Une famille irakienne fuyant la zone contrôlée par l’EI à Mossoul. Goran Tomasevic/Reuters
L'intensification des combats dans la ville irakienne de Mossoul et dans le nord de la Syrie provoque l'exode de dizaines de milliers de civils qui aggrave encore la situation humanitaire dans ces deux pays. À Mossoul, ce sont plus de 45 000 personnes qui ont rejoint des camps de déplacés depuis le début, le 19 février, de l'offensive pour chasser les jihadistes du groupe État islamique de la partie ouest de la ville, a indiqué hier l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).
Dans le nord de la Syrie, le nombre de déplacés est évalué à 66 000, selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA). Des familles entières fuient les combats, notamment liés à la double offensive des forces turques et de leurs alliés rebelles d'une part, et des troupes syriennes appuyées par la Russie, de l'autre. « Nous avons quitté nos maisons les mains vides, nos gamins meurent de faim », a témoigné Joumana, une Syrienne de 25 ans qui a pris la fuite avec ses deux jeunes enfants. « Daech (acronyme arabe de l'EI) nous tirait dessus, les avions nous bombardaient. Nos enfants sont terrifiés », a-t-elle raconté dans un village situé à 18 km de la ville de Manbij, l'objectif de nombreux déplacés.
En voiture, en moto ou dans des pick-up, de nombreux civils, en majorité des femmes et des enfants, cherchent refuge à Manbij, aux mains des Forces démocratiques syriennes (FDS, une alliance de combattants kurdes et arabes). Ces véhicules formaient hier une longue queue aux checkpoints, où les combattants des FDS fouillaient chacun d'entre eux. Au fur et à mesure que les combats se rapprochent de la ville, la situation humanitaire risque de se détériorer à Manbij. « La ville accueille déjà des dizaines de milliers de déplacés, qui ont fui les affrontements précédents. Cela va être difficile de recevoir cette nouvelle vague de déplacés », a averti samedi Rami AbdelRahmane, le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).
À Mossoul, un grand nombre de civils en fuite rejoignent les camps d'accueil installés à la hâte dans les zones désertiques qui entourent la deuxième ville d'Irak. Ils ont quitté leur domicile depuis que les forces gouvernementales ont lancé une vaste offensive pour reprendre la partie ouest après avoir conquis l'est de Mossoul fin janvier. En fuyant, ils risquent d'être touchés par les tireurs embusqués de l'EI ou les engins explosifs disséminés par les jihadistes.
(Reportage : "Cette tente nous sert de cuisine, de salle de bain, de tout...")
Assurer dans les structures d'urgence
Le ministre irakien des Déplacés et de la Migration a qualifié samedi de « clairement insuffisant » le travail des agences spécialisées de l'ONU pour l'accueil des déplacés. « L'ONU parle beaucoup mais les efforts déployés sont faibles, malgré le fait qu'elle dispose d'énormes sommes d'argent », a regretté Jassem Mohammad al-Jaff. Lise Grande, la coordinatrice humanitaire de l'ONU en Irak, a pourtant assuré que « la priorité des humanitaires » était « d'assurer dans les structures d'urgence une capacité suffisante ». « Actuellement, nous redoublons d'efforts », a-t-elle insisté.
Sur le plan militaire, les forces irakiennes ont accentué leur pression sur l'EI en attaquant hier quatre quartiers de Mossoul-Ouest contrôlés par les jihadistes. Parmi eux, figure celui abritant d'importants bâtiments administratifs, selon une source militaire. Les forces de la police ne sont plus qu'à une « dizaine de mètres » des bâtiments publics d'al-Dawassa, a précisé en soirée le lieutenant-général Raëd Chakir Jawdat. Un général américain avait indiqué samedi que la progression des forces irakiennes se déroulait comme prévu. « Nous sommes sur un (bon) calendrier et nous sommes assez confiants sur le fait que les Irakiens apprennent chaque jour et (...) qu'ils vont continuer à bien avancer », a déclaré le général de brigade Rick Uribe, l'un des responsables des opérations au sol au sein de la coalition.
(Lire aussi : Dans un quartier huppé de Mossoul, un centre de propagande de l'EI)
Attentats-suicide de l'EI
Dans le nord de la Syrie, la situation militaire s'est encore compliquée ces dernières semaines avec l'implication d'une multitude d'acteurs. L'essentiel des 66 000 déplacés ont fui les environs d'al-Bab, une ville de la province d'Alep prise le 23 février à l'EI par les forces turques alliées à des groupes rebelles syriens, après des semaines de combats acharnés. L'armée syrienne a gagné du terrain en prenant le contrôle de plusieurs villages qu'avait détenus l'EI, ont rapporté samedi les médias du régime syrien. Selon une source militaire citée par la chaîne de télévision Ikhbariyah, l'armée a occupé de nouveaux villages dans les campagnes à l'est d'Alep.
Parallèlement, les jihadistes défendent leurs positions dans le sud-est de la province d'Alep face à l'avancée des troupes gouvernementales qui se trouvent désormais à six km de la station de pompage de Khafsa – alimentant en eau la ville d'Alep mais mise hors de service par l'EI il y a 48 jours.
L'EI a également perpétré hier deux attentats-suicide dans cette province septentrionale, tuant huit soldats du régime près de la localité de Deir Hafer et sept combattants rebelles à Azaz.
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