Randa et Josiane, passeuses d'histoires du Jardin des jésuites

Randa Abul Ghosn la conteuse, et Josiane Badra, la bibliothécaire du jardin des jésuites. photo Anne ILCINKAS

A la découverte du Jardin des jésuites

Randa et Josiane.

13/06/2017

« Randa ! Voici Randa ! Randa est arrivée ! » À peine les grilles du jardin franchies, la voilà entourée par les enfants qui ont lâché leurs jeux pour courir l'accueillir. Il est 11h, et comme chaque samedi depuis sept ans, Randa Abul Ghosn traverse le parc, quelques livres sous le bras et le sourire aux lèvres.


Elle entre dans la bibliothèque, salue Josiane, assise derrière son bureau, et s'installe dans le coin des enfants. Quand la météo le permet, c'est sous les bougainvillées qu'elle s'installe. « Bonjour les enfants ! Comment allez-vous ? Ah, il y a un nouveau. Comment t'appelles-tu ? Abel ? (voir son portrait) ! » Les présentations faites, Randa la conteuse du jardin commence à lire une première histoire, sous le regard captivé des enfants.

 

 

« En fait, j'ai commencé à conter des histoires aux enfants par pur hasard, ça m'est tombé dessus. C'était il y a 10 ans. J'étais allée voir une amie bibliothécaire dans une école. Me prenant au dépourvu, elle m'a demandé de la dépanner en prenant n'importe quel livre pour le lire aux enfants de la classe. Et là, c'était magique. Dès que j'ai commencé à lire, j'ai senti que j'étais dans mon élément. Un vrai coup de cœur », se souvient celle qui avait, quelque temps plus tôt, insatisfaite, quitté son emploi dans une banque. « Je n'ai pas élevé la voix, les enfants m'ont tout de suite écoutée. C'est comme ça que je suis rentrée dans le bain, et "khalass", c'est ma vocation, ma vie », poursuit-elle avec un grand sourire. Après avoir suivi une formation, elle anime, à partir de 2007, l'heure du conte à la bibliothèque publique de Bachoura.

 

2007, c'est aussi l'année où Josiane Badra, alors tout juste diplômée en gestion de l'information et documentation, commence à travailler à la bibliothèque du Jardin des jésuites, ouverte trois ans auparavant. Au milieu des 6 000 livres que compte la bibliothèque, elle est bien. « C'est ma maison, j'aime son atmosphère tranquille et calme », dit-elle d'une voix douce. Elle y règne en maître du mardi au samedi, de 9h à 18h, range, accueille, enregistre les nouveaux livres, reçoit les classes. Et si elle habite désormais à Sabtieh, Jeïtaoui reste le quartier de son enfance, où vit toujours sa mère, qui garde sa fille de 6 ans chez elle après l'école.

« Le jardin n'a pas changé du tout. Par la fenêtre de la bibliothèque, je vois mon enfance », glisse-t-elle. Un homme âgé lui demande si elle n'aurait pas 3 000 LL, pour rentrer chez lui, à Sin el-Fil. Un autre attend patiemment qu'elle enregistre les documents qu'il souhaite emprunter. « Il y a environ 45 visiteurs par jour, et parmi eux 25 habitués qui viennent tous les jours, pour lire le journal », explique-t-elle.


Le calme habituel de la bibliothèque vole en éclats le samedi matin, quand résonnent les cris de joie des enfants. Car après les deux histoires racontées, place aux activités : dessin et arts plastiques. Une belle complicité lie Josiane à Randa, qui anime l'heure du conte à Jeïtaoui depuis 2010. « J'apprécie sa spontanéité », dit Randa de Josiane, qui trouve celle-ci « très simple, comme moi ! ». « D'ailleurs, ceux qui assistent à l'heure du conte sont des gens simples, du quartier », renchérit Randa.

 

 

Quand on lui demande si elle n'aurait pas envie de passer à autre chose, Randa s'exclame : « Me lasser ? Jamais ! J'aime beaucoup les enfants et ils me le rendent bien. C'est un rendez-vous hebdomadaire désormais imprégné en moi. S'il n'y avait plus le jardin, ça me ferait très mal au cœur. C'est l'oxygène de toute la région. Pas seulement pour moi. » « Il n'est pas si beau que ça », tempère un garçon de 10 ans, qui écoutait les histoires de Randa quand il avait 5 ans. « Vu le nombre de jardins au Liban, on y tient », rétorque la conteuse avec détermination.

Vers 13 heures, la parenthèse prend fin. On range les crayons, les feuilles, les cartons et la colle. Josiane immortalise les enfants et leurs œuvres. Clic-clac. « Les enfants, n'oubliez pas, la semaine prochaine, c'est la chasse aux œufs ! » lance Randa avant qu'ils ne regagnent en courant l'aire de jeu du jardin.

 

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