Disparus de la guerre civile : S'ils pouvaient témoigner...

« En avril 1975, des hommes armés nous ont entraînés de force de la maison »

Pour que la cause des personnes disparues au Liban ne tombe pas dans l'oubli, l'ONG Act for the Disappeared a lancé le projet « Fus'hat amal » *. Dans ce cadre, nous publions une série de témoignages fictifs qu'auraient apportés des Libanais arrachés à leur milieu familial et social.

OLJ
13/04/2016

Cette vieille photo d'une petite fille entourée de ses parents est bien plus que le cliché d'une époque révolue. C'est l'unique trace de notre histoire.
Avril 1975. La guerre venait d'éclater. Nous étions à la maison, à Mansourieh, avec nos enfants, Narimane (la petite fille sur la photo), 1 an, et Séfian, 4 mois. Des hommes armés ont fait irruption chez nous et nous ont entraînés de force, mon mari et moi.
Narimane et Séfian sont restés à la maison avec Hanifé, 15 ans, la petite sœur de mon mari, qui vivait avec nous. Quatre jours durant, tous les trois sont restés cloîtrés à la maison, terrifiés à l'idée que ces hommes pourraient revenir. Des voisins ont fini par découvrir le drame qui a frappé notre famille et les ont aidés à rejoindre leurs grands-parents qui vivaient à Afrine, en Syrie.

Plus de quarante ans plus tard, pas un seul jour ne passe sans que ma fille Narimane ne pense à nous. Comme elle était trop jeune pour pouvoir se rappeler de nous, elle s'est tournée vers les proches qui nous ont connus, puisant des informations auprès d'eux pour pouvoir écrire notre histoire et la transmettre à ses enfants.
Elle leur a raconté que leur grand-mère était une maman attentionnée et qu'elle était très douée pour la broderie et le tricot. Leur grand-père, lui, était menuisier, et, malgré son caractère sérieux, il était un père très aimant.

Le portrait est incomplet, mais cela n'a aucune importance.
Ce qui importe à Narimane aujourd'hui, c'est de comprendre ce qui est arrivé à ses parents, c'est de savoir ce qui s'est passé après que ces hommes armés ont franchi le seuil de leur maison.
Notre histoire ne s'arrête pas là.
Mon nom est Fadili Ibrahim, mon mari Nouri.

 

* « Fus'hat amal » est une plateforme numérique qui rassemble les histoires des personnes disparues au Liban. Le projet est financé par le Comité international de la Croix-Rouge, l'Union européenne, le National Endowment for Democracy et la Fondation Robert Bosch.
Des histoires d'autres personnes ayant disparu durant la guerre sont disponibles sur le site Web de Fus'hat amal à l'adresse: www.fushatamal.org
Si vous êtes un proche d'une personne disparue, vous pouvez partager son histoire sur le site du projet ou contacter Act for the Disappeared aux 01/443104, 76/933306.

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