Rita: « Le Jardin des jésuites est un espace de liberté incroyable pour les enfants »

Rita, Henry et Gisèle. Depuis quelque temps, la petite fille ne fait plus de balançoire. Maintenant, elle fait des châteaux de sable et elle "cuisine". L'autre jour, avec ses amies, elle a préparé de la mloukhié avec du sable et des feuilles. photo Anne ILCINKAS

A la découverte du Jardin des jésuites

Rita, Henry, Karl et Gisèle.

13/06/2017

Alors que ses enfants sont à l'école, Rita Loussian, jogging et baskets aux pieds, marche d'un pas énergique dans le jardin. Dans les écouteurs, enfoncés dans ses oreilles, du gospel. « Je viens ici pour me vider la tête, dit-elle. Je marche une heure, j'adore ça. Et puis je retourne à la maison, au bout de la rue. Les oreillettes, c'est pour me déconnecter. Sinon, j'ai droit à toutes les histoires des habitués du jardin ! »

Et des histoires, le jardin n'en manque pas. Rita, 41 ans, les connaît toutes, ou presque, depuis le temps qu'elle vient au jardin. « On a commencé à venir quand Karl a eu 5 mois. Depuis, on n'a pas arrêté, ça fait donc huit ans que nous venons ici ! » lance-t-elle. Pas surprenant, dès lors, que Karl et sa petite sœur Gisèle, 6 ans, considèrent quasiment le jardin comme le leur.

 

 

Quand les enfants étaient plus petits, Rita les accompagnait au jardin avec son mari, Henry. Mais maintenant, elle préfère profiter qu'ils y soient avec leur père pour faire des courses, travailler à la maison ou se reposer. « Je suis tous les jours avec eux », explique la créatrice de mode qui a, depuis peu, dû lever le pied en raison de la situation économique catastrophique du pays. « Et puis Henry préfère aussi passer du temps seul avec eux, pour mieux les connaître, car il ne les voit pas beaucoup. »


Henry crée des accessoires et se rend tous les jours, sauf le dimanche, à sa boutique, à Hamra, de 13h jusqu'au soir. « Henry, c'est un professionnel, dit d'ailleurs à son propos Randa la conteuse (voir son portrait), qui l'a connu au Souk el-Barghout (marché aux puces). On l'appelait Jésus, car il lui ressemblait ! »
Longue barbe brune et yeux verts, Henry adore travailler de ses mains. Et participe volontiers aux activités manuelles de la conteuse le samedi matin. « Il adore jouer avec les enfants, faire du toboggan ou de la balançoire avec eux, souligne Rita. À la maison, c'est le premier à sauter sur le lit bien fait ! »

 

Dire qu'Henry est un habitué du jardin relève de l'euphémisme. Enfant déjà, il s'y rendait tous les jours, c'est dire la quantité de souvenirs qui y sont attachés. Aujourd'hui, il considère, comme Rita, que Jeïtaoui est le meilleur quartier de Beyrouth pour élever des enfants. « Il y a tout ici, les écoles, le jardin. C'est calme. La nuit, on n'entend pas un chat. La journée, on peut marcher dans les rues, il n'y a pas trop de voitures. Et on voit toujours les mêmes têtes. C'est comme un village », explique Rita, qui a quitté le sien, dans son Nord natal, pour la capitale à l'âge de 25 ans afin d'y ouvrir sa boutique.

 

 

Le couple est propriétaire depuis 2004 d'un appartement dans le quartier, qu'Henry vient de transformer radicalement, du style années 60 au style traditionnel libanais. Et s'ils ont aussi construit la demeure de leurs rêves à Ibrine, du côté de Batroun, ils n'envisagent pas de quitter le quartier et son jardin. « On se sent chez nous ici. On connaît les gens, précise Rita. J'avais peur que Karl ne se lasse du jardin quand il a cessé de jouer au toboggan par exemple. Mais non, il adore toujours venir ici. Il s'y est d'ailleurs fait un vrai ami, Ahmad. Ils sont inséparables. Sa famille est irakienne. Ou syrienne, je ne sais plus. En tout cas, au début, ils ne parlaient pas ensemble, se contentant de jouer ! Maintenant, Karl l'appelle quand on passe devant chez lui, sur le chemin du jardin. Sa mère le prévient ou nous dit qu'il y est déjà. »

Ces derniers temps, le jeune garçon apporte au jardin sa panoplie d'armes à feu en plastique qu'il partage avec les autres garçons, dont Ahmad bien sûr. « Il a eu une période Batman. Maintenant c'est celle de la guerre, avec le jardin pour champ de bataille, explique sa mère. Avec sa bande de copains, ils courent partout, montent aux arbres. Gisèle, elle, ne fait presque plus de balançoire, alors qu'elle était capable d'en faire pendant une heure. Maintenant, elle fait des châteaux de sable et elle "cuisine". L'autre jour, avec ses amies, elle a préparé de la mloukhié avec du sable et des feuilles. Les enfants inventent leurs jeux, le jardin  est un espace de liberté incroyable pour eux, ils peuvent y faire ce qu'ils veulent. Je ne pense pas qu'ils s'en lasseront un jour. Et moi, je ne nous imagine pas sans ce parc ! »

 

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