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Diaspora

Sirine Achkar, « libanaise avant tout », et l’ombre d’Emily Nasrallah...

Pauline M. KARROUM

Zoom sur une femme qui a su percer dans le domaine du théâtre en France, tout en préservant une bonne dose d'humilité.

OLJ
20/02/2017

De la grâce, du charme et une élégance des mots. Sirine Achkar met en scène la pièce Nuits d'automne à Paris. Des thèmes comme l'exil, la terre et les racines y sont évoqués avec force. Elle n'a rien oublié de son passé, de son enfance ou des années de guerre. La sérénité, l'exil, le déracinement... tous ces sujets et bien d'autres encore sont évoqués en toute finesse dans Nuits d'automne. Après la France, la pièce sera peut-être proposée prochainement au Liban.
Sirine Achkar est très enthousiaste face à cette éventuelle future rencontre avec le public sur le sol libanais. D'ailleurs, elle s'apprête à traduire le texte en arabe afin de mieux s'y préparer. « Et ce malgré le fait que la majorité des Libanais maîtrisent parfaitement la langue française, tient-elle à préciser. C'est important de faire coexister les deux langues sur le plateau. »
Outre le pays d'origine de l'auteure, la pièce sera proposée dans d'autres pays comme la Jordanie. Toute l'équipe tient à ce que ce spectacle continue à vivre et à évoluer avec et à travers le public. « Nous sommes avides de cette rencontre partout où elle se présente », confirme-t-elle.

« Identité multiple »
Mais qui est Sirine Achkar ? Se voit-elle comme une Libanaise de l'étranger, une Française d'origine libanaise ou tout simplement une citoyenne du monde ? « Que je le veuille ou non, je suis libanaise avant tout, observatrice de l'état du monde qui se révèle actuellement en écho avec tout ce que ma mémoire affective a pu retenir de la guerre du Liban », répond-elle. « L'intime demeure à l'origine de toutes mes créations, et ce domaine intime est forcément lié à mon identité libanaise, puisque c'est au Liban que j'ai grandi, que c'est là où j'ai eu mes premiers souvenirs. Mais un artiste se doit de s'ouvrir au monde qui l'entoure, dépassant les frontières géographiques afin d'atteindre cet espace commun qui lie les êtres humains partout où ils se trouvent. »
Où en est-elle de ce débat identitaire qui agite actuellement le monde ? « Je pense que la construction identitaire est un processus qui dure toute une vie, dit-elle. L'identité se nourrit des expériences humaines que les personnes traversent, et c'est la raison pour laquelle je suis contre le cloisonnement des personnes dans le carcan d'une seule et unique appartenance, qu'elle soit territoriale, religieuse ou autre. Pour résumer, je suis une Libanaise qui vit en France depuis presque quinze ans, qui a fait ses études de théâtre en France et qui s'exprime en langue française, donc mes identités sont forcément multiples. »

La guerre, omniprésente
Nuits d'automne a su capter un public cosmopolite en raison, sans doute, de cette harmonie que Sirine Achkar a su assurer. Les gestes et les mots s'entrecroisent et se complètent en parfaite concordance. Les paroles, ou plutôt la poésie, se marient parfaitement avec les chorégraphies et les danses corporelles. Son travail avec le chorégraphe et pédagogue Didier Mayemba a eu l'effet souhaité. Le spectateur découvre à travers cette pièce les réalités sociales actuelles et les souffrances des populations, tout en mesurant l'importance et l'impact de l'amour.
Car c'est avant tout d'amour dont il est question dans ce spectacle. Suite à une perte qu'elle a subie, une femme décide elle-même de s'enfermer dans un hôpital psychiatrique. S'y succèdent alors son passé et son présent, ses souvenirs mais également ses questionnements, son enfermement et sa libération.
Outre le thème de l'amour, si primordial dans Nuits d'automne, il y a aussi celui de la guerre. Comme s'il est presque impossible pour un Libanais de ne pas l'aborder. Sirine Achkar le reconnaît. Selon elle, « il y a comme une voix secrète en chacun de nous. Elle nous rappelle un devoir, celui de la mémoire. Et celle-ci s'avère malheureusement tachée par trente ans de guerre qui ont forgé un peuple guerrier. Cela devrait encore durer un moment. »
Toutefois, pour l'auteure, parler de la guerre ne signifie pas nécessairement s'attarder sur les détails qui l'entourent. Il s'agit plutôt de mettre en scène un esprit fort, combatif, comme celui que Sirine Achkar a elle-même su développer. À l'instar de tous ces auteurs et artistes d'origine libanaise, elle a tenu à s'ouvrir sur le reste du monde.
Si l'auteure voue à ses pairs une grande estime, il y a une écrivaine qu'elle chérit tout particulièrement : la romancière libanaise Emily Nasrallah. Son œuvre l'a profondément marquée, que ce soit au niveau des thèmes abordés dans ses romans ou du souffle qui caractérise son écriture. À quinze ans déjà, l'auteure de Nuits d'automne se jetait sur ses livres dans la riche bibliothèque de son père. Des années plus tard, Sirine Achkar a grandi, mais l'influence d'Emily Nasrallah a persisté.

De Beyrouth à Paris

Comédienne, metteuse en scène et pédagogue, Sirine Achkar est diplômée en art du spectacle de l'Université Paris VIII. En tant que comédienne, elle a déjà interprété Andromaque de Racine ou encore Les monologues du vagin d'Eve Ensler. En 2009, sa première pièce, Je me tiens devant toi nue, est jouée sur les planches. Et en 2012, elle met en scène la nouvelle, Ces jours qui dansent avec la nuit, de Caya Makhale. Son projet avait alors été lauréat de plusieurs prix.

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