Moyen Orient et Monde

Obama et la question raciale, un bilan mitigé

Bilan d’Obama - Éclairage

Plusieurs succès et échecs caractérisent le mandat du président sortant, mais la question des inégalités ethniques reste l'un des échecs les plus cuisants.

17/01/2017

Sa seule nomination à la Maison-Blanche aura été un événement historique. Premier président noir de l'histoire des États-Unis, Barack Obama divise. Pour une partie de la population, ses origines, son parcours sont en soi un problème. Pendant sa première campagne électorale, il a incarné le changement et a plu à presque toutes les franges d'une société malmenée par une ère Bush mouvementée. Mais trop était attendu de lui et il a déçu. Il n'a pu réaliser toutes les promesses, les miracles même, qui étaient attendus de lui durant ses deux mandats.

Un de ces échecs restera celui de la question raciale. Rarement les violences policières auront été aussi médiatisées dans l'histoire américaine. L'impression qui en ressort est, naturellement, celle d'une augmentation des violences à caractère racial, ce qui peut paraître paradoxal, vu l'identité du président sortant. Ce n'est pourtant pas le cas : environ un millier de personnes sont tuées chaque année par les violences policières, dont un tiers sont des Afro-Américains, surtout jeunes et de sexe masculin. Ces chiffres existaient avant Barack Obama et devraient se maintenir après lui. Le racisme reste partie intégrante de la société et des institutions, malgré les avancées des dernières décennies, et, pour une grande partie des Américains, les relations interraciales restent mauvaises, d'après une série de sondages réalisés en 2016.

 

 

Rien de nouveau dans un pays où les armes à feu sont légion et qui a connu une guerre civile dont l'un des enjeux était l'abolition de l'esclavage, qui a vécu des décennies de ségrégation raciale, ou encore assisté aux émeutes de Los Angeles en 1992 après l'affaire Rodney King, un jeune Noir filmé en étant passé à tabac par des policiers blancs. Mais les violences policières à l'encontre d'une certaine partie de la population, bien qu'ayant toujours existé, prennent une toute autre dimension pendant les mandats du premier président noir du pays et contribuent à la création du mouvement Black Lives Matter, d'autant que l'utilisation des réseaux sociaux a explosé ces dernières années. Et la communauté afro-américaine attendait bien plus de Barack Obama, à qui il est reproché, à raison, de ne pas avoir fait de la question raciale l'une de ses priorités. Il ne participe pas, par exemple, aux manifestations qui dénoncent l'inaction du système judiciaire face aux crimes commis par des policiers blancs, ne se rend pas sur les lieux des crimes et se contente d'allocutions télévisées appelant à la réconciliation.

 

(Pour mémoire : "Yes we did" : les adieux émus de Barack Obama)

 

Trop ou... trop peu
L'un des événements qui marquent le début du premier mandat de Barack Obama est l'arrestation en juillet 2009 de l'écrivain noir Henry Louis Gates. Ce professeur à Harvard s'est fait arrêter en essayant d'entrer chez lui à Cambridge, en banlieue de Boston. Le président Obama a dénoncé publiquement une «  intervention policière stupide  », s'attirant les foudres des Blancs en général, et des policiers en particulier. À partir de cet épisode, le président Obama sera bien plus prudent dans son choix de mots. Mais il n'en fallait pas plus pour les Blancs, qui, eux, estiment qu'il va trop loin dans ses déclarations, tandis que les Noirs l'accusent d'en faire trop peu. En cherchant à ne privilégier aucun groupe, il n'en a aidé aucun.

Qu'aurait-il réellement fait pour atténuer les inégalités raciales ? Il a certes fait avancer de nombreux dossiers épineux sur le plan social : mariage gay, légalisation de sans-papiers, chômage, augmentation du salaire minimum, Obamacare, dont profitent de nombreux Noirs, etc. Il a également appelé à une réforme du système carcéral américain, où les Noirs sont majoritaires, et créé une fondation pour venir en aide aux garçons des quartiers pauvres. Mais tout cela n'a pas suffi, d'autant que le Congrès – républicain – lui a souvent posé des obstacles.

Les divisions interraciales restent palpables malgré huit ans de mandat. Est-ce surprenant ? Fallait-il attendre des changements radicaux en quelques années à peine, alors que ces problèmes existent depuis des générations ? Certes, Barack Obama ne peut être tenu pour responsable de ces divisions déjà présentes après des décennies de ségrégation raciale. Il peut toutefois être dit que le président sortant n'a pas assez fait pour améliorer les relations entre la communauté afro-américaine, les forces de l'ordre et le système judiciaire. Et l'élection à la Maison-Blanche d'un Donald Trump aux antipodes d'un Barack Obama illustre les frustrations et les colères de plus d'une couche sociale après des années de règne démocrate.

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Soyez contente qu'il n'ait pas fini.... comme Lincoln !
C'est déjà ça.

George Bitar

“Black Lives Matter” only in white countries, while they are worth just nothing in black African countries.
Si les Noirs ne sont pas contents en Amérique ou en Europe, qu’ils aillent en Afrique noire pour y constater combien vaut la vie d’un autochtone: juste rien.

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