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Liban

Quand l’État entre en schizophrénie

Échos de l’Agora
24/02/2017

Le Liban vient de donner politiquement, et à son corps défendant, l'image d'un syndrome psychiatrique énigmatique dont la réalité même est souvent contestée. Il s'agit de ce qu'on appelle « personnalité alternante » ou « personnalités multiples » et que le DSM qualifie de « trouble dissociatif de l'identité ». Une « personnalité multiple » consisterait en plusieurs « moi » qui partagent un même corps, chacun prenant le contrôle à tour de rôle, selon les cas, de leur habitacle charnel commun. Un individu multiple doit présenter au minimum deux personnalités. C'est ainsi que Stevenson décrit le héros fictif de son roman The strange case of Dr. Jekyll and Mr. Hyde. On se souvient du cas célèbre, mais réel, de l'Américaine Sybil chez qui sa psychanalyste aurait identifié, en 1973, jusqu'à seize personnages qui possédaient, chacun, une mémoire propre et des souvenirs particuliers qu'ils ne partageaient pas avec leurs partenaires du corps de Sybil. Aujourd'hui nous savons que cette affaire de Sybil, qui défraya la chronique, relevait plus de la fraude, même si l'entité clinique avait pu faire son entrée dans le DSM de l'époque, manuel de référence des troubles psychiatriques.

Les récentes prises de position des plus hauts responsables libanais ont jeté le trouble dans les esprits comme si l'État libanais, en tant que corps, présentait des signes similaires à ceux de l'Américaine Sybil.
Dans un premier temps, le président de la République, Michel Aoun, déclare à un média égyptien que l'armée libanaise est insuffisante pour défendre le territoire national contre l'unique ennemi Israël, et qu'il est donc nécessaire que la Résistance, ou Hezbollah, puisse jouer un rôle déterminant en la matière. La collaboration active du Hezbollah à la guerre que mène le régime syrien contre son propre peuple n'entre pas en ligne de compte.

Quelques jours plus tard, à l'occasion de la commémoration de l'assassinat de Rafic Hariri en 2005, son fils et Premier ministre du Liban, Saad Hariri, déclare solennellement que seule l'armée libanaise est habilitée à user de la violence des armes afin de protéger les frontières nationales du Liban. Aucune mention du Hezbollah et de son arsenal.
Cacophonie au plus haut sommet de l'État ? Syndrome de dépersonnalisation de l'État ? Dissociation schizophrénique de la volonté souveraine de l'État? À chacun de donner l'explication qui lui convient le mieux.

 

(Lire aussi : Loi électorale : Aoun ira jusqu'au bout)

 

Dans un troisième temps, c'est le chef de la milice Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui tranche le dilemme et remercie le président Aoun pour son attitude conciliante envers la dénommée Résistance, avant de mettre en demeure l'ennemi unique, à savoir Israël, de démanteler ses installations nucléaires. Ce faisant, Hassan Nasrallah va beaucoup plus loin que le chef de l'État Michel Aoun. Il s'autorise à menacer directement l'ennemi et compromettre la sécurité du pays, alors qu'il n'a aucune qualité légale et constitutionnelle pour le faire au nom du Liban. Tout un chacun aura donc compris que c'est Hassan Nasrallah qui joue le rôle du véritable souverain ou, du moins, qui fixe les conditions de l'exercice de la souveraineté libanaise.
Dans un tel contexte, le citoyen ordinaire ne peut qu'éprouver un grand malaise et se poser diverses questions sur la protection de sa propre personne, de ses biens et de ses droits qui sont du ressort exclusif de la puissance publique, c'est-à-dire de l'État souverain et non une milice, à la solde de l'étranger, qui s'autorise à détourner, à son avantage, certaines prérogatives régaliennes de la puissance publique.
Rien n'interdit à un État d'opérer un transfert de souveraineté dans un domaine précis de ses compétences.

Un État peut ne pas frapper monnaie et adopter celle d'un autre État. De même, il peut accepter, voire demander, d'être mis sous tutelle étrangère dans le cadre d'un mandat internationalement reconnu. L'État libanais, par le biais de son gouvernement et des procédures constitutionnelles, n'a effectué aucun transfert de souveraineté en matière de défense en faveur de l'Iran et du Hezbollah qui en dépend directement. De même l'État libanais n'a pas, jusqu'à ce jour, légalisé le Hezbollah comme milice auxiliaire intégrée à l'armée nationale et mise sous le contrôle direct de son état-major. Les propos du président de la République au média égyptien sont insuffisants pour conférer une quelconque légalité à cette milice, même s'ils expriment l'opinion personnelle de leur auteur. On peut penser que le président Aoun, dans un souci d'équilibrer sa position stratégique, a cru bon de rassurer les Iraniens après ses déplacements dans différents pays arabes hostiles à l'Iran en couvrant le Hezbollah en dépit des textes de la Constitution dont il est l'unique gardien. Cela montre, en tout cas, à quel point la fonction présidentielle libanaise est faible et que le qualificatif de « président fort » attribué au président Aoun reste encore à démontrer.

