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Liban

D’une réforme retardée à l’autre, retour au blocage de l’avant-présidentielle ?

L’éclairage
28/02/2017

C'est une épreuve de force latente entre les parties politiques qui se confirme discrètement au fil des réformes retardées. La quasi-suspension du débat autour d'une nouvelle loi électorale en est révélatrice. Le débat autour du nouveau budget, qu'il a été convenu de trancher préalablement à la réforme électorale, continue de progresser, mais sans aucune certitude d'aboutir. Le Conseil des ministres consacré au budget, prévu au Grand Sérail, a été reporté hier pour cause d'absence de onze ministres (soit plus que le tiers du cabinet) : Talal Arslane, Ghazi Zeaïter et Pierre Bou Assi (qui représentait le Premier ministre à une conférence) avaient présenté une excuse à leur absence, César Abi Khalil, Melhem Riachi, Ayman Choucair, Jamal Jarrah et Michel Pharaon seraient en voyage, et Nouhad Machnouk, Mohammad Fneich et Pierre Raffoul se sont absentés de la réunion sans donner d'excuse formelle (certains auraient tout bonnement eu des contretemps les empêchant d'être à l'heure au Grand Sérail).

Jeu du hasard ou démarche préméditée et convenue de tous pour éviter un clash (ces deux options étant confortées par l'hétérogénéité politique des absents) ? Peu importe. Ce report aura permis aux ministres de souffler et de redoubler d'efforts pour finaliser le nouveau projet du budget, constatent des milieux politiques optimistes, qui vont jusqu'à prévoir l'approbation de ce projet jeudi prochain.
Mais la question reste de savoir dans quelle mesure la réforme budgétaire serait épargnée par le bras de fer politique révélé par le dossier électoral. Pour l'heure, « aucun accord politique » n'est en vue à ce niveau, de l'aveu de milieux proches des Forces libanaises.

D'ailleurs, le contexte politique semble en tout point similaire au contexte de la vacance présidentielle. Ainsi, les puissances régionales et internationales, trop occupées par leurs propres affaires (la présidentielle pour la France, la transition Trump pour les États-Unis, le dossier syrien pour Moscou, le Yémen pour l'Arabie), se contentent de veiller à l'impératif de stabilité dans le pays et d'inciter les parties libanaises à tenir les législatives dans les délais, sans se mêler de la réforme électorale, considérée comme une affaire interne libanaise (comme l'était avant cela la présidentielle). Et comme à l'ombre de la vacance, le Hezbollah joue à hausser les enchères, quitte à bloquer le processus. Ainsi, après avoir pris part aux cinq réunions du comité quadripartite, lequel planchait sur le mode de scrutin mixte, il a fini par se rétracter sans préavis sur un possible appui à ce mode de scrutin, pour réaffirmer son appui inconditionnel à la proportionnelle.

Simultanément, le président de la Chambre, Nabih Berry, qui avait lui-même proposé une formule de scrutin mixte, a repris son plaidoyer pour la proportionnelle avec le Liban comme circonscription unique. Le durcissement du Hezbollah pour la proportionnelle – sans doute le mode de scrutin le plus controversé – rappelle son obstination en faveur de la candidature du général Michel Aoun à la présidentielle.
Et comme du temps de la vacance, les spéculations vont bon train sur ce que veut réellement le Hezbollah. D'autant que son attachement à la proportionnelle, contestée de vive voix par le député Walid Joumblatt et même par le député Sleiman Frangié, ressemble plus à une manœuvre.

 

(Lire aussi : Berry évoque la Constituante : incitation ou menace ?)

 

Une lecture rapide des développements régionaux suffit à indiquer que l'heure n'est toujours pas à la résolution des conflits, c'est-à-dire au compromis stratégique avec Téhéran. La conjoncture qui avait hissé le général Aoun à la magistrature suprême n'est plus vérifiable en l'espèce. Rappelons que la présidentielle a été le résultat d'une entente interlibanaise, couplée d'une entente régionale saoudo-iranienne, ayant fait suite à une initiative française soutenue par le Vatican, Washington et Moscou, face à l'urgence alors de contrer un effondrement économique du pays.

