Culture

Zad Moultaka, ou comment transformer la violence en chant

Présentation

L'artiste a détaillé à Paris son projet « SamaS », qui sera au pavillon libanais lors de la prochaine Biennale de Venise.

24/02/2017

C'est face à un parterre d'officiels, de donateurs et d'amis, tous émus par la désarmante simplicité de l'artiste, que le compositeur et plasticien Zad Moultaka a présenté SamaS, œuvre conjuguant recherche plastique et démarche musicale, qui représentera le Liban à la 57e Exposition internationale d'art contemporain de la Biennale de Venise (mai-novembre 2017). Devant les baies vitrées du Palais de Tokyo à Paris, surplombant la Seine et la tour Eiffel, le public l'écoute expliquer comment il a choisi, par sa démarche artistique, d'essayer d'affronter la barbarie. Le terme « étrange » revient d'ailleurs beaucoup dans le discours de l'artiste.

La particularité de Zad Moultaka, en matière musicale, est qu'il s'empare de la tradition et la déconstruit avec génie. Pour lui, la vie du compositeur constitue un véritable espace de recherche. Mais dans le domaine de l'art plastique, il va encore plus loin, car il oppose un questionnement philosophique lancinant à l'injustice du monde et à ce qu'il qualifie d'« apocalypse arabe ».

Moultaka poursuit en expliquant que « SamaS s'enracine mentalement, physiquement, philosophiquement dans le refus du drame auquel nous assistons dans cette région solaire du monde qu'est le Moyen-Orient ». L'artiste donne alors quelques exemples comme celui d'un moteur dont le ralentissement devient chant, ou celui du soleil qui émerge de l'intérieur d'un bombardier. À défaut de la faire taire, peut-on transformer la violence en chant ? C'est la question qu'il se pose, inlassablement, et qu'il posera sans doute pour longtemps encore.

 

(Pour mémoire : Ce que Zad Moultaka veut : que la violence cesse...)

 

Démarche radicale où, de la technologie, (re)naît l'archaïque, SamaS, dieu du soleil et de la justice des Babyloniens, est représenté sur le Code d'Hammourabi, haute stèle considérée comme la première Table de loi. Pour Emmanuel Daydé, commissaire artistique du pavillon libanais, historien et critique d'art, Zad Moultaka « oppose un archaïsme cosmogonique inédit dans le monde arabe ».

La présentation est suivie par un moment musical d'une grande intensité, quand les jeunes choristes de la Maîtrise de Paris, mêlés à la foule – exercice extrêmement difficile –, interprètent Then Thelo, sous la direction de Patrick Marco. Cette pièce, basée sur le Psaume 137, représente le refus de la violence et la dénonciation de la folie humaine. Il s'agit d'un bouleversant chant d'exil où le compositeur se remémore sa propre enfance et certains épisodes de la guerre du Liban.

Le Liban, qui après quatre ans d'absence, fait son retour à la Biennale de Venise, peut être fier d'être représenté par Zad Moultaka, artiste dont le langage transcende les époques et les frontières.

 

Pour mémoire

Yared, Khoury, Hakim, Moultaka, et leur Liban comme Alma Mater...

Zad Moultaka emmène le Liban à la 57e Biennale de Venise

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