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Liban - Législatives 2017

« Il est temps que les femmes revendiquent leur place sur la scène politique »

Plusieurs ONG plaident pour un quota féminin au Parlement.

Les participantes à la session.

On s'attend à ce que le nouveau gouvernement de Saad Hariri planche sur la mise en place de la nouvelle loi électorale, à la veille des législatives prévues en mai 2017.
Si de nombreux observateurs s'attendent à ce que la législation électorale tant attendue puisse renouveler la classe politique, les femmes libanaises, elles, aspirent à une meilleure représentation à l'hémicycle. Il n'y a que quatre femmes députées au Liban, qui se veut pionnier de la démocratie et du respect des droits politiques les plus élémentaires, dans une région longtemps gouvernée par les dictatures et dont les peuples plaident aujourd'hui pour la participation à la vie politique. Ce tableau sombre pourrait bien justifier le classement du Liban à la 180e place sur 186 en ce qui concerne la présence des femmes au Parlement.

C'est dans le cadre de la résolution de ce problème qu'il conviendrait de placer la session de formation organisée mardi et mercredi par le programme d'assistance des élections libanaises, affilié au Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) et financé par l'Union européenne, visant à sensibiliser les femmes à l'importance de leur rôle sur la scène politique libanaise. Les panels ont porté sur le quota féminin (en tant que mesure provisoire qui ouvrirait la voie à une participation efficace et permanente des femmes à la vie politique) et sur les divers systèmes électoraux appliqués dans le monde. Étaient présentes 31 femmes militant dans des partis politiques, ou au sein d'ONG œuvrant pour l'émancipation des femmes.

Lors de la cérémonie de clôture tenue hier à l'hôtel Phoenicia, Alexis Lober, chef du département de la coopération au sein de la mission européenne au Liban, a remis aux participantes des certificats de formation. « Il est temps que les femmes revendiquent leur place sur la scène politique libanaise », a-t-il déclaré. Selon M. Lober, « la participation politique est très importante dans la mesure où elle permet d'assurer la démocratie, la bonne gouvernance et la mise en place de politiques publiques reflétant les besoins de tous les citoyens libanais ».
Le diplomate européen n'a pas manqué d'exhorter les hommes et les femmes à s'employer « activement et efficacement à aplanir les obstacles entravant encore la participation des femmes à la vie politique ». « Il faut donner aux femmes l'opportunité de participer à la vie publique avec succès », a encore dit M. Lober dans son allocution.
De son côté, Edgar Chéhab, représentant adjoint du Pnud au Liban, s'est félicité de toutes les activités visant à améliorer la participation féminine à la vie politique libanaise.

 

(Lire aussi : Chaptini et Bahia Hariri se penchent sur la participation des femmes au Parlement)

 

La faute aux femmes ?
S'il est crucial de former les femmes et de les sensibiliser à l'importance de leur contribution efficace à la vie politique, un fait important et assez singulier reste à relever : la polémique autour des causes de la présence timide des femmes sur la scène politique n'est toujours pas tranchée. Alors que l'on serait amené à blâmer une société « patriarcale » et « masculine », lui reprochant d'entraver l'émancipation des femmes, pour des raisons qui seraient principalement liées à la mentalité de la société libanaise, il est intéressant de constater que plusieurs femmes estiment que la réalité obscure qu'elles aspirent à modifier est due au manque de confiance en soi qu'affichent... des femmes !

Interrogée par L'Orient-Le Jour en marge de la cérémonie de clôture, Myriam Azar, coordinatrice des projets locaux au sein de l'ambassade de Finlande à Beyrouth, a estimé que « la session de formation du Pnud est importante dans la mesure où elle encourage les femmes à s'impliquer davantage dans les affaires publiques du pays ». Mme Azar n'a toutefois pas manqué de rappeler que « le Liban est une société patriarcale, ce qui nécessite un changement au niveau de la mentalité qui permettrait aux femmes de participer plus efficacement à la vie politique ».

