Coco: « J'ai découvert le Jardin des jésuites comme Colomb a découvert l'Amérique »

Caroline Topalian, 46 ans, sur son banc, au Jardin des jésuites, avec sa canne couverte d'idéogrammes dont elle se demande s'ils sont chinois ou japonais. photo Anne ILCINKAS

A la découverte du Jardin des jésuites

Caroline Topalian, 46 ans.

13/06/2017

Assise sur un banc, un morceau de carton sous les fesses « pour ne pas se salir », son bonnet en laine bien enfoncé sur la tête, l'écharpe assortie autour du cou et ses lunettes sur le nez, Caroline Topalian profite du soleil et du calme de ce matin de printemps, bercée par le gazouillis des oiseaux. À côté d'elle, posés sur le banc, un livre, son sac à main et sa canne couverte d'idéogrammes dont elle se demande s'ils sont chinois ou japonais. Elle lui a été offerte par un ami du jardin.

 

 

« J'ai découvert le Jardin des jésuites comme Christophe Colomb a découvert l'Amérique », se rappelle cette Libanaise de 46 ans. C'était il y a cinq ans, lorsque tout le côté gauche de son corps a commencé à être paralysé, pour une raison inconnue. « J'ai fait des radios, des examens, pris des médicaments. Ça n'a rien fait. Mon corps n'est pas à moi, mais à Dieu. Qu'il le guérisse, c'est lui le mécanicien », glisse cette fervente croyante, résignée.
Celle qui a travaillé comme secrétaire de direction chez un avocat, dans une usine de textile puis chez un dentiste, perd alors son travail. Mais pas question pour autant de se morfondre toute la journée à la maison, où elle vit avec sa mère, à quelques centaines de mètres du jardin. « Qui voudrait rester enfermé entre quatre murs ? » lance-t-elle.


Alors tous les matins, dimanche compris, elle se rend au jardin vers 8h30-9h, prend un café chez Dédé (lire son portrait ici) et s'assoit sur son banc, en face de l'aire de jeux des enfants. « Du côté des vestiges de l'église, il n'y a que des hommes, je n'y vais pas », dit-elle.

Là, au soleil – « c'est bien pour mon genou qui souffre également d'arthrose » –, elle lit : romans, essais... Elle lit de tout en fait. Des livres empruntés à la bibliothèque du jardin, tenue par Josiane (lire le portrait de Josiane ici). « Je l'aime beaucoup, elle a un bon cœur », dit-elle de la bibliothécaire.

 

 


Si elle aime la compagnie des livres, Coco, pour les intimes, apprécie aussi de partager son banc avec Chamsa, Najwa ou Oum Hamza, trois mères de famille syriennes réfugiées dans le quartier et rencontrées au parc. « La nationalité, la religion, ça m'est bien égal. Chamsa (voir son portrait ici) est devenue comme ma sœur, une amie, ma confidente. Elle vient au jardin avec ses enfants ou seule. Je l'aide à traduire des informations du français vers l'arabe pour ses enfants qui sont scolarisés dans une école francophone. Elle me parle de tout, de sa vie, de son mari, de ses enfants... » dit celle qui ne s'est jamais mariée, « grâce à Dieu! ». « C'est une grande responsabilité d'avoir un mari, des enfants... Moi je suis libre, personne ne me demande où je vais ni d'où je viens. »

Caroline change de banc à mesure que les rayons du soleil se déplacent. À 13h, elle rejoint son ami, employé municipal chargé de la propreté des toilettes du jardin, sur son banc. Tous les jours, il lui prépare un repas simple, qu'ils partagent, assis l'un à côté de l'autre. Au menu aujourd'hui, des œufs durs, des olives, du fromage et du thé. Le déjeuner terminé, il la raccompagne chez elle, en la tenant par la main.

 

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