Alain Juppé à Bordeaux, le 1er février 2017. Georges Gobet/AFP
À un peu moins de deux mois de la présidentielle française, la campagne continue de s'enliser à droite. Depuis l'annonce, mercredi, de sa convocation par la justice en vue d'une mise en examen dans l'affaire de l'emploi présumé fictif de sa femme, François Fillon est lâché par de nombreux membres de sa famille politique. Pas suffisant pour le candidat de la droite qui s'accroche et martèle qu'il « ne cédera pas ».
Hier, les défections se sont toutefois poursuivies, alors que de nombreuses voix s'élèvent au sein du parti Les Républicains appelant au retour d'Alain Juppé pour prendre la relève, à l'instar de Bruno Le Maire, son adversaire durant les primaires, qui a appelé à se rassembler autour de l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac. Un sondage publié hier par Odoxa-Dentsu Consulting place en outre M. Juppé en tête du premier tour avec 26,5 % s'il se présentait.
Pierre-Yves Bournazel, conseiller de Paris et conseiller régional d'Île-de-France, a annoncé jeudi après-midi qu'il avait décidé de parrainer Alain Juppé, même si ce dernier n'est pas officiellement candidat. Il répond aux questions de L'Orient-Le Jour.
(Lire aussi : Juppé prêt à y aller, mais Fillon, de plus en plus isolé, résiste)
François Fillon s'appuie sur sa base au sein du parti LR. Est-ce suffisant pour maintenir sa position ?
Je respecte François Fillon car il a la légitimité pour sa candidature et il est important de respecter la présomption d'innocence. Les attaques à son égard ont également été très violentes. Il faut comprendre la difficulté de la situation pour lui tant au niveau politique que personnel. Cependant, M. Fillon n'a plus la capacité de continuer la course à la présidentielle. Il s'agit d'éviter la dérive et d'obtenir une issue positive à cette crise. Sur tous les territoires de France, on demande de trouver une solution pour sortir par le haut. Nous sommes dans une impasse actuellement. J'appelle donc à un sursaut collectif. Il n'est pas possible de jouer à la roulette russe avec l'élection présidentielle. Nous risquons la montée de l'extrême droite avec Marine Le Pen. Il est donc important de privilégier l'intérêt général, de rester sur le chemin pour arriver à la présidence et donc à une issue positive à cette crise.
Quelles sont les options pour LR ?
Beaucoup de membres LR proposent le nom d'Alain Juppé. C'est un homme d'État et un homme d'expérience. Il a une grande connaissance des affaires du monde ou encore du redressement économique et social. Alain Juppé dispose d'une autorité et d'une légitimité. Son entourage dit qu'il est prêt à prendre la relève. Seulement, cela dépend également de François Fillon. Il faut absolument trouver une voie consensuelle car le but n'est pas de faire campagne dans la division. Nous devons espérer que l'entourage de M. Fillon le comprend aussi. Il faut donner la possibilité d'avoir une alternance. M. Juppé ne serait pas seulement le candidat de la droite et du centre, mais de la France.
Alain Juppé peut-il assurer l'alternative à deux semaines de la date limite pour récolter les 500 parrainages et faire campagne à moins de deux mois de l'élection présidentielle ?
Il est nécessaire pour la droite d'avoir un candidat et cela passe par les parrainages. M. Juppé a beaucoup travaillé pour le pays. Je lui ai moi-même donné mon parrainage. Même s'il ne reste que deux mois avant l'élection présidentielle, il saura rassembler les Français, de par son tempérament et son caractère. Il saura s'adresser à la population. Le temps est limité, mais nous faisons face à des circonstances exceptionnelles et cela demande donc des mesures exceptionnelles.
Repère
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J'ai voté en faveur de François Fillon dans les deux tours des primaires. Maintenant, vu l'état de l'évolution du problème de son élection pour des causes qui lui sont propres, Je suggère qu'il se désiste de suite en faveur d'Alain Juppé avant qu'il ne soit trop tard. Je ne souhaite pas que la France tombe dans l'escarcelle de l'extrême droite totalitaire.
14 h 02, le 04 mars 2017