 

(Lire aussi : Perdra-t-on le Liban sur un coup de poker ?)

 

Cette affaire demeure révélatrice du mal profond qui ronge le Liban : ses personnalités multiples. L'État libanais, comme corps, possède apparemment plusieurs « moi » dotés, chacun, d'une vision et d'une volonté de décision qui lui sont propres. Si l'ensemble du corps tient encore, c'est vraisemblablement par la volonté du seul Hassan Nasrallah qui peut imposer, de facto et grâce à son arsenal, la règle du jeu en dehors de toutes les instances constitutionnelles.
Sans aller jusqu'à qualifier cette étrange situation de dédoublement de personnalité comme étant un simulacre d'occupation armée du pays, on peut néanmoins lui trouver un écho troublant dans le célèbre poème d'Alfred de Musset :

« Partout où j'ai voulu dormir,
Partout où j'ai voulu mourir,
Partout où j'ai touché la terre,
Sur ma route est venu s'asseoir
Un étranger vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère. »

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Voilà que, et dans un troisième temps hors Réalité, le Sec(ré)taire général de ce héZébbb, l’haSSine Anthracite, remercie évidemment ce boSSfééér Orangiste pour son attitude conCiliante envers son dénommée héZébbb, avant de mettre en demeure ; la folie, quoi ! ; Israël de démanteler ses installations nucléaires !
Ce faisant, cet haSSine 1er va beaucoup plus loin que ce boSSfééér-bigaradier. Il s'autorise à menacer directement l'ennemi et compromettre la sécurité du pays, alors qu'il n'a aucune qualité légale pour le faire au nom de Notre Grand-Liban !
Dans un tel contexte, le citoyen ne peut que se poser diverses questions sur la protection de ses droits qui sont du ressort exclusif de l'État libanais souverain, et non bien sûr d’une Milice telle ce héZébbb à la solde de l'étranger en sus !
Car l'État libanais n'a jamais légalisé ce héZébbb comme Milice auxiliaire intégrée à l'armée, et mise sous le contrôle direct de son état-major. Ainsi donc, les propos du boSSfééér-bigaradier au média en question montrent bien à quel point son rôle est faible et que le qualificatif de "fort" qui, Niaisement lui a été attribué, est en réalité bidon et "usurpé".
Cette affaire est bien donc révélatrice du mal profond qui ronge ce "pays", ce corps possédant de fait plusieurs "Moi" dotés, chacun, d'une vision hors Réalité qui lui est propre !
Ses personnalités multiples : sa Schizophrénie, quoi !".

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Alors que, quelques jours plus tard, à l'occasion de la commémoration de l'assassinat du Président Rafîkk HARIRI en 05, son PROPRE fils et Président aussi…. du conseil du Grand-Liban, Sääd donc Rafîkk HARIRI, déclare lui solennellement ; Patriotiquement parlant évidemment ; que seule l'armée libanaise est habilitée à user de la violence des armes afin de protéger les frontières nationales de Notre Grand-Liban !
Sans aucune mention, tout naturellement, de ce héZébbb-là." !
Voilà bien-là, une preuve de plus de cette dissociation schizophrénique déjà bien démontrée précédemment, et donc clairement visible à l’œil nu dans le cas précédent !
Wâlâââoû !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Pour preuve, les récentes prises de position d'un des plus hauts responsables(!) libanais(h) qui ont jeté le trouble dans les esprits, comme si cet (État?) libanais(h)-là ; en tant que corps ; présentait des signes similaires à ceux de ce Sybîîîl donc....
En effet, un boSSfééér Orangiste donc ; ex-(chef!) de cette même armée en sus ; a ainsi déclaré à un média que cette armée libanaise-là est insuffisante(!) pour défendre le territoire national contre l'ennemi donc Israélien, et qu'il est donc nécessaire qu'un héZébbb(!) puisse jouer un rôle déterminant en la matière !
Le Collaborationnisme actif de ce même héZébbb donc, à la guerre aSSaSSine que mène le régime Sanguinaire bääSSyriaNique aSSadique contre son propre peuple Majoritairement Civil, n'entrant évidemment pas en ligne de compte." !
Yâ wâââïléééh,…. Mâllâh Schizophrénie äâlll äâkîîîd !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"On se souvient du cas célèbre, mais réel, de Sybîîîl, chez qui sa psychanalyste aurait identifié jusqu'à sèèèize personnages qui possédaient, chacun, une mémoire propre et des souvenirs particuliers qu'ils ne partageaient pas avec leurs partenaires du corps donc de Sybîîîl." !
Sybîîîl, et/ou un.... quelconque boSSfééér Orangiste ?

