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Économie - Initiative

Au Liban, les femmes d’affaires à l’assaut des conseils d’administration

La Lebanese League for Women in Business (LLWB) a lancé hier une initiative pour pousser le secteur privé à s'engager à porter à 30 % la part des femmes dans les conseils d'administration d'ici à 2025.

La présidente de la LLWB, Asmahan Zein, signe l’appel à l’action, entourée des autres signataires, Nabil Fahed, vice-président de la CCIAB, Fouad Zmokhol, président du RDCL, Aline Kamakian, membre du conseil d’administration de la LFA, et Yasser Akkaoui, directeur de Capital Concept. Photo C.Hd

C'est devant une salle comble, de femmes, que la Lebanese League for Women in Business (LLWB) a lancé hier une initiative pour améliorer la représentation des femmes au sein des conseils d'administration (CA) des entreprises libanaises. Annoncée lors d'une conférence célébrant les dix ans de l'association, à l'Université américaine de Beyrouth (AUB), « cette initiative a pour but de renforcer le rôle des femmes dans l'entreprise et de briser le plafond de verre une fois pour toutes. Elle inclut un appel à l'action vis-à-vis des entreprises et organisations privées afin qu'elles s'engagent à porter à 30 % la part des femmes dans leurs CA d'ici à 2025 », lance d'emblée la présidente de la LLWB, Asmahan Zein.

« Depuis deux semaines, 20 sociétés libanaises se sont engagées, et nous espérons que toutes les sociétés du Liban se rallieront à cette initiative », ajoute-t-elle. La Chambre de commerce, d'industrie et d'agriculture de Beyrouth et du Mont-Liban (CCIAB), le Rassemblement des chefs d'entreprise du Liban (RDCL), la Lebanese Franchise Association (LFA) et Shareholders-rights de Capital Concept ont ainsi signé hier cet appel à l'action. « Les femmes sont déjà représentées à 21 % au sein de notre CA et nous souhaitons atteindre les 30 %. Nous allons diffuser cet appel auprès de nos 15 000 compagnies membres en les exhortant à y jeter un œil et voir les bénéfices d'avoir des femmes au sein de leur CA », se félicite Nabil Fahed, le vice-président de la CCIAB.

« Je suis convaincu que la présence de femmes au sein des CA est un avantage pour les sociétés, car cette diversité est un facteur d'enrichissement considérable », affirme à L'Orient-Le Jour le président du RDCL, Fouad Zmokhol. « Selon une étude du Peterson Institute menée sur 22 000 compagnies dans le monde, 60 % des entreprises ne comptent pas de femmes dans leurs CA alors qu'une part de 30 % de femmes au sein du CA se traduit par une hausse de la rentabilité de la compagnie de 15 % », détaille Nabil Fahed.
« Le fait d'avoir plus de femmes au sein du CA permettra en outre d'encourager les femmes à accéder à des positions plus stratégiques au sein de l'entreprise », ajoute Aline Kamakian, membre du conseil d'administration de la LFA et de la LLWB.

 

(Lire aussi : Les femmes francophones à l’assaut de l’entrepreneuriat)

 

Obstacles
Or, pour l'instant, selon la LLWB, la place des femmes au sein des CA n'atteint que 1 %. « Au Liban, la plupart des sociétés sont familiales, et la culture est plutôt de considérer que les femmes ne sont pas assez qualifiées pour faire partie du CA », déplore Asmahan Zein. Au final, « il existe des obstacles culturels, sociaux, des partis pris sexistes, qui n'existent pas seulement au Liban mais partout dans le monde. Sauf qu'au Liban, nous n'avons pas eu par le passé une couverture de ces questions, que ce soit par les médias, les écoles ou les ONG. Maintenant, la LLWB joue ce rôle, et cela va créer un certain élan à ce niveau », résume Nabil Fahed.
« Nous avons signé un protocole d'accord avec l'AUB et nous sommes en pourparlers avec l'École supérieure des affaires pour instaurer un programme de formation à la gouvernance d'entreprise à destination des femmes. Cela leur permettra de préparer en amont les élections des nouveaux conseils d'administration, car le vrai problème, c'est que les femmes manquent de confiance en elles », ajoute Aline Kamakian.

 

(Lire aussi : Saria Hanna et Maria Lati conjuguent innovation et francophonie)

 

Obtenir une loi
Et la LLWB ne compte pas s'arrêter là : « Nous voulons tout d'abord toucher le secteur privé, car il est assez mûr pour cela. La deuxième étape sera de faire du lobbying au niveau de l'État pour obtenir une loi de quota au sein du secteur privé », explique-t-elle. « Nous comptons également motiver les femmes à grimper les échelles de leur hiérarchie, tandis que les hommes doivent accepter que les femmes soient aussi qualifiées qu'eux », ajoute Asmahan Zein.

Mais cette idée de quota généralisé et imposé par la loi ne semble pas séduire : « Nous ne sommes pas pour des quotas rigides, comme c'est le cas dans certains pays européens », explique Nabil Fahed. « Je n'adhère pas vraiment aux quotas dans le secteur privé, car si cela devient une obligation, je pense que cela réduirait l'importance de la femme », ajoute Fouad Zmokhol.

Pourtant, l'initiative norvégienne qui a réussi à faire passer le nombre de femmes dans ses conseils d'administration de 3 % en 1993 à 40 % aujourd'hui a été rendue possible grâce à l'introduction d'une loi en 2003 imposant un quota de 40 % au sein des CA des sociétés anonymes. « Cette loi avait été très controversée en Norvège, mais avant la loi, l'État avait notifié le secteur privé de son intention d'imposer des quotas dans le cas où les entreprises n'augmentaient pas volontairement la part des femmes dans les CA. Et c'est ce qui s'est passé », explique la conseillère à l'ambassade norvégienne de Beyrouth, Anne Marie Borgvad.

 

 

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