En l'absence d'une conjoncture qui catalyse l'entente politique interne sur la loi électorale, de nombreux milieux politiques projettent un report technique du mandat du Parlement, le temps que se précise la situation régionale. Selon cette grille de lecture, le Hezbollah aurait tout intérêt à attendre les développements régionaux et à définir à leur lumière son positionnement interne. La carte de la proportionnelle servirait ce double enjeu de forcer l'attente tout en s'imposant une nouvelle fois comme décideur interne.
Cette fois, néanmoins, le Hezbollah doit faire face à des nouveaux rapports de force qui n'existaient pas dans la période antérieure à la présidentielle : les « nouvelles alliances » de Baabda avec les Forces libanaises et le courant du Futur, et les possibles alliances par ricochet avec le Parti socialiste progressiste lors des prochaines législatives.

C'est sans doute pour maintenir la pression sur Baabda que le Hezbollah multiplie ses positions officieuses sur des questions à caractère stratégique, en marge du débat sur la loi électorale. Des milieux politiques rapportent en effet que le parti chiite rappelle à qui veut l'entendre qu'il souhaite saisir au vol la position récente de Baabda en faveur de son arsenal et obtenir une reconnaissance officielle de la légalité de ses armes. Le parti réclamerait en outre l'amnistie de nombre de ses adhérents ou sympathisants recherchés par la justice pour des actes de criminalité, à l'heure où la grogne de sa base populaire monte.

L'attachement du Hezbollah à la proportionnelle serait aussi un moyen de répondre indirectement à l'argument du courant du Futur sur l'inefficacité de ce mode de scrutin sous le règne des armes illégales.
Cette corrélation entre sa position sur la loi électorale et la question stratégique de ses armes pourrait expliquer la mise en garde du président Berry contre une Constituante qu'imposerait un éventuel vide au législatif. La position du président de la Chambre fait écho à l'alternative que le chef de l'État avait défendue : « une nouvelle loi ou le vide ». Selon des milieux FL, la déclaration berryiste est une réponse frontale au président Aoun, à l'heure où le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, se penche sur un nouveau projet de scrutin mixte (le troisième qu'il présente), dans une ultime tentative de concilier les divergences politiques. Si cette fois sa proposition vient à échouer, il serait fort probable qu'il ramène sur le tapis la proposition de loi dite orthodoxe. Le bras de fer politique paraît se jouer donc entre Nabih Berry et Gebran Bassil, le temps sans doute que Baabda rassure le Hezbollah sur certaines questions stratégiques...

C'est dans ce contexte que s'est tenue une réunion tripartite au Grand Sérail entre Gebran Bassil et Ali Hassan Khalil, en présence du Premier ministre, suivie en soirée d'un nouveau round de dialogue bilatéral Hezbollah-courant du Futur à Aïn el-Tiné. Au menu des discussions, la loi électorale et le budget, où les parties s'efforceraient de maintenir un minimum vital d'entente politique...

 

Lire aussi 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

AMNISTIE AUX CRIMINELS... ON LES NOMME... RECHERCHES PAR LA JUSTICE ! QUELLE AUDACE DE SE FOUTRE ET DE L,ETAT ET DE LA JUSTICE ET SURTOUT DE TOUS LES AUTRES CITOYENS...

Irene Said

"...le parti/Hezbollah reclamerait en outre l'amnistie de nombre de ses adhérents ou sympathisants
RECHERCHES PAR LA JUSTICE POUR DES ACTES DE CRIMINALITE..."
à l'heure où la grogne monte dans sa base populaire...

Rien que ça ! Donner des su-sucres à sa base populaire qui grogne pour la faire taire :
L'AMNISTIE POUR DES CRIMINELS
On croit rêver !!!

Base "populaire" de ce Hezbollah qui s'enfout royalement de vous, continuez de grogner bien fort, osez enfin lui crier:
CA SUFFIT !!!
Nous voulons vivre dignement, manger, travailler et assurer l'avenir de nos enfants !

De toute façon, vous n'avez plus grand chose à perdre, à part la misère qui augmente chaque jour pour vous tous !
Irène Saïd


Antoine Sabbagha

One man one vote , et chacun élira le député de sa confession alors oui dans ces conditions pour le Liban comme circonscription unique.

Soeur Yvette

C'est toujours la meme rengaine...ca suffit....

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

RIJ3ET HALIME LA 3ADETA IL ADIME !

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