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Culture - Neuvième art

Ces six bandes dessinées dont 2016 se souviendra

À l'heure des bilans, c'est aux bulles que l'honneur revient cette année. Retour sur six parutions qui ont marqué une case dans le paysage éditorial des douze derniers mois.

« L'arabe du futur, tome 3 », de Riad Sattouf
« Je m'appelle Riad. En 1985, j'avais 7 ans et j'étais remarquable. »
L'arabe du présent raconte son passé et l'aventure de la vie se poursuit pour le jeune Riad Sattouf dans ce tome 3 de L'Arabe du Futur, Une jeunesse au Moyen-Orient (1985-1987). L'auteur grandit, change et avec lui son regard sur le monde qui l'entoure.

Riad Sattouf continue dans ce tome 3, de donner un (gros) aperçu de sa jeunesse passée en partie au Moyen-Orient. Né d'un père syrien et d'une mère française, les premières années de sa vie seront partagées entre la Libye, la Syrie et la France.

Et c'est un aperçu assez exhaustif de la vie quotidienne, dans ce petit village pauvre de Ter Maaleh (Syrie), que livre l'auteur-dessinateur tant un grand nombre de détails et d'anecdotes sont déversés, un peu pêle-mêle. Goldorak, Conan le Barbare, l'opérateur téléphonique, l'instituteur catholique autoritaire, le ramadan, l'eau couleur marron du robinet, la politique, les Saoudiens, le verger de son père, les Mercedes, le Liban, les pots-de-vin, les amitiés intéressées, les traditions familiales, la vie d'écolier, le regard des autres, la pression sociale. Avec une manière de les aborder, tantôt sérieuse, tantôt badine.

Parmi tous ces sujets, l'auteur s'attarde notamment sur le personnage de son père. Sur l'ambiguïté du regard qu'il lui porte et l'ambiguïté de son père lui-même. Un intellectuel éduqué, mais perclus d'idées reçues. Qui n'est pas religieux, mais est très tatillon sur les traditions religieuses. Qui rêve de grandeur et de Mercedes, mais qui a du mal à quitter son petit village familial de campagne. Qui prône une certaine forme de tolérance tout en étant capable des pires préjugés raciaux et religieux. Et qui ne peut que constater le délitement de son couple, l'éloignement de sa femme qui ne souhaite pas élever ses enfants dans ce petit village.

Si l'on peut légitimement se questionner sur la pertinence de certains souvenirs, de certains détails du quotidien de l'auteur, qui ne concernent pas vraiment tous les lecteurs, L'Arabe du Futur n'en reste pas moins une plongée intéressante dans un endroit et une époque souvent assez mal connus et que Riad Sattouf nous fait découvrir avec sa vision évidemment subjective, empreinte de ses souvenirs, mais avec une finesse et un humour toujours efficaces. Très juste dans ses observations, y compris dans l'analyse de son propre comportement. On se demande parfois même d'où viennent ces souvenirs tant ils semblent précis par rapport au jeune âge de l'auteur à l'époque.

On pourrait se demander jusqu'à quand ce récit nous tiendra en haleine. Parce que pour les souvenirs comme pour les rêves, il n'y a souvent que les nôtres qui nous intéressent. Ce troisième tome couvrant une période assez courte de la vie de l'auteur, trois années pour être précis, soit neuf années de couvertes depuis le tome 1. À ce rythme-là, on peut se demander combien de temps cela va durer, combien de tomes encore, avant de tomber dans une certaine redondance, que certains verraient déjà poindre dans ce tome.

 

(Pour mémoire : L’Arabe du futur va à l’école)

 

« HP », deux tomes, de Lisa Mandel
« Et puis comme on ne peut pas faire autrement, on s'habitue, et c'est ça qui est terrible. »
Asile d'aliénés, tel est le titre du premier tome de HP de Lisa Mandel, auteure française de bande dessinée. Car en ces temps, la fin des années soixante, c'était encore le nom donné aux unités médicales qui traitent les patients atteints de maladies mentales. Lisa Mandel livre ici les témoignages de sa mère, son beau-père et trois de leurs amis, tous infirmiers dans des institutions psychiatriques. Anecdotes amusantes, expériences difficiles, aveux plus ou moins honteux, ces souvenirs, bons comme mauvais, sont racontés tels quels. Bruts, sans jugement, évidemment subjectifs, mais honnêtes. Les traitements sont barbares, brutaux, les dérives plus que fréquentes.

Depuis la fin des années soixante, au moment où ils commencent leur carrière, ces jeunes infirmiers voient leur milieu et les mentalités évoluer. De véritables asiles de fous très proches du milieu carcéral, à l'apparition de nouvelles méthodes parfois farfelues. De l'engouement des jeunes pour ces nouveaux procédés, à la difficulté des plus anciens à s'adapter, HP offre un aperçu subjectif d'un milieu très largement méconnu du grand public.