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Partout où j'ai touché la terre,
Sur ma route est venu s'asseoir
Un étranger vêtu de noir,
Qui me ressemblait(?).... comme un frèèèèèèère." !
Mais qu'est-ce qu'elle peut bien être Tennndre "l'Ostie?", cette fois-ci !
Dommaaage.... ! Tout ça, ce n'est ; vraisemblablement ; que de la faute de ce (de Musset)-là !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SCHIZOPHRÉNIE DE LA NON APPARTENANCE NATIONALE ! ET, LE PAYS EST SOUS UNE OCCUPATION ÉTRANGÈRE ...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET REVIENT À JOUR MON POÈME LA SCHIZOPHRÉNIE ÉCRIT LE 19/2/2007 ET RÉVISÉ LE 1/1/2008
DIX ANS SONT PASSÉS !

LA SCHIZOPHRÉNIE

AU PAYS D'ADONIS UNE AFFECTION MALIGNE
FRAPPE INDISTINCTEMENT LES LEADERS DE TOUS BORDS.
ELLE S'EMPARE D'EUX ET, MALÉFIQUE SIGNE,
ELLE INFECTE LEURS NERFS,LEUR ESPRIT ET LEUR CORPS.

PRÉSIDENCE, SÉRAIL, PARLEMENT, MINISTÈRE,
LE MAL FRAPPE PARTOUT ; CHACUN EN EST ATTEINT ;
ON S'ENTRE-ACCUSE QUE, DU FLÉAU PROLIFÈRE,
ON EST LE PROMOTEUR ! OU DU MOINS LE PARRAIN !

DE TABLE RONDE ? ON PARLE ! ET ON PROMET L'ENTENTE.
MAIS ON VEUT IMPOSER SA LOGIQUE ABERRANTE,
ET SA MÉDICATION POUR EXTIRPER LE MAL !

LE PAYS SE DÉBAT DANS LES CONFLITS SECTAIRES
DE SES CHEFS, ÉRIGÉS EN JUGES ARBITRAIRES,
ET D'UNE RÉSISTANCE AU BUT PARADOXAL !

ON S'ÉPUISE EN DÉBATS, EN VAINES CONTROVERSES,
ET ON ACCABLE AUTRUI DE CALOMNIES DIVERSES,
PUIS ON L'ACCUSE D'ÊTRE INDIGNE ET DÉLOYAL !

ON LE CLASSE PARMI LES AGENTS ET LES TRAÎTRES
VENDUS OUTRE ATLANTIQUE;OU LES SUPPÔTS DES MAÎTRES,
DESPOTES CRIMINELS DU PACTE RÉGIONAL !

ON LUI PRÊTE EXACTIONS, CORRUPTIONS, PRÉJUDICE,
AGRESSIONS, ATTENTATS ET CRIMES ; ET L'ON GLISSE
INÉVITABLEMENT VERS LE GOUFFRE FATAL.

L'ON DIRAIT UN ASILE Où LES SUREXCITÉS
S'EXALTENT EN AFFRONTS ET EN OBSCENITÉS ;

OU PLUTÔT L'ANTICHAMBRE, EN UNE INFIRMERIE,
Où RÈGNENT LA NÉVROSE ET LA SCHIZOPHRÉNIE.

Tabet Ibrahim

Un Etat faible tiraillé entre des puissances régionales antagonistes auxquelles certaines de ses composantes politiques et communautaires font allégeance ne peut qu’adopter une politique de neutralité. Les propos clivant du Président de la République libanaise justifiant l’armement d’une milice sectaire inféodée à une puissance étrangère vont à l’encontre de ce principe et exposent le pays à des risques politiques économiques et militaires.

Yves Prevost

Merci Mr. Courban pour ce parfait diagnostic de schizophrénie. J'aurais seulement moins de scrupules que vous et j'irais, pour ma part, jusqu'à "qualifier cette étrange situation de dédoublement de personnalité comme étant une véritable occupation armée du pays"

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