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Séminaire

De la nécessité d’adapter les tests psychométriques aux différentes cultures

Un séminaire organisé par « Liban Test formation » a planché sur l'adaptation de tests psychométriques (psychologiques, orthophoniques, pédagogiques...) à la culture des différentes sociétés.

Les intervenants, de gauche à droite, Nouhad Abou Melhem, Viviane Matar Touma, Dana Castro et Patricia Eid.

Quelle est la fiabilité des résultats de tests psychologiques, orthophoniques, pédagogiques ou autres, qui sont appliqués à des personnes d'une culture différente de celle du pays où ces tests ont été conçus au départ ? Tel est le sujet débattu au cours de la IVe Journée scientifique organisée jeudi dernier, à Antelias, par Liban Test formation sur le thème « L'évaluation psychométrique au Liban : fiabilité des résultats avec des tests non adaptés à la culture du pays ».
Sont intervenues au cours de ce séminaire Mme Dana Castro, psychologue clinicienne, psychothérapeute, directrice et enseignante à l'École des psychologues praticiens (Psycho Prat Paris/Lyon-France) ; Nouhad Abou Melhem, orthophoniste, master, psycholinguistique de Tours, enseignante à l'Institut supérieur d'orthophonie à l'Université Saint-Joseph; Patricia Eid, professeure assistante au département de psychologie, faculté des sciences humaines, de la Notre Dame University ; Christiane Noujaim Chiha, psychologue clinicienne et psychothérapeute à Skilled ; et Liliane Younès, psychologue, coordinatrice du programme de santé mentale, Family Guidance Center.
Le séminaire était dirigé par Mme Viviane Matar Touma, psychologue clinicienne, professeure à l'USJ et directrice de Liban Test formation.
Il ressort du débat deux idées-clés : les tests doivent être adaptés à la culture du pays, en s'abstenant de les faire passer directement tels qu'importés de l'étranger ; et parallèlement il est impératif que les évaluateurs suivent une formation adéquate afin d'utiliser les tests.
Mme Touma a souligné dans ce cadre que « les tests psychométriques (psychologiques, orthophoniques, pédagogiques, psychomoteurs, etc.) renferment des épreuves et des items qui mesurent les connaissances et les compétences du sujet, ses points forts et ses points faibles (tests cognitifs, neuropsychologiques, scolaires, etc.), tenant compte de plusieurs facteurs, entre autres l'âge, le niveau d'instruction, la santé physique, la santé mentale ».
« D'autres tests sont destinés à mesurer l'humeur, le comportement, la personnalité et les états d'âme d'une personne (tests affectifs et psychopathologiques), ajoute Mme Touma. On ne fait passer un test que pour vérifier une hypothèse posée lors de l'examen psychologique du sujet. Un examen psychologique (orthophonique ou autre) se fait suite à une demande venant du sujet lui-même (s'il est adulte) ou de ses parents ou responsables pédagogiques (s'il s'agit d'un enfant ou d'un adolescent), souligne aussi Mme Touma. Pour consulter, il faut qu'il y ait une douleur, une souffrance, un échec, un trouble etc. Il ne faut pas consulter par mesure de prévention ou par curiosité, pour connaître le niveau de compétence ou encore la personnalité du sujet. »

