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Liban

Gebran Tuéni, un courage dont l’écho retentit encore...

Commémoration

Une messe a été célébrée dimanche pour le repos de l'âme du député et directeur d'« an-Nahar », Gebran Tuéni, assassiné le 12 décembre 2005 dans un attentat à la voiture piégée.

Yara ABI AKL | OLJ
13/12/2016

S'il est vrai que Gebran Tuéni était porteur du lourd héritage journalistique politique et diplomatique de Ghassan Tuéni, doyen des journalistes libanais, le parcours de ce jeune député et journaliste dévoué à sa patrie va le consacrer comme leader charismatique et... idole de toute une génération de jeunes.

Gebran Tuéni, ancien député et PDG du quotidien an-Nahar, n'a pas tardé à se montrer un farouche défenseur des plus grandes causes nationales et humaines. Il usait ainsi de ses éditoriaux du jeudi pour stigmatiser les atteintes aux journalistes, défendre courageusement la souveraineté du Liban face à la mainmise syrienne et plaider pour le retrait des troupes du régime Assad du Liban pour lui permettre de jouir d'une indépendance qui n'est autre que son droit le plus naturel. C'est dans ce cadre que s'inscrit aussi sa lutte, aux côtés des journalistes d'an-Nahar, pour la libération des détenus libanais en Syrie dont il a évoqué la cause dans l'une des (rares) séances parlementaires à laquelle il a participé après sa victoire aux législatives de 2005.

Aux côtés de ses articles audacieux, Gebran Tuéni était l'une des plus grandes figures de la révolution du Cèdre du 14 mars 2005. Les jeunes qui étaient au centre de son intérêt, du fait de sa foi en l'importance de renouveler la classe politique libanaise, ont trouvé en son discours souverainiste et son charisme sans égal une idole dont se rappelle encore la place des Martyrs. Nombre d'entre eux se souviennent encore de cette journée historique du 14 mars 2005, notamment le fameux serment du jeune PDG d'an-Nahar les invitant à s'unir, chrétiens et musulmans, pour défendre le Liban. Certains pensent que, sans le vouloir, Gebran Tuéni a ainsi laissé aux Libanais une sorte de testament.

 

 

(Lire aussi : Michelle Tuéni à « L'OLJ » : Nous réclamons le droit de Gebran à la justice)

 

« Je pense à lui chaque jour »
Ainsi, Gebran Tuéni a payé de sa vie pour son audace, son courage et son opposition sans détour à toute mainmise étrangère sur le pays. Un attentat à la voiture piégée a mis un terme – il y a onze ans – à la vie de ce jeune député. « Il a payé de sa vie parce qu'il plaidait pour la cause de la souveraineté du Liban, et pour l'édification d'un État fort, à l'image des ambitions des jeunes de ce pays », estime Nabil Bou Mounsef, grand ami et collègue de Gebran Tuéni et actuel rédacteur en chef adjoint d'an-Nahar. « Ma relation avec Gebran remonte à des décennies lointaines. Nos rapports mêlaient les dimensions personnelle et professionnelle », confie-t-il à L'Orient-Le Jour sur un ton empreint de fidélité. « En ces temps de décembre, je me rappelle de ce lundi noir du 12 décembre 2005, dont je ressens encore l'impact », dit-il avant de poursuivre: « Je pense à lui chaque jour depuis 11 ans. »

Gebran était courageux et charismatique. Mais il n'était pas le seul à « déranger » ceux qui ne veulent pas d'un Liban libre et viable. An-Nahar, qui est devenu un symbole de la révolution du Cèdre, a lui aussi été la cible des assassins de Tuéni. « En tuant Gebran, on a voulu faire taire an-Nahar pour l'empêcher de continuer à véhiculer le message de liberté comme l'a voulu Gebran », déclare M. Bou Mounsef avant d'affirmer que le quotidien ne cédera pas. « Nous avons compris le message. En dépit de l'une des plus grandes crises que nous traversons actuellement, nous poursuivrons notre lutte pour le Liban souverain et indépendant », assure Nabil Bou Mounsef sur un ton ferme et déterminé.

 

 

(Pour mémoire : Nadim Gemayel : Il faut beaucoup pour enterrer la révolution du Cèdre)

 

 

Le 14 Mars...
La commémoration de l'assassinat de Gebran Tuéni revêt cette année une dimension exceptionnelle, dans la mesure où elle coïncide avec les grandes transformations qu'a subies la coalition « souverainiste » du 14 Mars. « Je suis désolé de voir l'espace qui a témoigné du serment de Gebran disparaître et la coalition dont il a fait partie s'ébranler », dit à ce sujet M. Bou Mounsef.

Samir Frangié, ancien député et l'un des piliers de la révolution du Cèdre, estime qu' « il n'en reste plus que le moment exceptionnel que les manifestants et le discours de Tuéni ont incarné ».
« Je garde de lui une image spéciale, celle de toute une génération de Libanais », souligne Samir Frangié dans une déclaration à L'OLJ. « Tu me manques, et ton sacrifice n'est pas vain », a-t-il dit à l'adresse de son grand ami.

 

« S'il était parmi nous, il se serait révolté »
Onze lourdes années se sont écoulées depuis la disparition tragique de Gebran. Mais sa famille, ses amis et ses compagnons de route étaient dimanche au rendez-vous afin de prier pour le repos de son âme, et de celle de ses compagnons Nicolas Flouti et André Mrad, en l'église Saint-Georges des grecs-orthodoxes au centre-ville de Beyrouth. Étaient présents le ministre sortant de l'Information, Ramzi Jreige (représentant le président de la République Michel Aoun et le Premier ministre sortant Tammam Salam), le député Atef Majdalani (représentant le président de la Chambre Nabih Berry), ainsi que les ministres démissionnare Achraf Rifi et sortant Michel Pharaon, et plusieurs députés, dont notamment Marwan Hamadé et Henri Hélou.

Dans son homélie, le métropolite de Beyrouth, Mgr Élias Audi, n'a pas manqué de tirer à boulets rouges sur la classe politique, notamment à l'ombre du retard mis à former le cabinet Hariri. « Nous avons l'impression d'être devant un gâteau que tout le monde se partage. Nous voyons ainsi les portefeuilles classés entre régaliens et » de services « »., a-t-il souligné avant de poursuivre: « Il existe aussi des ministères consacrés à des formations politiques et des communautés religieuses ». « Il est frustrant de voir des gens se sacrifier pour le pays alors que certains se font la course aux portefeuilles ministériels », a encore souligné Mgr Audi avant d'ajouter: « Si Gebran était encore parmi nous, il se serait révolté contre cette réalité amère, et se serait employé à défendre l'État et les droits des citoyens. »
Face à ce tableau sombre décrit par Mgr Audi, une chose reste sûre : Gebran Tuéni est une grande perte pour le Liban, sa classe politique et ses jeunes générations...

 

Lire aussi 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES ESPRITS DES MARTYRS DES VRAIS LIBANAIS PLANENT ET INSPIRENT LEUR PATRIE PHENIX ET LE POUSSENT A RESSUSCITER DE SES CENDRES !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Emmanuel Pezé

J'ai travaillé avec Gebran au Nahar El Arabi Ed Duali, à Paris pendant quelques années, avenue F. Rooslevelt. Son juvénile enthousiasme et sa passion pour son métier étaient extraordinairement motivants. A chaque fois que je pense à lui, je revois aussitôt son sourire, et je me remémore son ton si convaincant que je réécrivais volontiers tout ce qui méritait de l'être dès qu'il le demandait... Je serai bien content de le revoir là-haut, si Dieu le veut!

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