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Liban

Élie Aboud à « L’OLJ » : Une soumission totale du pouvoir libanais au régime syrien serait inacceptable

Interview

Le député français de l'Hérault, Élie Aboud (d'origine libanaise), membre du parti Les Républicains, a été chargé récemment du dossier des chrétiens d'Orient au sein de l'équipe de campagne de François Fillon, candidat de la droite à l'Élysée. Dans une interview à « L'Orient-Le Jour », il expose la nature de sa mission et sa vision du problème des chrétiens d'Orient, dans la perspective de la présidentielle française.

30/01/2017

Vous avez été récemment désigné dans l'équipe de campagne de François Fillon. En quoi consistera exactement votre mission ?
François Fillon a mis en place plusieurs axes. Je rejoins celui des questions internationales. Nous sommes quatre animateurs avec Jean-Pierre Raffarin, Hervé Gaymard et Bruno Le Maire. Je suis chargé de la question des chrétiens d'Orient.

Un dossier qui vous tient à cœur...
C'est la première fois, je pense, que cette question est soulevée au cours d'une campagne présidentielle. C'est une véritable adhésion de la part de François Fillon à cette cause noble. La France, pays des Lumières, ne peut pas rester les bras croisés face à cette problématique. Et François Fillon a voulu l'exprimer fort.

En quoi consistera votre action sur le terrain ?
Pour ce qui a trait aux grands dossiers en rapport avec les crises internationales, c'est François Fillon, en sa qualité de candidat à l'Élysée, qui s'emploie à faire entendre la voix de la France à l'étranger. Quant à moi, mon rôle sera de rencontrer à Paris tous les acteurs et les experts de la problématique relative aux chrétiens d'Orient, et au Moyen-Orient en général. C'est un sujet que je connais, que je vis, que je respire. Je vais former une commission, procéder à un état des lieux et établir un rapport d'étape. La deuxième étape sera la préparation des déplacements du candidat Fillon sur le terrain, à la rencontre des acteurs politiques concernés par cette thématique. Mon rôle est d'établir un diagnostic sérieux de la situation. Au candidat ensuite d'apporter les solutions. Et de les mettre en pratique.

Le soutien de parlementaires français (de droite) au régime d'Assad ne risquerait-il pas de favoriser la montée de l'islamisme et de susciter davantage d'aversion envers les chrétiens ?
En France, il existe une séparation totale entre le pouvoir exécutif et la vie parlementaire. Certes, trois parlementaires ont souhaité marquer le pas en rencontrant le président Assad, partant de l'idée qu'il serait le seul à protéger les minorités religieuses, donc les chrétiens d'Orient. Cette initiative n'a eu ni l'accord du gouvernement ni celui de mon parti politique Les Républicains. Personnellement, je n'ai pas voulu participer à cette aventure pour deux raisons. D'abord, brouiller la voix de la France et le langage officiel du gouvernement français est contraire aux usages républicains. Ensuite, j'ai une bonne connaissance de la situation en Syrie et de la politique de son chef de l'État pour ne pas tomber dans une vision réductrice et simpliste du problème. Toutefois, je souhaiterai que François Fillon gagne la prochaine élection présidentielle. En effet, la France doit reprendre toute sa place dans ce conflit, sa place juste et sa juste place. J'estime que la France n'a pas à prendre parti pour tel ou tel belligérant. Elle doit discuter avec tout le monde : l'axe syro-iranien et l'axe sunnite des monarchies arabes. Sans cela, le conflit s'éternisera et s'enlisera avec des dizaines de milliers de victimes innocentes.


(Lire aussi : Emmanuel Macron à « L'OLJ » : Les intérêts des chrétiens d'Orient ne sont pas liés à Assad)

 

Le président Michel Aoun a affiché son désir de se distancier de la guerre en Syrie. Qu'en pensez-vous ?
Je tiens d'abord à féliciter le président Aoun. La vacance présidentielle n'a duré que trop longtemps. Il existe deux situations inacceptables: une soumission totale du pouvoir libanais au régime syrien, comme l'ont fait certains anciens présidents de la République. Et un choc frontal avec ce même régime voisin, qui mènerait le Liban à une impasse « en béton ». Je n'ai aucune leçon personnelle à donner au président Aoun, et puis de quel droit m'autoriserai-je à le faire ? Au début de sa carrière, il a combattu militairement le régime syrien. Puis, récemment, il a fait de l'axe syro-iranien un allié de choix.
J'espère du fond du cœur, et je le crois capable, qu'il trouvera la capacité d'imposer le respect de la souveraineté libanaise sans se fâcher avec le voisin syrien et sans subir non plus son diktat.

Quelle est votre vision de la présence massive des réfugiés syriens qui déstabilise l'économie et la sécurité du Liban ?
Imaginez deux secondes la France recevoir 35 millions de réfugiés allemands, espagnols ou italiens. Cela conduirait non seulement à l'implosion totale, mais aussi à l'effondrement de toutes les structures sociétales. Nous avons accueilli 20 000 réfugiés, et cela a généré un débat interminable. D'ailleurs, cela semblait la fin du monde pour beaucoup de citoyens. En outre, je rends hommage au peuple libanais. Je souhaite que les puissances internationales puissent trouver une solution rapide, dans l'optique de voir ces réfugiés retourner dans leur terre natale. Le pays du Cèdre a toujours payé cher les conflits de ses voisins. Pardonnez-moi ce cri de colère, mais la situation me paraît insupportable.

Le projet de création de « zone de sécurité » en Syrie sous contrôle international vous paraît-il réalisable ?
J'ai l'intime conviction que si l'on arrive à trouver une solution politique à la crise en Syrie, avec une répartition juste pour la mosaïque communautaire composant ce pays, les choses se régleront très vite par la suite, avec des pistes multiples. En attendant, pour répondre à votre question, cette idée a été avancée par Donald Trump. Mais comme ses prises de position, un peu trop rapides en ce moment, ne sont ni filtrées ni évaluées par l'administration militaire et les services compétents, je resterai circonspect.


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Gebran Eid

C'EST BIEN DE VOIR UN LIBANAIS JOUÉ UN RÔLE DANS CE CONFLIT, MAIS JE N'AI PAS COMPRIS CETTE PHRASE "SOUMISSION TOTALE" ? REFUSÉE. DONC SOUMISSION À 95 % SERA ACCEPTÉE ?

George Khoury

ah bon, et pourtant la france, a bien laisse faire pendant 30 ans...

et puis lui aussi se met a la semantique? "soumission totale", c'est a dire partielle peut etre. Et puis dans partielle, c'est tres tres relatif. On te laisse gerer les poubelles a la maison et hop, voila que la soumission devient partielle. donc hallal. CQFD

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