Liban

Hariri met en garde Le Pen contre tout « amalgame irréfléchi » entre islam et terrorisme

OLJ
21/02/2017

Au deuxième jour de sa visite au Liban, Marine Le Pen, candidate du Front national à la présidentielle française, a eu avec le président de la République, le général Michel Aoun, sa première rencontre avec un chef d'État étranger, suivie d'une autre avec le Premier ministre, Saad Hariri.
Aussi bien à Baabda qu'au Grand Sérail, Mme Le Pen a été reçue avec plus de distance que, fin janvier, Emmanuel Macron.
À l'époque, M. Aoun avait reçu l'ancien ministre français de l'Économie dans un bureau plus chaleureux que l'immense salle dans laquelle il se tenait hier à bonne distance de Mme Le Pen, en présence du député Simon Abiramia. Lors de la rencontre, le président a évoqué « les rapports franco-libanais et souhaité leur consolidation au vu des valeurs partagées entre les deux peuples ».
En outre, le Premier ministre Saad Hariri, qui avait salué en M. Macron un « ami », a adressé cette fois à Mme Le Pen une mise en garde contre tout « amalgame irréfléchi » entre islam d'un côté et terrorisme de l'autre. Une position qu'il a formulée par un communiqué, plutôt qu'en raccompagnant son hôte à l'issue de la rencontre. « La plus grande erreur de certains médias et de certains discours est de mélanger l'islam et le terrorisme », a souligné le communiqué, précisant que « les musulmans modérés sont la majorité écrasante des musulmans dans le monde et les premières victimes du terrorisme fondamentaliste qui se prévaut d'une religion qu'il est le premier à attaquer ». Et de rappeler que « les Libanais comme les Arabes perçoivent la France comme la source des droits de l'homme ».
Même tonalité du côté des quelques députés francophones de toutes tendances politiques, Hezbollah mis à part, rencontrés ensuite par Mme Le Pen : le député Alain Aoun a certes expliqué à quelques journalistes qu'au Liban, le « patriotisme » tant vanté par la candidate d'extrême droite « n'est pas vraiment un tabou », avant d'ajouter aussitôt : « Nous ne sommes en train de soutenir personne. »

Réaction tranchante de Saïfi
Mais la position la plus tranchée a émané de Saïfi : après son entretien avec le chef des Kataëb, le député Samy Gemayel, en présence du député Nadim Gemayel et de MM. Salim Sayegh et Albert Costanian, le parti Kataëb a tenu à lui faire remarquer ensuite, dans un communiqué, que « la lutte contre le terrorisme ne se fait pas en appuyant des dictatures, mais en renforçant les valeurs de la modération, du pluralisme et de la démocratie ».
Qu'importe, pour Marine Le Pen. Cortège de grosses cylindrées noires, sécurité à cran, ors gouvernementaux : l'image est belle, à deux mois de la présidentielle française, pour laquelle elle veut asseoir sa crédibilité. Sur le terrain libanais investi par un autre de ses adversaires, François Fillon, elle s'est présentée comme une « amie ancienne et fidèle » du Liban et a cité, fait rare, son père Jean-Marie Le Pen, grâce auquel elle a « tant entendu parler » du pays du Cèdre... et qu'elle a fait exclure du Front national en 2015.

Perquisition à Paris
Mme Le Pen a néanmoins confirmé avec force son appui au régime syrien, faisant fi ainsi des épreuves (sanglantes) endurées par les Libanais – chrétiens en tête – du fait des trente ans d'occupation syrienne.
Interrogée après une rencontre avec le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil sur le meilleur moyen de protéger les chrétiens d'Orient, Mme Le Pen a répondu tout de go : « Éradiquer le fondamentalisme islamiste », en faisant ainsi une nouvelle fois l'impasse sur la politique hostile du régime Assad à l'égard des chrétiens du Liban, à commencer par le général Aoun. À L'OLJ, elle a estimé que « le Liban et la Syrie sont capables de faire la paix », en réponse à une question sur l'hostilité historique entre les dirigeants chrétiens et le régime syrien (voir par ailleurs).
Mais la candidate a pu aussi se donner à Beyrouth un peu d'air vis-à-vis de son actualité judiciaire. Au moment où elle visitait la cathédrale orthodoxe Saint-Georges, le siège de son parti à Nanterre était en effet perquisitionné dans le cadre de l'enquête sur les soupçons d'emplois fictifs d'assistants au Parlement européen.

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