Dans l'ouest de l'Afghanistan, les instructeurs italiens profitent de l'accalmie relative de l'hiver pour resserrer les rangs des forces afghanes, enfoncés l'an dernier par les insurgés islamistes. AFP / AREF KARIMI
La cible se trouve derrière la butée, la progression se fera à découvert : ramper, feu! Dans l'ouest de l'Afghanistan, les instructeurs italiens profitent de l'accalmie relative de l'hiver pour resserrer les rangs des forces afghanes, enfoncés l'an dernier par les insurgés islamistes.
Ici l'ennemi est surtout taliban, qui remonte du sud et de la province limitrophe du Helmand, haut lieu du pavot aux trois-quarts contrôlé par les insurgés. Mais les groupes criminels qui organisent trafics et contrebandes avec l'Iran voisin sont tout aussi redoutés.
"Le principal message qu'on fait passer (aux soldats), c'est qu'ils sont en bien meilleure condition et mieux équipés que l'ennemi. C'est primordial pour leur moral", assure le général Claudio Minghetti, commandant de la base de l'Otan Camp Arena, près de Herat.
Soutenir et redonner le moral aux troupes, les Italiens l'ont notamment fait à Farah, l'une des quatre provinces occidentales qui leur sont assignées, où le gouverneur harcelé par les insurgés a appelé l'Otan à l'aide. Il a reçu en retour un détachement pour appuyer des forces démotivées.
"Le gouverneur aurait préféré qu'on lâche quelques bombes. C'est facile. Mais ça les maintient (les forces afghanes, ndlr) dans un état de dépendance", confie sous couvert d'anonymat le colonel qui a conduit l'opération.
"A Farah, on a trouvé des troupes démoralisées, des soldats très jeunes, mal formés, prêts à se rendre", poursuit le colonel italien qui stigmatise "le manque de leadership, même aux échelons inférieurs" de l'armée afghane.
(Lire aussi : Pertes sévères pour l’armée afghane en 2016)
Casques à plumes
Pour le général Minghetti, cette opération éclair, pliée en sept jours début janvier avec 120 hommes, est exemplaire de la mission des troupes internationales: "Le seul fait qu'on soit présent à leur côté a permis (aux Afghans) de reprendre le contrôle. Avec quelques conseils, ils ont su montrer leurs capacités".
A Camp Arena, près de Herat, ils sont 900 officiers et soldats italiens dont un détachement des prestigieux Bersaglieri, le régiment d'élite aux casques ornés de plumes moirées - une tradition vieille de 200 ans, pour leur assurer de l'ombre. Déployés dans le cadre de l'opération Resolute Support (RS) sous bannière de l'Otan, ils doivent former et soutenir les forces afghanes: armée, police et forces spéciales.
Le général américain John Nicholson, à la tête de RS, a prévenu le mois dernier qu'il lui faudrait "quelques milliers d'hommes" en plus des 11.000 actuels (dont 8.400 Américains) pour venir à bout de combattants qui ne cessent d'étendre leur emprise.
Selon un rapport américain, les pertes afghanes ont augmenté de 35% en 2016, avec 6.800 soldats et policiers tués. Même l'hiver n'a apporté qu'un répit mesuré: selon un rapport de l'ONU publié en mars, "le nombre d'accrochages a augmenté de 30% en janvier 2017 comparé à (janvier) 2016 - un record".
L'un des problèmes sur le terrain: les lacunes du commandement militaire. La 207e Brigade en poste à Herat est restée près de deux mois sans commandant jusqu'à l'arrivée en janvier du général Ziarat Abed, 48 ans, venu des forces spéciales après une formation à Rome et Paris. Sa première décision, avec l'aval des Italiens, a été de réduire le nombre de barrages, car certains étaient isolés et difficiles à défendre.
(Lire aussi : Les forces afghanes très éprouvées par les talibans en 2016)
Nouvelle génération
"On avait plus de 90 postes, on les a réduits à 54, avec une trentaine de types chacun contre dix auparavant", explique l'officier afghan. "Ceux qui restent en place sont en situation de résister."
Le général Abed "est chaque jour sur le terrain avec ses hommes, c'est nouveau", confirme le colonel Tomaso Capasso, qui suit l'entraînement au bord du champ de tir.
"Cette nouvelle génération n'est pas comme la précédente, qui passait son temps dans les bureaux", ajoute-t-il en observant les hommes ramper en ligne.
Pour lui, l'entraînement doit surtout valoriser le collectif: "Ils savent tirer mais pas combattre ensemble. Il nous faut créer un esprit d'équipe, nous avons un mois pour le faire".
Le porte-parole de RS, le général Charles Cleveland, confirme qu'un vaste mouvement est en cours, qui "se poursuivra en 2017 à tous les niveaux pour remplacer les officiers corrompus et ceux qui n'ont pas rempli leur mission". "Un effort vise à identifier les vrais leaders, ça prendra encore un peu de temps".
Pour le capitaine "Luca", des forces d'intervention italiennes, il faut former le NDS (renseignement) et les forces spéciales de la police à intervenir ensemble, comme ils l'ont fait lors de l'assaut des insurgés contre l'hôpital militaire de Kaboul le 8 mars.
Mais le NDS est très peu disponible, "ils sont tout le temps mobilisés", dit-il. Et avec la reprise des offensives "dès que le temps se mettra au beau, c'est fini, on les perdra. Mais on leur prêtera main forte en opération".
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