Liban

Walid Joumblatt laisse éclater sa fureur

Loi électorale

Le chef du PSP redoute des deals électoraux à ses dépens.

OLJ
10/01/2017

« Non, M. le représentant des onagres au Conseil des ministres, une composante fondamentale et historique du Liban ne peut pas être supprimée d'un trait de crayon dans le cadre de surenchères autour de la proportionnelle », a écrit le chef du PSP, Walid Joumblatt, dimanche, sur son compte Twitter.
En quelques mots, dont un en particulier, « onagres », emprunté à Mohammad Sahhaf – l'inénarrable ministre irakien de l'Information sous Saddam Hussein, qui avait fini par amuser le monde entier avec ses envolées belliqueuses anti-américaines – Walid Joumblatt a laissé éclater sa colère. Son message, explique-t-on dans son entourage, ne s'adresse pas à un ministre déterminé mais à l'ensemble de la classe aujourd'hui au pouvoir, qu'il soupçonne de concocter une loi électorale dont il risque de faire les frais.
Le tweet de Walid Joumblatt est en fait l'expression d'un ras-le-bol devant les « conséquences pratiques » de l'entente qui a fini par doter le Liban d'un président de la République et par produire un gouvernement. Il s'agit, selon son entourage, de « la goutte qui a fait déborder le vase ».Au fil des jours, le chef du PSP a constaté que cette entente a surtout généré une troïka christiano-sunnito-chiite, représentée par le courant du Futur et les deux tandems CPL-FL et Amal-Hezbollah, qui se partagent entre eux tous les dossiers cruciaux, souligne-t-on dans son entourage. Cela avait commencé par la formation du gouvernement. Non seulement le leader druze y est représenté par deux ministres seulement sur un total de 30, Marwan Hamadé et Ayman Choucair, mais il n'avait même pas été consulté au sujet de la nomination de deux ministres du Chouf et de Aley, Tarek el-Khatib et César Abi Khalil, tous deux proches du CPL.
Plus tard, le dénouement presque magique du dossier de la prospection gazière et pétrolière en Méditerranée, bloqué depuis trois ans, avait suscité les craintes du chef du PSP, mais aussi celles des Kataëb et de l'ancien ministre Achraf Rifi. Les trois sont persuadés que ce déblocage n'aurait pas pu se produire s'il n'y avait pas eu une entente préalable pour un partage de parts qui risque de se faire au détriment des Libanais. Walid Joumblatt avait également exprimé des réserves quant aux nominations administratives décidées récemment par le même groupe et desquelles il avait été écarté.
Et aujourd'hui, les contacts devant déboucher sur une entente autour d'une nouvelle loi électorale ne le rassurent pas. C'est ce dossier qui motive son coup de gueule de dimanche. Selon ses proches, M. Joumblatt en veut surtout à son allié de toujours, le chef du gouvernement Saad Hariri. Il estime que ce dernier l'a lâché. Pourtant, le courant du Futur est, comme le PSP et les Forces libanaises, hostile à la proportionnelle défendue principalement par le tandem chiite et le CPL. Les trois sont en faveur d'une formule mixte, alliant le système proportionnel à 40 % à celui dit majoritaire à 60 %.
Mais le PSP reste méfiant, en raison particulièrement des incidences des nouvelles alliances politiques sur le dossier électoral. Dans ce contexte, il serait utile de rappeler qu'avant la fin de l'année, une délégation du Hezbollah s'était rendue auprès de M. Joumblatt, dans le principal but de la rassurer sur le fait que la proportionnelle intégrale ne sera pas adoptée.

Fayad : Non à une proportionnelle formelle
Le parti que dirige Hassan Nasrallah continue cependant de plaider en faveur de ce mode de scrutin, en insistant toujours sur le fait qu'il favorise une représentation idéale des électeurs et « montre le vrai poids de chaque courant politique ». « La proportionnelle a été établie dans le monde pour rassurer et non pas pour effrayer les communautés, pour leur offrir des garanties et non pas pour les leur retirer. Elle a l'avantage de déterminer le poids (politique) de chaque partie. La proportionnelle permet ainsi de déceler les forces artificiellement gonflées, c'est-à-dire ayant plus de députés que leur représentativité politique ne le permet », a ainsi souligné le député Ali Fayad hier, lors d'une campagne de reboisement à Chakra, au Liban-Sud.
Il a estimé que ce mode de scrutin « ne porte pas atteinte aux droits des communautés dans la mesure où la parité islamo-chrétienne est préservée en vertu de la Constitution qui prévoit également le nombre de sièges par communauté et région ». « Si certains ont un problème avec la proportionnelle, c'est pour des raisons strictement politiques et partisanes et non pas communautaires », a insisté M. Fayad en affirmant que le Hezbollah « reste attaché à une proportionnelle intégrale pour des raisons nationales et non pas sectaires ». « Les exigences de la réforme et du développement politique commandent également l'adoption de ce mode de scrutin », a encore dit le parlementaire tout en indiquant ne pas avoir d'inconvénient à « discuter des mécanismes susceptibles de l'atténuer, afin de rassurer les parties nourrissant des appréhensions ». « Mais nous n'accepterons pas une proportionnelle formelle, vidée de sa fonction et de ses objectifs », a martelé Ali Fayad.

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Pierre Hadjigeorgiou

En effet Mr. Joumblatt n'en veut pas puisqu'il a le plus a perdre. Mais 2 ministres sur 30 c'est proportionnel a sa représentation sur le terrain, les Druzes étant 5 a 6%. Il espère quoi de plus! Pour le reste, il veut nous faire croire qu'il est progressiste mais se confine dans son féodalisme encré au plus profond de son âme! Le Liban étant ce qu'il est, bâti sur le confessionnalisme, n'est pas encore prêt pour le changement radical. C'est pourquoi il faut se rendre a l’évidence et accepter le système qui lui sied le mieux: La loi dite orthodoxe avec la proportionnelle au sein de chaque groupe. Seulement ainsi il y aura représentation exacte. Cela forcera chaque parti a chercher des candidats des autres confessions pour atteindre un certain nombre de députés favorable a leurs choix politiques au parlement. Une fois cette pratique bien huilée, et tous les Libanais habitués a respecter les résultats sans avoir recours aux armes ou autres méthodes pour se faire entendre, nous pourrons alors penser améliorer le système. Nous pourrons alors passer au système proportionnel au sein de chaque grand groupe Chrétien / Musulman (Fini les rites). Après cela, en arriver a la proportionnelle totale avec aucunes restrictions communautaires ou religieuses. Cela prendra quelques décennies, mais mieux vaut une évolution par étapes intelligentes qu'un changement qui risque de nous emporter vers de nouvelles mésaventures.

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants