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Santé

Cancer du sein : entre vérités et idées reçues

Oncologie

Une femme sur huit dans le monde développera au cours de sa vie un cancer du sein. Certaines idées préconçues continuent à entourer la maladie. Les informations – souvent controversées – qui circulent sur la toile contribuent à entretenir cette confusion.

Nada MERHI | OLJ
08/11/2016

Au Liban, comme dans le monde, le cancer du sein est la tumeur la plus fréquente chez la femme. Selon le registre national du cancer 2010, celle-ci constitue 41 % de l'ensemble des cancers féminins et 21 % de l'ensemble des cancers, près de 40 % des cas survenant chez des femmes âgées de moins de 50 ans. Parabène, sels d'aluminium, prise d'hormones, consommation d'alcool, autant de facteurs mis en cause dans l'augmentation du cancer du sein dans le monde. Pour tirer au clair ces idées reçues, le Dr Christina Khater, oncologue, répond aux questions de L'Orient-Le Jour.

 

La prise d'hormones féminines peut provoquer un cancer du sein.
Vrai et faux, dépendamment des hormones. Ainsi, le traitement hormonal substitutif de la ménopause à base d'œstrogène et de progestatif, popularisé pour contrôler les symptômes de la ménopause, est associé à une augmentation du risque de cancer du sein, mais aussi des accidents cardio-vasculaires. Il est donc important que la femme discute des avantages et inconvénients de ce traitement avec son médecin. Si elle décide d'en prendre, il est conseillé de choisir la dose la plus faible et la durée la plus courte possible.
Par ailleurs, la prise récente ou actuelle de la pilule contraceptive augmente légèrement le risque du cancer du sein. Une fois qu'elle est arrêtée, le risque revient au fil des ans à la normale. Les femmes qui ont arrêté la pilule depuis plus de dix ans voient leur risque revenir à la normale.
En ce qui concerne les traitements de fertilisation in vitro avec stimulation ovarienne, ils ne sont pas associés à une augmentation du risque du cancer du sein. Il semblerait toutefois que le risque augmente avec le nombre de cycles de citrate de clomiphene (Clomid), un médicament inducteur de l'ovulation, utilisé dans le cadre de la procréation médicament assistée. Plus on en prend, plus le risque augmente.

 

Les parabènes et sels d'aluminium, entrant dans la composition de certains déodorants ou gels douche, favorisent la croissance des tumeurs mammaires.
Faux. Malgré les rumeurs qui circulent sur la toile, il n'y a pas de données scientifiques concluantes qui impliquent les parabènes et les sels d'aluminium dans la survenue du cancer du sein.

La consommation régulière d'alcool augmente le risque de cancer du sein.
Vrai. L'alcool est l'un des facteurs de risque reconnus du cancer du sein. La consommation régulière de deux verres d'alcool ou plus par jour augmente le risque de cancer du sein.

Manger bio et pratiquer une activité sportive régulière protègent contre le cancer du sein.
Vrai. Le fait d'augmenter sa consommation quotidienne de fruits et de légumes, qu'ils soient bio ou pas, a un effet protecteur. Par ailleurs, il a été démontré que chez les femmes ménopausées, l'exercice physique régulier a un effet protecteur.

La mammographie peut provoquer un cancer du sein.
Faux. Les bénéfices de la mammographie dépassent largement tout risque dû à la radiation. Les machines modernes émettent de très faibles doses de radiation et donnent des images de haute qualité. En effet, la dose de radiation utilisée dans une mammographie de dépistage est sept à huit fois inférieure à l'exposition aux radiations terrestres pendant un an.

En cas de cancer, il faut toujours retirer le sein.
Faux. Le sein peut souvent être conservé. Dans ce cas, une radiothérapie postopératoire est en général indiquée. Les patientes pensent souvent à tort que le fait d'enlever le sein leur épargnerait une chimiothérapie. Or la recommandation concernant la chimiothérapie ne dépend pas de l'étendue de la chirurgie, mais des caractéristiques pathologiques et biologiques de la tumeur. Celle-ci est systématiquement analysée dans un laboratoire d'anatomie pathologique.

Si la tumeur est détectée à un stade précoce, il n'est pas nécessaire de faire une chimiothérapie.
Vrai et faux. Tout dépend des caractéristiques pathologiques et biologiques de la tumeur. Dans certains cancers, ces caractéristiques sont associées à une très faible récidive. Dans ce cas, la chimiothérapie n'est pas nécessaire, vu que le bénéfice est minime par rapport aux risques. Dans d'autres cas, la chimiothérapie est incontournable. Pour ce qui est des cas difficiles, certains tests spécialisés – et coûteux – peuvent donner une idée sur le degré de bénéfice de la chimiothérapie et permettent, par conséquent, d'aider à prendre la décision.

