X

Économie

Les réfugiés syriens de plus en plus endettés malgré la hausse des aides

Rapport

Quelque 71 % des réfugiés s'endettent pour pouvoir acheter de la nourriture, selon une étude de terrain menée par trois agences onusiennes sur la vulnérabilité des réfugiés syriens au Liban.

19/01/2017

« Tout devient de plus en plus cher alors que nos revenus ne changent pas, nous avons de plus en plus de dettes et de prêts », témoigne un réfugié syrien interrogé par le Haut Comité des Nations unies pour les réfugiés (HCR) dans le cadre d'un rapport publié en décembre par trois agences onusiennes. Un cas qui est loin de faire exception: parmi les 1,017 million de réfugiés syriens au Liban enregistrés au HCR, 90 % d'entre eux sont lourdement endettés, note l'étude sur la vulnérabilité des réfugiés syriens dans le pays, menée en 2016 sur 4 596 familles syriennes par le HCR, le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) et le programme alimentaire mondial (PAM). Ce ratio était respectivement de 89 % en 2015 et de 81 % en 2014, selon la précédente édition du rapport.

 

Sous le seuil de pauvreté
Alors que les dépenses par tête ont très légèrement baissé par rapport à 2015, de 2,8 %, à 104 dollars, le montant des dettes par ménage a, lui, augmenté, passant de 842 dollars en moyenne en 2015 à 857 dollars en 2016. Les réfugiés syriens empruntent généralement ces sommes auprès de leurs amis et membres de leurs familles vivant au Liban (70 % des réfugiés syriens interrogés), auprès des supermarchés et magasins (38 %) et de leurs propriétaires (8 %). Selon le rapport, 71 % des ménages s'endettent pour acheter de la nourriture (un poste qui représente 44 % de leurs dépenses), 38 % s'endettent pour couvrir leurs frais de santé (12 % des dépenses des ménages) et 35 % s'endettent pour payer le loyer (17 % des dépenses).

Le rapport note toutefois que cette détérioration de la situation financière des réfugiés syriens aurait pu être encore plus grave sans une hausse des aides de la communauté internationale depuis 2015. « En 2015, la situation était vraiment dramatique par rapport à l'année précédente, nous avons donc lancé un signal d'alarme. Certains donateurs se sont mobilisés, ce qui nous a permis de récupérer plus d'aide humanitaire qu'en 2015 », explique à L'Orient-Le Jour Mireille Girard, représentante du HCR pour le Liban, sans pouvoir communiquer le pourcentage de cette hausse dans l'immédiat. « Au 31 août 2016, 980 millions de dollars ont été injectés au Liban en 2016, dans le cadre du Plan de réponse à la crise pour 2016 mis au point par le gouvernement libanais et ses partenaires humanitaires, ralentissant ainsi la précarisation des réfugiés. Toutefois, il s'agit de moins de la moitié des 2,48 milliards de dollars demandés », note le rapport. De plus, alors qu'en 2015, la valeur des coupons alimentaires distribués sur des cartes prépayées par le PAM avait largement diminué, jusqu'à atteindre 13,5 dollars par mois en juillet 2015, ils ont finalement augmenté en mars 2016 pour atteindre leur montant initial, de 27 dollars par mois et par personne.

Malgré tout, la précarisation des réfugiés reste dramatique quand elle est comparée à 2014. Quelque 71 % des réfugiés syriens au Liban vivent sous le seuil de pauvreté (établi à 3,84 dollars par jour selon la Banque mondiale), alors que cette part n'était que de 49 % en 2014. « Alors qu'en 2015, les réfugiés syriens au Liban avaient pour la plupart épuisé leurs économies rapportées de Syrie, cette année, ils vendent de plus en plus le peu qu'ils ont, comme un matelas, un ventilateur, pour acheter des médicaments, par exemple. C'est un cercle vicieux, car ils ne pourront plus racheter ces biens vendus dans leur situation », déplore Mireille Girard.

 

(Lire aussi : L'aide alimentaire aux réfugiés, une manne pour les commerçants libanais)

 

 

Stratégies dangereuses
Une situation de précarité aggravée par le manque d'accès à l'emploi. Bien que, depuis la mi-2016, les réfugiés syriens enregistrés au HCR ont le droit de travailler dans les trois secteurs ouverts aux ressortissants syriens (construction, agriculture et nettoyage), seuls 36 % des adultes en âge de travailler le faisaient au cours du mois précédant l'enquête. « Cette année, l'interdiction de travail des réfugiés syriens a été levée pour ces trois secteurs qui n'entrent pas en compétition avec la main-d'œuvre libanaise, mais pour l'instant, il y a eu peu de changements car il existe peu d'emplois du fait de la situation économique. De plus, ce sont généralement des emplois de quelques jours par mois, qui ne leur permettent pas de régler leurs dettes », précise Mireille Girard. Les adultes en âge de travailler sont principalement impliqués dans la construction (33 %), les activités agricoles (22 %), les services (26 %), les commerces (6 %) et le nettoyage (6 %). Au cours du mois précédant le sondage, les réfugiés syriens qui ont travaillé ont gagné en moyenne 215 dollars par mois, contre 115 dollars pour les femmes.

Une situation qui pousse les réfugiés à adopter des stratégies d'adaptation plus sévères en 2016 comme retirer leurs enfants de l'école, mendier, accepter les emplois à haut risque, vendre leur maison ou terrain en Syrie, ou réduire le nombre de repas par jour. « Ces stratégies sont dangereuses, car s'ils ne peuvent pas devenir autosubsistants, les ardoises s'allongent et les loyers impayés s'accumulent. Ils se lancent alors dans des formes de travail non acceptables, comme le travail des enfants, dans des situations d'exploitation ou dans des métiers dangereux », explique Mireille Girard.

Face à cette situation, le rapport préconise de « trouver des moyens de s'attaquer aux obstacles financiers qui empêchent les réfugiés de renouveler leur permis de résidence et d'accéder à l'emploi pour faciliter leur autosuffisance. Des politiques, mesures et programmes visant à permettre aux réfugiés de générer des revenus tout en protégeant le marché du travail libanais et en atténuant les tensions potentielles avec la communauté d'accueil sont recommandés. » « L'objectif du gouvernement ainsi que des agences onusiennes est de mettre en place des projets pour relancer l'économie dans certains secteurs, pour que l'activité puisse reprendre et afin de permettre aux plus vulnérables de sortir de la dépendance humanitaire », explique Mireille Girard.

 

 

 

Pour mémoire
Certaines cartes prépayées seront épargnées par l'interdiction de la BDL

Les cartes prépayées, victimes collatérales de la transparence

Des réfugiés syriens peuvent désormais toucher leur aide financière en un clin d'œil

À la une

Retour à la page "Économie"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Irene Said

Et les Libanais qui perdent leur emploi, n'arrivent plus à vivre décemment...retirent leurs enfants de l'école, etc. par la faute de nos IRRESPONSABLES-INCAPABLES, alors que ceux-ci continuent de toucher leurs salaires de ministres...qui s'en soucie ???

Est-ce la faute du Liban si la communauté internationale n'est pas capable d'arrêter les crimes qui sont commis en Syrie, cause des réfugiés chez nous ?
Irène Saïd

Dernières infos

Les articles les plus

Impact Journalism Day 2018
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué