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La France, championne de la déprime, va-t-elle se convertir à l'optimisme ?

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Nombre de commentateurs jugent désormais que Macron, le "nouveau président optimiste de ce pays en dépression" -selon les mots du quotidien Le Monde - devra très vite démontrer qu'il a compris les attentes du pays, avec des actions concrètes et efficaces.

OLJ/AFP/Béatrice LE BOHEC
13/05/2017

Choc chez les Français : ce pays champion de la sinistrose et du défaitisme vient d'élire le plus jeune président de l'histoire qui leur parle "espoir", "audace", "optimisme".

Après la large victoire du centriste pro-européen Emmanuel Macron, 39 ans, face à l'extrême droite le 7 mai, la presse dithyrambique décrit la stupéfiante mue d'une France régulièrement qualifiée ces dernières années de "pays malade" de l'Europe.
"Sacrée France : ses coups de grisou électoraux intriguent. On pensait qu'elle broyait du noir, à deux doigts de sortir de l'euro, et c'est tout le contraire qui se produit", souligne Le Monde. "Le monde, ébahi, découvre en la personne de son nouveau président le visage d'une France jeune, audacieuse, conquérante", s'enthousiasme le quotidien économique Les Echos.

Promettant le renouveau d'une classe politique à bout de souffle, celui qui était inconnu voici encore trois ans a mené la première campagne électorale de sa vie sur le thème de l'optimisme à tout crin, faisant passer au second plan son programme. "A ceux qui ne croient plus en rien, aux cyniques, aux défaitistes, aux déclinistes qui les entourent, nous leur disons: le meilleur est devant nous, le meilleur est à nous", clamait-il lors d'un meeting à Lyon (centre-est) en février.

Ses messages positifs lui ont valu d'être taxé de "gourou" par le candidat conservateur François Fillon et de "champignon hallucinogène" par le tribun de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon. Quand M. Macron promettait de "faire ce qui n'a jamais été fait", les autres candidats, eux, parlaient de peurs et de luttes, contre le déclassement économique, contre l'immigration, contre la menace jihadiste....
Il "théorise des passions heureuses", résume la sémiologue Mariette Darrigrand.

Au soir de sa victoire, il prononce un discours vibrant, ponctué de mots rarement utilisés dans le champ politique : "L'Europe et le monde attendent que nous défendions l'esprit des Lumières. Ils attendent que nous portions une nouvelle espérance, un nouvel humanisme (...), je vous servirai avec amour".
Ses partisans, issus d'une France urbaine et plutôt aisée, applaudissent. Ses adversaires évoquent un écran de fumée pour masquer un projet ultra-libéral.

(Lire aussi : Pourquoi la France n'a pas été emportée par la vague populiste...)

 

"Thérapie de groupe"
Pour le philosophe Marcel Gauchet, "Emmanuel Macron est le candidat d'un optimisme minoritaire, certes, mais auquel le pessimisme majoritaire a envie, sinon de croire, au moins de donner sa chance (...) Les gens se disent +On n'y croit pas mais on aimerait y croire, vas-y !+"

Au cours de son mandat marqué par une impopularité record, le président socialiste sortant François Hollande avait tenté de combattre le pessimisme ambiant nourri par des chiffres record du chômage, des fermetures d'usine et un climat anxiogène lié à la vague d'attentats jihadistes en 2015 et 2016.
Il avait appelé à maintes reprises les Français à être "fiers" de leurs compétences.
Mais une étude européenne publié en mars et portant sur six pays relevait "un malaise français" spécifique en Europe, mêlant méfiance record vis-à-vis des institutions, pessimisme face à l'avenir et rejet de la mondialisation.

L'écrivain Michel Houellebecq, connu pour ses "romans négatifs", a perçu l'axe de campagne d'Emmanuel Macron, comme "une espèce de thérapie de groupe pour convertir les Français à l'optimisme". "Parce que le fait est que les Français sont pessimistes, on passe notre temps à se comparer aux pays du Nord, en particulier l'Allemagne, dans le but de se dévaloriser", a-t-il dit sur la télévision publique France 2.

Nombre de commentateurs jugent désormais que le "nouveau président optimiste de ce pays en dépression" -selon les mots du quotidien Le Monde - devra très vite démontrer qu'il a compris les attentes du pays, avec des actions concrètes et efficaces. Parmi les défis : rassembler un pays profondément divisé qui a voté à près de 50% aux extrêmes, endiguer le chômage de 10% (contre 8% en moyenne dans l'UE), relancer le moteur franco-allemand en Europe, faire face à la menace terroriste et assumer un rôle de chef des Armées...

"Cette élection, produit du chaos, de l'effondrement des partis, d'une vertigineuse crise de confiance signe-t-elle le début d'une renaissance ou une étape supplémentaire de la décomposition et la poussée de la violence ?", s'interroge l'historien Maxime Tandonnet.

 

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M.V.

L'optimisme ...? Certainement pas...! , E. Macron , c'est de "la déprime anxiogène" ,juste après le cauchemar F.Hollande ... voilà le rêve sur mesure ..! le réveille va t'être difficile...!

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