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À La Une - Chronique / Sur Un Air De Campagne

Sur tous les fronts

Une finale Le Pen - Mélenchon ? Oui. Un second tour "Front National" contre "Front de gauche" n'est plus exclu. A la veille du premier tour de la présidentielle, les extrêmes se rejoignent. On zoome. Le sourcil en accent circonflexe, on dissèque. Déjà, les slogans sont très proches : "Au nom du peuple" pour Le Pen, "La force du peuple" pour Mélenchon. Ensuite, l'un et l'autre prônent le retour de la retraite à 60 ans et une très coûteuse politique de relance économique. Enfin, souverainistes tous les deux, ils sont attachés aux frontières. Le Pen veut sortir de l'Europe quand Mélenchon prêche pour une sortie négociée des traités européens. Hormis la sémantique, les différences sont minces. Au jeu des 7 erreurs, on ne trouve presque que l'écologie et l'immigration pour les différencier.

Dans cette ultime ligne droite, la dynamique est du côté du candidat de la France insoumise. Mélenchon finit même par séduire une certaine droite un brin nostalgique. Pour eux, dont quelques identitaires, Mélenchon, c'est la gauche à l'ancienne. La gauche patriotique, populaire, romantique, cultivée. La gauche qui n'a rien à voir avec celle « bobotisée » et « technoparadée » du PS.
Mais, quand bien même cette campagne est folle, comment Mélenchon a-t-il pu déboussoler les règles élémentaires des sondages ?
Est-ce suffisant d'être un tribun hors norme qui électrise les foules ? Est-ce suffisant d'être l'instigateur d'un certain syncrétisme politique ? Non.


Plus prosaïquement, derrière Mélenchon se cache un autre homme.
Derrière Mélenchon, se cache l'homme va enterrer le Parti Socialiste.
Derrière Mélenchon, se cache l'homme qui va, au soir du 23 avril, faire poser la pierre tombale de ce parti par un frondeur.
Derrière Mélenchon, se cache l'homme qui a réussi à coups d'ordonnances et de 49.3 à faire renaître de ses cendres un Parti Communiste, étouffé en son temps par Mitterrand.
Cet homme ? Hollande.


Certes Mélenchon n'est pas un communiste pur sucre mais le Parti Communiste est derrière lui. Pour s'en convaincre, il suffit de se souvenir qu'à la présidentielle de 2007, le PC emmené par Marie-George Buffet n'atteignait même pas les 2%... Aujourd'hui, Mélenchon flirte avec les 19%. CQFD.
Et si Mélenchon ne se qualifie pas me direz-vous ? Hollande a tout prévu ou presque. Oui, tout prévu. Il a « En Marche ! » et le jeune Macron comme VRP. En effet, si Macron arrive à l'Elysée, sans majorité à l'Assemblée, il sera contraint à des gouvernements de coalition et après cinq années de Hollandisme en pire, en 2022, la candidate du Front National, âgée de seulement 53 ans, aurait toutes ses chances.
François Hollande a toujours voulu laisser une trace dans l'histoire... La réalité pourrait ainsi dépasser ses rêves les plus fous. Et comme le disait Tacite : « La postérité rend à chacun l'honneur qui lui est dû. »

 

* Frédéric Picard est rédacteur en chef du Figaro.fr

 

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Dans cette ultime ligne...
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