Chamsa, réfugiée syrienne: « Je ne pourrais pas vivre sans le Jardin des jésuites »

Chamsa Ali Chehadé, mère de Hammoudi et Fellé, s'est recréé un monde dans le Jardin des jésuites. photo Anne ILCINKAS

A la découverte du Jardin des jésuites

Chamsa Ali Chehadé, Hammoudi et Fellé.

13/06/2017

Assise sur un banc, Chamsa Ali Chehadé, 25 ans, long manteau marron et voile assorti, distribue à ses enfants des petites pâtisseries aux dattes tout juste sorties du four. « Hammoudi et Fellé voulaient absolument venir jouer au parc. Ils n'en pouvaient plus de rester à la maison, ils étaient intenables », dit-elle, alors que ses enfants, sitôt leur pâtisserie avalée, filent jouer en courant.

Hammoudi, 6 ans, et Fellé, 5 ans, ont tous deux hérité du large sourire de leur mère et de leur père, Moussa. Mais ils sont petits pour leur âge. « Ils sont malades, explique leur mère, ils ne grandissent pas. Et l'humidité dans laquelle nous vivons apporte son lot de maladies. J'entends Fellé tousser la nuit. »

 


Chamsa et sa famille habitent à quelques dizaines de mètres du jardin, dans une pièce unique située au sous-sol d'un grand immeuble. « C'est à 20 marches sous terre, sans fenêtre. Le soleil n'entre pas, ni l'air. Mais Moussa a trouvé ce poste de concierge il y a un an et demi, et on ne paye pas de loyer, précise Chamsa, qui habitait avant à Joub Janine dans la Békaa, et à Saïda. Que peut-on faire ? C'est mieux que rien ! »

Chamsa et les siens ont fui Alep en guerre en 2013. « Nous habitions à Cheikh Saïd, à Alep-Est. Ma famille avait un supermarché et je travaillais à la caisse. Un jour, un éclat d'obus est tombé juste à côté de Hammoudi. J'ai eu très peur. On a dû changer de maison à plusieurs reprises. Et puis il n'y avait plus de travail, plus rien à manger, plus de sécurité. C'était très dur. J'ai pris mon mari et mes enfants et nous sommes venus au Liban, avant qu'il ne nous arrive quoi que ce soit », raconte-t-elle, avant d'ajouter : « Moi je ne suis pour personne, ni pour les uns ni pour les autres. »

Aujourd'hui, la famille de Chamsa est totalement dispersée. « J'ai sept frères et cinq sœurs, qui sont nés de trois mères différentes. Certains sont toujours à Alep, d'autres en Arabie saoudite avec ma mère, deux en Allemagne... énumère-t-elle. Ils ont traversé la Méditerranée depuis la Turquie. Moussa, mon mari, veut gagner l'Europe par la mer lui aussi, mais moi j'ai très peur. Je ne sais pas nager. Et j'ai vraiment très peur pour les enfants. Impossible que je laisse faire ça, même si je veux que mes enfants s'en sortent et qu'ils aient un avenir. »

 

 

À défaut d'Europe, Chamsa a le jardin pour tout horizon. De là, elle communique avec sa famille éparpillée, grâce à WhatsApp et la connexion wifi gratuite de la bibliothèque. Alors que les ombres s'allongent, elle tourne en rond devant le bâtiment, le téléphone vissé à l'oreille. Interrompt sa conversation avec son frère en Turquie pour réprimander Hammoudi, qui se fait malmener par des plus grands. « Ne joue pas avec eux, laisse-les tranquille. Tu seras privé de jardin demain si tu continues ! »

 

Dans le jardin, la jeune Syrienne s'est recréé un monde. Et depuis que ses enfants sont inscrits à l'école publique libanaise, elle y va seule aussi, quand elle a le temps. Elle y a même trouvé des petits boulots, pour arrondir les fins de mois, comme les menus travaux qu'elle effectue pour Doris, une autre habituée du jardin. « Je me suis fait plein d'amis, Doris (voir son portrait), Coco (alias Caroline, voir son portrait), Rokaya et plein de femmes syriennes, de Homs, de Hama, de Raqqa, de Deir ez-Zor, et des Libanaises aussi, se réjouit-elle. Je suis contente ici. Je ne pourrais pas vivre sans ce jardin. »

 

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