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Économie

Le FMI reconnaît un réel impact des réfugiés sur le marché du travail

Liban - Rapport

S'il ne quantifie pas les effets de cet afflux de main-d'œuvre, un rapport de l'institution démontre que les théories traditionnelles sont inopérantes dans le cas libanais.

Sunniva Rose | OLJ
02/02/2017

Depuis plusieurs années, les conséquences sur le marché du travail de la présence d'environ 1,1 million de réfugiés syriens enregistrés officiellement par les Nations unies sur le sol libanais, qui s'ajoutent aux 300 000 clandestins estimés par le gouvernement, sont au cœur de l'agenda politique et social du pays. Les ministres du Travail successifs, Sejaan Azzi et Mohammad Kabbara, ont ainsi multiplié les appels à privilégier l'emploi des Libanais et les menaces de sanctions contre les entreprises qui leur substituent une main- d'œuvre syrienne illégale.

À cet égard, si plusieurs études d'organisations internationales sur le coût de la crise syrienne au Liban ou la situation conjoncturelle du pays mentionnent le phénomène, aucune n'a pu estimer véritablement cet impact, notamment du fait de l'absence de statistiques nationales fiables sur le marché de l'emploi.

 

(Lire aussi : Les réfugiés syriens de plus en plus endettés malgré la hausse des aides)

 

Modèles théoriques
Une difficulté à laquelle se heurte également un rapport publié la semaine dernière par le Fonds monétaire international (FMI), qui tente notamment de dresser un état des lieux des défis auxquels fait face le marché du travail libanais face à cet afflux massif de réfugiés. Sans quantifier l'impact de cette situation qui n'a « peut-être aucun parallèle sur le plan international », ses auteurs constatent que les modèles théoriques généralement utilisés sont inopérants pour appréhender le cas libanais.

Se référant principalement au modèle élaboré par le Prix Nobel d'économie américain Robert Solow pour les économies avancées, le FMI rappelle que l'afflux de réfugiés sur le marché du travail est censé avoir un impact limité à long terme. Certes, à court terme, l'arrivée de nouveaux travailleurs exerce une pression à la baisse tant sur l'emploi que sur les salaires des travailleurs locaux, du fait de la substitution de certains d'entre eux par une main-d'œuvre moins chère. Une situation qui bénéficie par conséquent surtout aux détenteurs de capitaux. Mais, selon ce modèle, à long terme, ces derniers réinvestiront les gains dans leurs outils de production, ce qui se traduira notamment par une hausse de la demande de travail et de la rémunération offerte. Ceux qui avaient quitté le marché de l'emploi seront ainsi encouragés à le réintégrer. En fin de course, résume le FMI, « les économies devraient être en mesure de s'adapter à toute addition de main-d'œuvre ». Il ajoute néanmoins que le coût comme la durée de la phase de transition « varient de pays en pays » et dépendent notamment des caractéristiques et compétences des réfugiés.

 

(Lire aussi : L'aide alimentaire aux réfugiés, une manne pour les commerçants libanais)

 

Mais le rapport souligne cependant que « les études des économies avancées ont tendance à minimiser l'impact de l'immigration non qualifiée ». Surtout, il insiste sur le fait que « la nature de l'économie libanaise présente des défis supplémentaires », que n'appréhende pas la théorie.
D'abord, en raison de l'effet de masse auquel est confronté le pays. « Au vu de l'importance de la présence de réfugiés syriens, l'ampleur du choc a dépassé la capacité de l'économie libanaise à y répondre sans heurt, ou même à atténuer ses coûts sur le court terme », souligne le rapport.
Il relève ensuite les caractéristiques particulières du marché du travail libanais, dont le fait que la moitié de la main-d'œuvre libanaise travaille déjà dans le secteur informel, ce qui la place en compétition directe avec les réfugiés. Une compétition dont les effets sont en outre exacerbés par l'absence de filet de sécurité social compensant en partie la perte d'emploi pour ces travailleurs peu qualifiés.
Enfin, le rapport pointe du doigt des problèmes chroniques spécifiques au Liban, tels que la mauvaise qualité des infrastructures, les lourdeurs administratives, ou l'instabilité politique, qui découragent les entreprises à investir. La capacité du Liban à accueillir un nombre important de réfugiés en intensifiant sa production est donc « limitée », estime le rapport.