Les grandes lignes du séminaire
Dans ce contexte, le séminaire de jeudi dernier avait globalement pour objet: de montrer la nécessité d'avoir des tests adaptés culturellement et non pas de simples traductions ; de souligner l'importance d'être malléable et non rigide dans l'administration des tests, c'est-à-dire d'utiliser les mots avec le dialecte local de chaque région ; d'insister sur l'utilisation de la langue préférée du sujet (si le test donne cette possibilité) ; de comprendre les objectifs des items pour mieux maîtriser la passation ; de relever l'importance de choisir le bon test tenant compte de la condition du sujet (âge, scolarisation etc.).
Dans les détails, Mme Dana Castro a notamment souligné que les phénomènes psychologiques sont universels, en ce sens que partout dans le monde nous pouvons rencontrer, à titre d'exemple, des enfants déprimés, intelligents, etc. « Ce qui diffère par contre, a-t-elle précisé, c'est la façon qu'a chaque société de décoder ces signes et la façon qu'a chaque personne de les exprimer, en fonction de sa culture. La personne qui fait passer un test doit savoir comment le sujet réagit ou ne réagit pas, par exemple dans l'expression de son visage ou son attitude, suivant sa culture. »
Mme Castro a indiqué à ce propos que « le clinicien doit savoir conceptualiser les résultats du test », soulignant, en substance, qu'il y a un certain degré de subjectivité, de la part du clinicien, dans l'analyse des résultats de la réaction du sujet à qui ont fait passer le test. Mme Castro a souligné en outre la nécessité d'utiliser le bon test, en fonction du profil socioculturel du sujet.
Mme Touma a insisté dans ce cadre sur l'importance de tenir compte de la nécessaire adaptation des tests à la culture en question en vue d'une meilleure évaluation. Mme Touma a invité à ce propos les psychologues à ne pas être rigides et à faire preuve de souplesse lors de la passation des épreuves. Par ailleurs, elle a précisé qu'« il ne s'agit pas de traduire simplement le test, mais d'utiliser des items standardisés, conformes à la culture du pays ».

Le test ELO
De son côté, Mme Nouhad Abou Melhem a constaté d'emblée l'absence de données scientifiques concernant le développement du langage des enfants libanais. Elle a ensuite évoqué le problème de l'évaluation orthophonique, en soulevant le cas du test ELO français appliqué aux enfants de 3 à 8 ans et qui sert à évaluer le langage oral pour cette tranche d'âge. Elle a indiqué qu'un test ELO-L a été mis au point à l'intention des enfants libanais en prenant en considération le trilinguisme spécifique au Liban ainsi que l'usage de mots « acceptables » qui font partie de la culture du pays. Le test ELO-L, qui sera lancé incessamment, a été élaboré à l'initiative de l'USJ, à la demande des orthophonistes.
Dans ce cadre, Mme Touma a souligné que lorsque les orthophonistes font une évaluation aux enfants, ils devraient tenir compte des particularités de la langue (écrite ou parlée), du dialecte et des prononciations, suivant les régions.

L'adaptation du WISC
Mme Patricia Eid a elle aussi relevé que le jugement clinique est quelque peu subjectif et dépend de la culture, d'où l'importance d'adapter les tests pour qu'ils soient conformes à la culture. Et de souligner que les problèmes principaux auxquels elle a été confrontée sont liés au langage verbal et non verbal, mais aussi aux particularités culturelles. « C'est pourquoi l'évaluateur doit être sensible au langage et au dialecte », a indiqué Mme Eid, en prenant pour exemple le cas des réfugiés syriens établis au Liban et dont la culture et la prononciation sont différentes qu'au Liban.
Mmes Christiane Noujaim Chiha et Liliane Younes ont, par ailleurs, mis l'accent sur certains problèmes qu'elles ont rencontrés lors de la passation du test WISC adapté à la population libanaise, en raison de la difficulté chez les enfants libanais de connaître l'alphabet arabe.
Mme Touma a insisté à cet égard sur la nécessité que les évaluateurs suivent une formation adéquate avant l'utilisation des tests. Elle a également soutenu que le WISC IV AR adapté (en arabe), qui est un test d'intelligence, ne doit en aucun cas être adressé à des enfants non scolarisés en raison de l'indice concernant la compréhension verbale et qui porte sur les connaissances scolaires.


Quelle est la fiabilité des résultats de tests psychologiques, orthophoniques, pédagogiques ou autres, qui sont appliqués à des personnes d'une culture différente de celle du pays où ces tests ont été conçus au départ ? Tel est le sujet débattu au cours de la IVe Journée scientifique organisée jeudi dernier, à Antelias, par Liban Test formation sur le thème « L'évaluation...

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