À son tour, Joséphine Zoughaib, membre du conseil municipal de Kfardebiane (Kesrouan) et candidate aux législatives de 2013, 2014 et 2017 a indiqué que « cette session est le premier pas sur la voie de l'accession de femmes compétentes au Parlement libanais ». Pour la candidate aux législatives, « il faut fixer un quota féminin au niveau de la Chambre ». « Il est temps que la femme libanaise s'impose sur la scène politique », a-t-elle dit en réponse à une question de L'OLJ, signalant toutefois qu'« il lui manque une prise de conscience de la part de la société ».

 

(Pour mémoire : Le Conseil national de la femme libanaise pour un quota féminin de 30 % des sièges)

 

Cet avis semble ne pas faire l'unanimité des femmes ayant pris part à la session de formation. Nada Anid, membre fondateur de l'association Femmes pionnières (Nisa' Raidat), a déclaré à L'OLJ que « la société est prête à accepter les femmes sur la scène publique ». Elle en veut pour preuve les élections municipales de mai dernier « qui ont témoigné d'une participation féminine non négligeable ». Même son de cloche chez Khouloud Kassem : « Rien ne manque à la femme libanaise pour qu'elle soit active sur le plan politique. » Il n'y a pas que les femmes qui devraient être formées et sensibilisées à leur émancipation. Les partis politiques devraient, à leur tour, en prendre conscience, notamment à la veille des négociations politiques concernant la loi électorale. « Nous avons participé à cette session parce que la cause des droits de la femme est la nôtre », a noté Nadine Khoury, chef du département des femmes au sein des Kataëb. Dans une déclaration à L'OLJ, Mme Khoury a fait valoir que la participation de sa formation à cette activité vise principalement à transmettre les revendications des femmes au directoire du parti.

Interrogée par L'OLJ aussi, Maya Zeghrini, chef du département de la promotion du rôle de la femme au sein des Forces libanaises (FL), a dit avoir profité de la session du Pnud pour sonder l'avis des autres formations politiques au sujet épineux de la participation politique des femmes. « Nous œuvrons pour cet objectif auquel les FL accordent une grande importance, parce qu'elles croient au rôle des femmes », a-t-elle dit avant de dresser ce constat fort : « Dans cette société patriarcale, les femmes peuvent être plus patriarcales que les hommes en cédant leur place sur la scène politique à leurs maris, frères et fils. D'où l'importance des sessions de formation. »

En dépit de ce tableau complexe, Dan Radulescu, chef du projet d'assistance aux élections libanaises, se veut optimiste : « Toutes les parties prenantes à la session de formation ont reconnu qu'il existe un problème au niveau de la représentation politique des femmes et cela est en soi un pas en avant. » À L'OLJ, M. Radulescu a déclaré : « Ce dossier représente un défi non seulement au Liban, mais au niveau mondial. » « Il s'agit d'un processus à long terme qui requiert un changement de la mentalité », a-t-il encore dit estimant que « la solution passe par le quota féminin et la réforme du système électoral ».

 

Pour mémoire
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On s'attend à ce que le nouveau gouvernement de Saad Hariri planche sur la mise en place de la nouvelle loi électorale, à la veille des législatives prévues en mai 2017.Si de nombreux observateurs s'attendent à ce que la législation électorale tant attendue puisse renouveler la classe politique, les femmes libanaises, elles, aspirent à une meilleure représentation à l'hémicycle. Il...

commentaires (1)

Un quota non ... car on n'impose pas la liberté de devenir avec des quotas ...mais ouvrir des élections , "plus" ouvertes et libres serait un signe encourageant...

M.V.

11 h 49, le 08 décembre 2016

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Commentaires (1)

  • Un quota non ... car on n'impose pas la liberté de devenir avec des quotas ...mais ouvrir des élections , "plus" ouvertes et libres serait un signe encourageant...

    M.V.

    11 h 49, le 08 décembre 2016

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