L’édito de Émilie SUEUR

Trump sur un fil

L’édito
15/11/2016

S'il n'a pas retourné sa veste, loin s'en faut, Donald Trump, depuis sa victoire face à Hillary Clinton, a remisé certains de ses oripeaux de campagne. Aujourd'hui, il pioche ici et là dans sa garde-robe, teste les combinaisons, pour trouver le costume qu'il endossera le 20 janvier, date de son investiture. La période d'essayage s'annonce aussi compliquée que cruciale face à une Amérique et à un Parti républicain divisés.

C'est sur Twitter – ce réseau social qu'il a abondamment utilisé pendant la campagne, y déversant, souvent au milieu de la nuit, ses saillies les plus virulentes – que l'on trouve comme un symbole de cette posture d'équilibriste à laquelle Trump est contraint. Celui qui s'était vu interdit de Twitter par ses collaborateurs, la veille du scrutin, a repris du service le 10 novembre pour s'en prendre aux mouvements de protestation suivant son élection, dénonçant les « manifestants professionnels incités par les médias ». Quelques heures plus tard, Trump – ou un membre de son équipe ? – envoyait un nouveau tweet, bien plus policé : « J'apprécie le fait que les petits groupes de protestataires, la nuit dernière, aient la passion de notre grand pays. Nous allons nous rassembler et en être fiers ! »

Lors d'une interview diffusée dimanche par CBS, le président élu est revenu sur les principaux points de son programme de campagne. S'il n'a rien lâché sur les armes à feu et l'avortement, il a assuré qu'il ne remettrait pas en cause le mariage homosexuel.
La première inflexion majeure dans le discours de Trump concerne l'Obamacare, cette « horrible chose » qu'il voulait, durant la campagne, éradiquer. Aujourd'hui, le président élu évoque la possibilité d'amender la réforme de l'assurance-maladie.
Sur la construction d'un « mur géant » à la frontière mexicaine, l'un des slogans forts de sa campagne, le président élu a revu ses ambitions à la baisse : en fait de mur, une clôture, en certains endroits, ferait l'affaire. C'est qu'il s'annonçait coûteux ce mur, entre 8 et 12 milliards de dollars, et le Mexique avait d'ores et déjà annoncé qu'il ne fallait pas songer à lui envoyer la facture.
Trump a également, lors de la même interview, annoncé qu'il allait expulser entre 2 et 3 millions de clandestins, « les criminels qui ont des casiers judiciaires, qui appartiennent à des gangs, qui sont des trafiquants de drogue ». Au début de sa campagne, Trump s'était engagé à expulser la totalité des 11 millions d'immigrés sans papiers présents sur le sol américain, parfois depuis des décennies. Une politique qui aurait coûté, selon le site Politico, plus d'une centaine de milliards de dollars.
Quand la facture adoucit les mœurs...

Aujourd'hui, Donald Trump est confronté au défi classique du populiste parvenu aux affaires : injecter une bonne dose de réalisme dans son programme de campagne alors que certaines promesses sont au mieux difficilement réalisables, sans décevoir ceux qui l'ont porté au pouvoir et dont les attentes sont à la mesure du séisme provoqué par sa victoire.
Pour pallier un manque d'expérience patent et pouvoir mettre en œuvre une politique qui implique de revenir sur certaines promesses de campagne, Trump doit s'entourer d'hommes et de femmes au fait des arcanes du pouvoir, donc souvent issus de cet establishment voué aux gémonies lors de la course à la Maison-Blanche.

La nomination de Reince Priebus, président du Parti républicain, au poste de chef de cabinet de la Maison-Blanche, en est l'illustration. Comme un contrepoids, clairement destiné à rassurer une bonne partie de son électorat, Trump a nommé au poste de stratège en chef Steve Bannon, patron du site ultra-conservateur, proche de l'extrême droite et totalement anti-establishment Breitbart News.

En terme de grands électeurs, la victoire de Trump fut large. Mais aujourd'hui, c'est sur un chemin étroit qu'il s'engage avec, en arrière-plan, la possibilité d'une réaction violente de ses électeurs, déçus que le président n'assure pas le service après-vente.

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VITESSE DE CROISIÈRE

D'habitude après une élection us on dit que cela a été possible grâce au rêve américain qui donne sa chance à tous , pourvu qu'on bosse etc... et patati et patata.

Avec Trump on parle de cauchemar, et c'est d'autant plus drôle que on a encore rien vu de ce qu'il pourrait être capable de faire ou pas faire .
L'ambiance est à la condamnation tout azimuth, c'est toujours vrai qu'un candidat n'est pas un président, mais calmons nous un peu et attendons ( entre janvier et mars 2017 , lol ) pour avoir une image plus nette de l'orientation de sa politique .

Par contre Obama en Grèce aujourd'hui donne aux grecs des sueurs froides quant à l'élection de Trump, eux qui sont au fond du trou, risque de percer la couche artésienne des profondeurs , Trump ne fera absolument rien de mieux que Obama, qui n'en faisait pas trop déjà.

La solution serait pour les grecs de se jeter dans les bras des bensaouds , mais ça risquerait de leur coûter très cher , en bactéries et autres produits toxiques . Lol....

Tabet Ibrahim

J’apprécie les métaphores vestimentaires et sur le service après-vente concernant la politique intérieure de Donald Trump. Va-t-il réendosser l’uniforme de gendarme du monde malgré ses promesses de désengagement ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TOUT CELA S,APPELLE LA DEMAGOGIE ET CELUI QUI L,A PRATIQUE UN DEMAGOGUE ! TOUTES LES PSEUDO DEMOCRATIES DU MONDE, PUISQU,IL N,Y A PAS DE VRAIE, SONT LIVREES A DES DEMAGOGUES ! D,AUTRES PORTENT LE NOM DE REPUBLIQUES ET SONT AUX MAINS DE DESPOTES ! DEMOCRATIE, QUE D,INIQUITES EN TON NOM !!!!!!!!!!!!!!

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