord de certains gouvernements, comme les États-Unis ou la Chine, responsables de 40 % des émissions mondiales de CO2. Jusqu'à présent, le président américain Donald Trump n'a toujours pas officialisé son maintien ou pas dans l'accord, dont la mise en œuvre reste très discutable. Entre autres, l'aide de plusieurs dizaines de milliards de dollars aux pays les plus pauvres n'a toujours pas été allouée et ne devrait pas l'être avant 2020. La Chine, en revanche, s'est engagée à respecter ses engagements et a réitéré sa position au successeur de François Hollande, Emmanuel Macron.
Plusieurs polémiques internes entacheront toutefois le bilan écologique international de François Hollande, comme la non-fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, comme il l'avait promis pendant sa campagne.

2. En Afrique

C'est en Afrique que François Hollande se trouve un statut de chef des armées. Dès janvier 2013, l'opération Serval est lancée au Mali, où l'avancée d'el-Qaëda au Maghreb islamique (AQMI) vers le sud, et donc la capitale Bamako, doit absolument être contrée. Plus de 5 000 soldats français sont déployés. Il leur faudra quelques mois pour chasser les jihadistes du pays. En juillet 2014, Serval laisse la place à l'opération Barkhane, dont le but est de traquer les groupuscules jihadistes dans le Sahel. Mais le pays est loin d'être apaisé. Si de nombreux observateurs soulignent le succès incontestable de l'initiative française, l'absence criante d'une aide du gouvernement malien aux zones touchées par les conflits contribue à la stagnation de la situation sécuritaire.
Entre-temps, l'opération Sangaris est lancée en Centrafrique en décembre 2013, après un appel à l'aide du président François Bozizé, menacé – puis destitué – par la rébellion majoritairement musulmane de la Seleka, aux portes de la capitale Bangui. Il s'agit avant tout de stabiliser un pays au bord de la guerre civile, où des massacres quotidiens font des centaines de victimes. Mais lorsqu'elle s'achève trois ans plus tard, son bilan est plus que mitigé, bien que jugé « réussie » par François Hollande. Outre le fait que la stabilité reste plus que précaire dans le pays, la réputation des forces françaises est entachée d'accusations de viols et sévices sexuels par les soldats à l'encontre de dizaines d'enfants.

3. En Europe

Sur le plan européen, les divergences franco-allemandes sont clairement ressorties lors du quinquennat de François Hollande, notamment concernant la Grèce. Là, le président français a su s'imposer pour maintenir, à deux reprises, la Grèce au sein de l'Union européenne et éviter un Grexit. Les deux visions allemande et française se sont affrontées et celle de la France, reposant en partie sur celle de la solidarité entre partenaires européens, a eu le dessus. En Europe, la crise économique qui sévit est alors accompagnée d'une crise de réfugiés. Celle-ci divise les gouvernements européens, dont la France, largement hostiles à l'ouverture de leurs frontières, contrairement à l'Allemagne.
François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel se sont toutefois retrouvés lors du conflit ukrainien, faisant front uni face à la Russie. Leurs efforts conjoints ont fini par mener aux accords de Minsk, dont les négociations ont duré plus de seize heures continues pendant la nuit du 11 au 12 février 2015. Mais malgré les innombrables trêves instaurées depuis, des affrontements meurtriers ont encore régulièrement lieu entre Kiev et les séparatistes prorusses.
Le quinquennat Hollande aura été marqué par les crises à répétition, une économie en berne, le Brexit. D'aucuns lui reprochent, à part sa fermeté face à la crise grecque, un manque de participation à une relance pourtant cruciale. L'un de ses échecs sera de ne pas renégocier le pacte budgétaire européen signé sous la présidence de Nicolas Sarkozy en 2012, comme promis pendant sa campagne présidentielle. Ce renoncement sera perçu comme un non-engagement européen par beaucoup.

4. Au Moyen-Orient

L'un des échecs les plus cuisants du mandat de François Hollande restera probablement celui de la Syrie. Dès le début de son quinquennat, il adopte une position très ferme vis-à-vis de Bachar el-Assad, dont il réclame le départ, et des rebelles dits « modérés », qu'il soutient ouvertement. Tout bascule en 2013. Cet été-là, il est prouvé que le président syrien Bachar el-Assad a utilisé des armes chimiques contre son peuple, franchissant les lignes rouges que son homologue américain Barack Obama avait pourtant établies. À la surprise générale, et au grand dam de ses alliés occidentaux, dont la France, le président Obama renonce au dernier moment à frapper la Syrie, en échange de quoi l'arsenal chimique syrien est démantelé sous l'égide de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), qui relève des Nations unies. François Hollande, resté sur une ligne interventionniste, se sent lâché par son partenaire américain. Il finira par lancer l'opération Chammal contre les positions de l'EI en Syrie et en Irak, mais l'épisode restera dans tous les esprits.
Concernant le conflit israélo-palestinien, le président français a toujours soutenu la solution à deux États, tout en considérant qu'elle s'éloignait de plus en plus. Malgré la conférence de Paris, organisée en janvier pour défendre cette voie vers la paix, la position française s'est démarquée par son manque d'initiative. À plusieurs occasions, François Hollande évite à la fois de parler d'État palestinien et d'accuser de manière frontale l'État hébreu, mais il prône une reprise des négociations israélo-palestiniennes. Il a pourtant toujours considéré que, sans règlement, ce conflit maintiendra le Proche-Orient dans une situation explosive.
Les années Hollande ont également vu un rapprochement significatif entre Paris et Riyad, qui pourtant entretenaient des relations déjà bonnes depuis plusieurs décennies. Des contrats commerciaux juteux de l'ordre de plusieurs milliards de dollars se succèdent. Lorsque le roi Salmane succède au roi Abdallah en janvier 2015, l'idylle se poursuit, s'intensifie même. Le président français sera ainsi l'invité d'honneur d'un sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG), une première pour un dirigeant occidental. Mais le bilan du royaume wahhabite en droits de l'homme est catastrophique, et les critiques fusent de toutes parts. La participation de la France aux négociations aboutissant à l'accord sur le nucléaire iranien, le 14 juillet 2015, jettera une ombre sur les relations entre Paris et Riyad, sans pour autant les menacer.

 

 

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