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Liban

L’harmonie architecturale islamo-chrétienne du centre-ville rétablie

Patrimoine

Le campanile de la cathédrale Saint-Georges enfin achevé.

Fady NOUN | OLJ
16/12/2016

Le centre-ville s'apprête à fêter Noël. Une grande structure conique en métal doit recevoir les branches du sapin qui l'ornera, face à la mosquée Mohammad el-Amine. Mais cette année, un nouvel élément figure dans l'espace de ce centre, le campanile de la cathédrale Saint-Georges, enfin achevé. Le campanile, qui abritera une immense cloche, est doté d'une plate-forme offrant une vue panoramique sur le centre-ville. L'Orient-Le Jour en a foulé les dalles.

Construite il y a 120 ans sur l'admirable modèle de la grande basilique Sainte-Marie-Majeure, à Rome, la cathédrale Saint-Georges s'imposait depuis le début du XXe siècle à Beyrouth par sa beauté architecturale et son harmonie. Jusqu'au jour où la mosquée Mohammad el-Amine fut construite et que la disproportion de cet édifice, par rapport à son environnement, éclatât au grand jour.
Le gigantisme de la mosquée, construite par Rafic Hariri sur un terrain appartenant initialement à l'Association des projets de bienfaisance islamique, se manifestait surtout par rapport à l'espace exigu qui l'entoure. À titre comparatif, la mosquée bleue d'Istanbul est entourée d'un espace de 10 000 mètres carrés, qui en absorbe l'immensité. L'exemple vaut aussi, pour la grande mosquée au Caire, ou pour les Invalides, à Paris.

 

Disproportion
La disproportion de la mosquée par rapport à son environnement urbain imprima, une fois l'édifice achevé, un cachet islamique artificiel à tout l'espace du centre-ville, en contradiction avec la tradition de coexistence des édifices religieux qui l'ornaient auparavant, dans une harmonie jamais rompue. Ainsi le voisinage d'un minaret de la mosquée al-Omari ou de la mosquée Assaf avec le clocher de la cathédrale Saint-Louis se donnait depuis toujours en exemple photographique du vivre-ensemble islamo-chrétien au Liban.

Avec sa croix lumineuse, qui culmine à environ 71 mètres, le campanile a aujourd'hui corrigé l'anomalie d'une mosquée mammouth près de laquelle tous les autres édifices religieux paraissaient comme des nains. Désormais, la tour rejoint en hauteur les quatre minarets de la mosquée Mohammad el-Amine qui s'élancent dans le ciel à environ 70 mètres de hauteur, soit à celle d'un immeuble de douze étages, du nombre des apôtres du Christ. L'édifice, d'une harmonie indiscutable, est construit avec de la pierre de sable (« ramlé ») importée du Maroc et son architecture répond parfaitement à celle de la cathédrale qu'il exalte.

Au demeurant, comme l'assure l'archevêque de Beyrouth, Mgr Boulos Matar, duquel relève la cathédrale, le campanile était prévu dès le départ et son espace était réservé sur les cartes et sur le site même, à l'image du campanile de la basilique Sainte-Marie-majeure, à peine moins élevé que la coupole de la basilique Saint-Pierre.
Pour les voyageurs atterrissant à Beyrouth, ajoute-t-il, les minarets et le campanile ressortent désormais aussi nettement les uns que l'autre, dans une harmonie que l'on ne retrouve nulle part ailleurs au monde. « C'est bien simple, c'est comme si le campanile avait toujours été là, souligne Mgr Matar. Il est beau, il ne gêne personne, il s'impose avec harmonie à son environnement. C'est une très belle œuvre, une œuvre pacifique qui réjouit le cœur ! »

 

Une croix lumineuse
Le clocher du campanile est surmonté d'une croix qui pèse 3 tonnes et s'éclaire désormais, du crépuscule à l'aube, grâce à un capteur. Pillée, des carreaux aux tuiles, abritant entre ses murs enfoncés par endroits une végétation sauvage qu'il a fallu arracher, la cathédrale Saint-Georges des maronites a aujourd'hui retrouvé tout son lustre, et ses baux de bois luisants et foncés abritent facilement quelque 800 fidèles. Inaugurée le jour des rameaux de 1994, la restauration de la cathédrale a été achevée en 2000, soit dix ans après le silence des canons. C'est dire combien elle a pu être endommagée. Aujourd'hui, ces mauvais souvenirs s'effacent, et la cathédrale a retrouvé sa vocation, celle d'être la Notre-Dame de Paris du Liban, la nef des grandes cérémonies, la Qannoubine urbaine vers laquelle convergent les attentes et la mémoire d'un peuple.

Sous la nef dort encore, en ruines, une crypte destinée par l'archevêque à devenir un musée d'art sacré dont le clou sera la célèbre coupe de Saint-Rémy, un ciboire orné de pierres semi-précieuses que Mgr Matar garde jalousement à l'archevêché de Beyrouth, en attendant de le voir trôner dans un endroit qui en soit digne. Le ciboire, rappelle-t-il avec fierté, a servi aux messes en plein air célébrées par les papes Jean-Paul II et Benoît XVI à Beyrouth.

 

La cloche de la cathédrale

Coulée à la fonderie de cloches Cornille Havard à Villedieu-les-Poêles, en Normandie, la cloche de la cathédrale Saint-Georges mesure 1,58 m de diamètre et pèse 2,67 tonnes. C'est la plus grosse cloche des églises du Moyen-Orient. Avec ses accessoires (joug, beffroi), elle totalisera un poids de sept tonnes, explique l'architecte Saïd Bitar, responsable de la construction de la tour qui accueillera le bourdon de la cathédrale. Formé d'un alliage de 78 % de cuivre et 22 % d'étain, il devrait durer 200 à 300 ans, selon les fabricants. Il sera parfaitement accordé avec les quatre autres cloches de la cathédrale pour sonner le do et jouer toutes les notes, avec la même harmonie, signale également l'architecte.
La décoration de la cloche représente saint Georges terrassant le dragon. Le président de la fonderie, Paul Bergamo, a invité Albert Kfouri, un ancien élève de l'évêque de Beyrouth, à réciter une prière « avant la coulée, en lieu et place d'une bénédiction du métal ».

 

Pour mémoire

La croix de la cathédrale Saint-Georges des maronites bientôt visible à des kilomètres

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Jack Gardner

Magnifique! Vivons ensenble, vivons heureux.


Gandhi: Les religions sont comme des routes différentes convergeant vers un même point.

Marionet

Quel bel article: bien écrit, bien documenté, à la tonalité pacifique et apaisante. J'en redemande!

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