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Culture

Dalida et le Liban : Archives, grandes (déc)ouvertes...

Dalida et le Liban

Entre Dalida et le pays du Cèdre, une histoire d'amour vrai. Entre Dalida et « L'OLJ », une histoire de solide complicité journalistique.

06/05/2017

Des roucoulades bambinesques précédaient les atterrissages, assez fréquents, de Dalida sur le tarmac de l'Aéroport international de Beyrouth. Quelques fidèles journalistes avaient le privilège de l'accueillir dans le salon d'honneur. Parmi ceux-là, deux fans incontournables : Marie-Thérèse Arbid, chef du service culturel de L'Orient-Le Jour, et Samir Nasri, monsieur cinéma du même quotidien. Ils suivront, au sillon près, la carrière de la chanteuse, recueillant ses propos, assistant à ses concerts, pour devenir, après quelque temps, de véritables amis et confidents de la star. Et les pages de L'OLJ se garnissaient, se gargarisaient des succès de la grande dame blanche.

En janvier 1971, un entrefilet apprend aux lecteurs que Dalida a appelé, de son appartement à Montmartre, les organisateurs libanais de ses deux galas et leur a annoncé qu'elle optait pour la formule récital et qu'elle a décidé de prolonger son séjour de trois jours pour faire du tourisme. La diva a été ravie d'apprendre, par ailleurs, que Farid el-Atrache avait fait réserver 16 billets pour la première au Piccadilly.

Confidences pour confidences, la sculpturale chanteuse roucoulait, un soir de janvier 1972, fraîchement débarquée à Beyrouth. « Chouette, je vais manger des falafel », lançait-elle, gourmande, à M-T. Arbid. « Cheveux blonds, yeux miel qui savent ce qu'aller au fond du gouffre veut dire, manteau splendide en veau bordé de fourrure », écrira cette dernière pour décrire le retour de la grande dame blanche après quatre ans d'absence. « Je me suis éloignée autant de la scène parisienne, mais je n'en travaillais pas moins, martelait celle que l'on surnommait la première dame du music-hall français. Vous savez, quand on est enfermé longtemps dans sa cave, le premier étage de l'immeuble s'en ressent. »

 

(Lire aussi : #France 2017 : Dalida, l'édito de Ziyad MAKHOUL)

 

« On me trouve changée ? Mais il n'y a pas de secret. Avec la vie, comme avec le temps, on évolue, on bouge. Et si l'on ne change pas, on devient sa propre caricature », disait-elle. Dalida parlait aussi de ses angoisses métaphysiques, « une vie, c'est un instant, c'est une éternité », elle ne les ignore pas. La peur non plus : « C'est ma plus grande amie, elle ne me quitte jamais. »

Le lendemain de ce concert de retour tant attendu, Samir Nasri écrit en page une de l'unique quotidien francophone libanais : « Il y a dix ans, Beyrouth avait connu une agréable chanteuse populaire. Hier soir, au Piccadilly, il a ovationné une authentique comédienne de la chanson. » Et de lancer aux âmes sceptiques : « Tant que vous n'aurez pas vu Dalida sur une scène, vous ne pouvez prétendre savoir ce qu'elle représente... Dalida se doit d'être lue au regard : éclaboussée de lumière ou se profilant dans la pénombre, le corps moulé par une robe blanche Yves Saint Laurent... »

Et là, le lecteur tombe des nues. Au détour d'une ligne, il apprend qu'une alerte à la bombe, au théâtre Piccadilly, a précédé le spectacle et rameuté les forces de l'ordre qui n'ont heureusement rien trouvé de suspect.

 

(Lire aussi : « Devant Feyrouz au Piccadilly, Dalida a oublié les paroles de ses chansons... »)

 

Mammy Blue, pourquoi les chiffres ?
Le 5 janvier 1973, c'est M-T. Arbid, la journaliste aux cheveux coupés à la garçonne, qui assiste à la conférence de presse où la diva, assise à côté de Khaled Itani (propriétaire et gérant de salles de ciné, dont le Piccadilly), répondait avec gentillesse aux questions des journalistes. Et se perdait dans les chiffres. « Le Parrain oui, 500 000 exemplaires. Mamina, je ne sais plus combien. Mammy Blue, pourquoi les chiffres ? »

Plus complice des mots que des chiffres, Dalida ? Certes. Mais elle n'est certainement pas restée indifférente lorsque les promoteurs libanais lui ont annoncé que les billets de son concert beyrouthin ont atteint des records au marché noir. Aux portes du théâtre à Hamra, certains fans ont payé 100 livres libanaises (au lieu de 35) leur droit d'entrée. À l'issue du concert, les Itani lui font signer un contrat, sur la table du café Wimpy, pour cinq récitals en 1974. Et elle est revenue en cette année-là, accompagnée de son frère Orlando et de son fiancé, le comte de St-Germain, qui s'adonne désormais à la peinture. La première soirée sera réservée à l'Association des dames de la charité. Prix du billet : 50 LL.

Le 24 janvier 1975, elle est revenue, la grande dame blanche... Lors d'une conférence de presse, elle avoue beaucoup aimer le public libanais. Pour elle, il est assez semblable au public français parce qu'il « réagit en écoutant, se manifeste dans une juste mesure, sans excès, en appréciant la qualité plus que les performances spectaculaires ». Heureuse de se retrouver à Beyrouth, Dalida parle d'elle-même, de Rimbaud, de ce retour aux sources qu'elle va effectuer à la suite de son passage à Beyrouth, puisqu'elle se rendra au Caire, où elle est née, pour la première fois depuis 18 ans. Ce soir-là, Dalida chantera 25 chansons de son répertoire. À la fin du concert, une dame très élégante applaudit à tout rompre. Après le spectacle, les deux dames se rencontrent, pour la première fois, dans les coulisses. À Paris, Dalida possède la collection complète des enregistrements de Feyrouz. À Antélias, Feyrouz écoute souvent les enregistrements de Dalida.

En 1979, un certain samedi 8 septembre, blonde bronzée par le soleil de St-Tropez, Dalida débarque à l'AIB. Assaillie de toutes parts, devant l'accueil chaleureux et spontané de ces inconnus, elle n'a pu s'empêcher de dire : « Mais ce n'est pas possible, il y a une véritable histoire d'amour entre le Liban et moi ! » Puis, en chemin vers son hôtel, voyant l'aspect délabré d'une rue par les combats qui s'y déroulent depuis quatre ans, elle dit : « Quel dommage ! Mais je suis sûre que tout recommencera. Les Libanais ont une merveilleuse volonté de vivre. »
« Avec le temps va, tout s'en va... » Mais il donne aussi beaucoup, en passant.

 

 

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