Le cancer du sein est héréditaire dans la majorité des cas.
Faux. Seuls 5 à 10 % des cas sont dus à des gènes défectueux hérités de l'un des deux parents.
Je n'ai aucun facteur de risque, je suis donc protégée du cancer du sein.
Faux. Dans environ 80 % des cas, aucun facteur de risque (lire par ailleurs) n'est retrouvé. Le fait d'être une femme et d'avancer en âge sont les deux facteurs de risque les plus fréquents.

Si je ne sens pas de grosseur en palpant le sein, je n'ai pas à m'inquiéter.
Faux. L'intérêt de la mammographie est de détecter les tumeurs quand elles sont plus petites, donc potentiellement plus guérissables.

Les femmes ayant eu un cancer du sein ne peuvent plus avoir d'enfants.
Vrai et faux. La chimiothérapie du cancer du sein diminue la fertilité, en particulier chez les femmes âgées de plus de 35 ans. D'autre part, il est déconseillé de tomber enceinte pendant la chimiothérapie, la radiothérapie et l'hormonothérapie. Au moment du diagnostic de cancer du sein, toute femme souhaitant préserver sa fertilité doit en discuter avec l'oncologue et le spécialiste en fertilité, pour évaluer la faisabilité de ce projet et les alternatives disponibles.

L'allaitement diminue le risque de cancer du sein.
Vrai. Certaines études ont montré que l'allaitement prolongé (pendant un an et demi ou deux ans) diminue le risque légèrement. Cependant, cela est difficile à réaliser en pratique.

Les implants mammaires peuvent induire un cancer du sein.
Faux. Plusieurs études ont démontré que les implants mammaires n'augmentent pas le risque de cancer du sein.

L'épilation des aisselles par laser favorise la croissance des tumeurs.
Faux. Il n'y a pas de lien entre l'épilation au laser ou par électrocoagulation et la survenue ou la croissance de tumeurs au sein.

 

(Pour mémoire : La campagne nationale de sensibilisation mobilise, cette année encore, les hommes)

 

Campagne nationale
La campagne nationale de dépistage précoce du cancer du sein se poursuivra jusqu'à la fin de l'année en cours. Au cours de cette période, la mammographie sera offerte gratuitement dans les hôpitaux gouvernementaux et au prix réduit de 40 000 LL dans les hôpitaux et centres médicaux privés participant à la campagne.
Au Liban, près de 40 % des cas de cancer du sein sont diagnostiqués chez des femmes âgées de moins de 50 ans. La mammographie reste l'examen de choix pour dépister une tumeur au sein à un âge précoce. Selon les recommandations, celle-ci doit se faire une fois par an, à partir de 40 ans, chez les femmes n'ayant pas d'antécédents familiaux. Elle sera accompagnée d'une échographie si les seins sont denses, ou si le radiologue le juge nécessaire. Si la maladie a été détectée chez une parente du premier degré (mère ou sœur), il est recommandé de commencer le dépistage dix à quinze ans plus tôt que l'âge auquel la parente a été diagnostiquée.

 

Facteurs de risque
Les spécialistes distinguent des facteurs de risque non modifiables et d'autres liés au mode de vie.
Les facteurs de risque non modifiables
– Être une femme.
– Avancer en âge.
– Premières règles avant 12 ans.
– Ménopause après 55 ans.
– Hérédité, c'est-à-dire certaines mutations génétiques, en particulier au niveau des gènes BRCA1 et BRCA2, mais aussi d'autres gènes.
– Histoire familiale de cancer du sein, en particulier chez la sœur ou la mère.
– Antécédent personnel de cancer du sein. Une fois qu'on a eu un cancer du sein, on est plus à risque d'en développer un second.
– Seins denses.
– Radiothérapie thoracique, pour un lymphome à titre d'exemple, surtout à un âge jeune.

 

Facteurs de risque liés au mode de vie
– Consommation d'alcool.
– Obésité chez la femme ménopausée.
– Sédentarité.
– Première grossesse à un âge tardif.
– Traitement hormonal substitutif de la ménopause à base d'œstrogène et de progestatifs.
– Pilule contraceptive.

 

 

 

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