Face à ces difficultés, la communauté internationale doit intervenir, selon le FMI, qui propose deux axes de soutien. D'une part, l'infrastructure libanaise a besoin de financements afin de « fournir des opportunités de travail pour les Syriens et les Libanais et poser les bases pour une amélioration de la productivité, de la croissance et de l'emploi », note le rapport. Il rappelle à cet égard qu'à la conférence de Londres de février 2016, le Liban a demandé 11 milliards de dollars aux bailleurs de fonds pour couvrir ses besoins nés de la crise syrienne sur les 5 prochaines années. Sur cette enveloppe, 4,3 milliards de prêts concessionnels sont prévus pour le financement des infrastructures.

 

(Pour mémoire : Certaines cartes prépayées seront épargnées par l'interdiction de la BDL)

 

Faciliter l'intégration
« Les autorités estiment que (l'ensemble des mesures proposées vont notamment permettre de) créer entre entre 300 000 et 350 000 emplois, dont 60 % pourraient être pour les réfugiés syriens », note le rapport. À Londres, les autorités libanaises ont ainsi indiqué qu'elles étaient prêtes à faciliter l'accès des Syriens au marché du travail « dans certains secteurs où ils ne sont pas en compétition avec les Libanais » en les « dispensant de manière périodique de frais de résidence » et en simplifiant les démarches administratives.

Le Liban continue néanmoins à appliquer des mesures très restrictives. Un décret (n°197) publié en décembre 2014 limite l'emploi des Syriens à trois secteurs – l'agriculture, la construction et le nettoyage – , qui étaient traditionnellement occupés par ces ressortissants, même avant le début de la guerre civile en Syrie. Depuis janvier 2015, le permis de résidence des Syriens doit être renouvelé tous les 6 mois pour un coût de 200 dollars, qu'ils soient enregistrés auprès du HCR ou non. « Un coût inabordable pour la majorité d'entre eux, dont le revenu moyen est de 177 dollars par mois, hors aide humanitaire », selon le rapport qui cite des chiffres du HCR datant de 2016. Ces réglementations ont fortement augmenté le nombre de réfugiés ne possédant pas de permis de résidence en règle. Leur nombre a bondi de 9 % en janvier 2015 à 61 % en juillet de la même année, d'après un article publié en 2016 par l'Université américaine de Beyrouth et cité par le FMI.
Tout en reconnaissant que l'exercice est « délicat », l'institution appelle donc le gouvernement libanais à faciliter l'accès des Syriens au marché du travail. « Si ces réfugiés devaient rester au Liban pour un certain temps, leur capacité à subvenir à leurs besoins réduirait le poids sur le budget libanais et allégerait leurs (demandes) de ressources humanitaires des bailleurs de fonds ». En outre, « les réfugiés autonomes et qui ont pu améliorer leurs compétences en exil rentrent dans leur pays d'origine plus rapidement », avance le FMI en citant une étude de la Banque mondiale de 2015.

 

 

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Irene Said

Messieurs du FMI,
c'est bien joli d'élaborer des articles sur les réfugiés syriens au Liban, qui sont avant tout basés sur des théories...!
Allez-donc vous promener dans les rues de Beyrouth, ainsi que partout dans notre pays, et vous découvrirez tous les petits commerces et entreprises qui ont du fermer...à cause de la concurrence déloyale des travailleurs-réfugiés syriens !
Vous conseillez, avec une ignorance incroyable de la réalité..."au gouvernement libanais de faciliter l'accès des Syriens au marché du travail..."???
Mais ils l'ont déjà complètement innondé...notre marché du travail !
Avec la complicité de beaucoup de LIBANAIS sans conscience et égoïstes, qui ne pensent, comme toujours, qu'à leurs propres bénéfices...
Irène Saïd

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