« Ville avoisinant la Terre », de Jorj Abou Mhaya
« La folie est comme l'oubli : un don des dieux. »
En rentrant chez lui après une autre journée de travail, Farid se retrouve perdu dans son propre quartier. Son immeuble a disparu, les rues sont vides. Jésus, un révolutionnaire, un travesti, et des foules enragées poursuivant des chiens errants. Un notable de la ville déguisé en Batman et un ancien ami qui a refait sa vie avec une énigmatique jeune femme. Toute cette étrange faune va se lancer dans une sorte de chorégraphie chaotique. Commence alors pour Farid une déambulation onirique, une poursuite infernale, courant pour sa vie et courant après sa vie. Se questionnant sur son passé, ses choix, son amour. Une ambiance glauque et surnaturelle, servie par un superbe dessin en lavis noir et blanc, à la fois réaliste, mais aussi caricatural et poétique, non sans rappeler les grandes heures de l'illustration américaine, avec une technique parfaitement maîtrisée. Un ovni comme le neuvième art en a le secret.

 

(Pour mémoire : Être dessinateur de BD au Liban, un « challenge »)

 

« Sables noirs, 20 semaines au Turkménistan », de Troubs
« Au Turkménistan, c'est les silences qu'il faut entendre. »
Troubs, globe-trotter dessinateur, entraîne cette fois le lecteur au Turkménistan, l'un des pays les plus fermés, et donc secrets au monde. Des liens commerciaux entamés entre la France et le Turkménistan, quelques rares liens culturels sont apparus. Les autochtones connaissent Pierre Richard, Gérard Depardieu et bien sûr Martin Bouygues. Amené là-bas pour participer à l'édition d'un recueil de poèmes de Jacques Prévert illustré par un artiste local, plus facile à dire qu'à faire dans un pays qui ne compte que quatre librairies, Troubs, en observateur attentif mais neutre, nous fait découvrir un pays hors norme, hors du temps. Les relations humaines où les sentiments sont francs et les silences lourds de signification. Les artistes qui doivent se contenter d'un art complètement dépolitisé, qui ne doit pas déranger. Des gigantesques avenues – vides –
recouvertes de carreaux de faïence blanche, telles d'immenses salles de bains. Une architecture démesurée à la gloire et à l'image des leaders du pays. Le tout noyé dans un désert de sables noirs.

« Mémoires d'écritures », de Jean Van Hamme
« Qu'est-ce qui m'a incité à vouloir vivre de ma plume ?
Je dirais la vaste bibliothèque de mon père. Mon père ce héros... »
Il n'est plus tellement besoin de présenter Jean Van Hamme, auteur des séries à succès Thorgal, Largo Winch ou encore XIII. Mais visiblement Mr Van Hamme avait encore des histoires à raconter, les histoires de ses histoires. Mémoires d'écritures trace l'évolution du jeune ingénieur commercial, persuadé par sa vanité qu'il peut devenir un best-seller en littérature. Les rencontres décisives qui vont l'emmener vers la bande dessinée. Les reprises, les boulots de nègre, les tentatives infructueuses d'histoires humoristiques. Comment des scénarios prévus pour la télévision deviendront des bandes dessinées, pour être ensuite adaptées en série télé... Les histoires et les anecdotes qui entourent chaque album, les relations dessinateur-scénariste-éditeur. Un livre pour résumer cinquante ans de carrière, vu de l'autre côté du crayon.

« Ça restera entre nous », Samandal 2016
« Un livre à retourner dans tous les sens. »
Divers, varié, cosmopolite, c'est le moins que l'on puisse dire du collectif Samandal et donc de la revue éponyme. Cette année, vingt-six auteur(e)s issus du bassin méditerranéen ont été amenés à s'emparer du thème « jeunesse, sexualité et poésie ». En arabe, français et anglais, trois langues qui se mélangent délicieusement à l'intérieur de l'ouvrage. La pluralité des auteur(e)s amène une diversité de styles, mais aussi de traitement. Récit d'un souvenir de jeunesse, poème lyrique aux illustrations quasi abstraites, fable fantastique, histoire humoristique, le thème est repris dans tous les sens et dans toutes les positions. Actes courageux pour une exploration intime de sujets secrets. Un livre à ne pas mettre entre toutes les mains, mais à recommander chaudement.

 

 

Pour mémoire

Patrimoine et actualité s’enlacent dans le musée de la BD


« L'arabe du futur, tome 3 », de Riad Sattouf« Je m'appelle Riad. En 1985, j'avais 7 ans et j'étais remarquable. »L'arabe du présent raconte son passé et l'aventure de la vie se poursuit pour le jeune Riad Sattouf dans ce tome 3 de L'Arabe du Futur, Une jeunesse au Moyen-Orient (1985-1987). L'auteur grandit, change et avec lui son regard sur le monde qui l'entoure.
Riad Sattouf...

commentaires (1)

L'Arabe du futur. N'ayant pas lu la BD, ma remarque est peut-être inappropriée, mais, a priori,le titre m'étonne. Le héros, né de père syrien et de mère française,est ou syrien, ou français,ou les deux. Alors à quel arabe le titre fait-il allusion?

Yves Prevost

07 h 12, le 29 décembre 2016

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Commentaires (1)

  • L'Arabe du futur. N'ayant pas lu la BD, ma remarque est peut-être inappropriée, mais, a priori,le titre m'étonne. Le héros, né de père syrien et de mère française,est ou syrien, ou français,ou les deux. Alors à quel arabe le titre fait-il allusion?

    Yves Prevost

    07 h 12, le 29 décembre 2016

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