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Moyen Orient et Monde

Quels sont les moyens déployés par l’EI pour garder Mossoul ?

Repères / Irak

Le groupe jihadiste dispose entre autres de plusieurs milliers de combattants, mais garde le gros de ses effectifs pour les combats de rue.

02/11/2016

Dès le 17 octobre, soit le début de l'offensive de l'armée irakienne et de la coalition internationale pour reprendre la ville de Mossoul à l'État islamique (EI), le groupe fait preuve d'une résistance féroce. Plusieurs moyens sont utilisés pour ralentir l'avancée des troupes irakiennes, aidées des raids aériens de la coalition. Des attentats-suicides, des véhicules piégés, des mines occasionnent tous les jours des dégâts considérables sans pour autant freiner l'avancée de l'armée. Toutefois, certains stratèges américains affirment que, pour l'instant, l'EI n'essaie pas de bloquer cette offensive, mais cherche juste à « infliger des pertes ». Quoi qu'il en soit, les tactiques du groupe jihadiste laissent deviner combien la reprise de la ville sera longue et particulièrement ardue. Comment l'EI a-t-il préparé sa défense ? Quelles sont ses armes ? Stéphane Mantoux, agrégé d'histoire et spécialiste des conflits syrien et irakien, répond aux questions de L'Orient-Le Jour.

 

(Lire aussi : Avec l'entrée dans Mossoul, une nouvelle phase de l'offensive commence)

 

Depuis le début de l'offensive pour reprendre Mossoul, on peut voir une résistance certaine de l'État islamique. Quels sont ses moyens ?
L'EI dispose probablement de plusieurs milliers de combattants pour défendre la ville (de 3 à 7 000 selon les diverses estimations). Ce nombre interdit de tenir toute la ville et encore plus de mener un combat prolongé à l'extérieur de la ville. Cependant, l'EI a eu du temps pour préparer sa défense, puisque l'assaut sur Mossoul a commencé en fait dès le mois de mars 2016, avec l'approche de la ville grignotée par l'armée irakienne et ses alliés. Le groupe a truffé les villages au nord, à l'est et au sud de Mossoul de tunnels, d'engins explosifs improvisés (IED), et a visiblement stocké aussi, sous abri, des véhicules kamikazes (VBIED) prêts à être jetés sur les assaillants quand ils arrivent près ou dans les localités (50 ont été utilisés la première semaine en tout). L'EI n'engage à l'extérieur de Mossoul, sur le pourtour de la ville, probablement qu'une petite partie de la garnison: quelques centaines d'hommes, peut-être jusqu'à un millier, mais guère plus. Il s'agit de gagner le maximum de temps pour peaufiner au mieux la défense à l'intérieur de la ville, elle aussi préparée de longue date, qui est sans doute pour l'EI le véritable combat pour Mossoul. On peut supposer que l'EI va se retrancher dans une partie de la ville et laisser un contingent combattre jusqu'au bout (rive ouest du Tigre, peut-être).

 

(Lire aussi : Sur le front de Mossoul, on vient de tout l'Irak pour ravitailler les troupes)

 

Quelles sont les différentes tactiques militaires et matérielles utilisées par le groupe ?
Au vu de la géographie et des distances à parcourir pour les assaillants, l'EI n'a semble-t-il pas privilégié la défense du nord et de l'est de la ville, plus ouverts (même s'il y a eu des combats assez durs), mais a insisté sur le Sud, où la distance à parcourir est plus grande, le terrain plus accidenté, mais qui menace aussi la seule porte de sortie des assiégés. Le siège n'est en effet pas hermétique : il reste encore une porte de sortie à l'ouest/sud-ouest, en direction de Tal Afar, puis de la Syrie, par laquelle l'EI peut recevoir des renforts en combattants ou évacuer des cadres, par exemple.

Au trio tunnels/IED/VBIED, l'EI ajoute pour la défense du pourtour de la ville des équipes mobiles de lance-missiles antichars (Konkurs, Fagot, Kornet probablement aussi) qui tirent sur les véhicules adverses, des tirs de mortier et de roquettes artisanales (comme celles installées dans le cimetière chrétien de Bartella, à l'est, reprise par la division des forces spéciales irakiennes), les incendies de puits de pétrole, de colonnes de pneus, et même de mines de soufre (au sud de Mossoul) ou de roches volcaniques faits du même matériau (amorce de guerre chimique, finalement) pour gêner l'action de l'aviation ou des combattants adverses par le port de masques à gaz (pour le soufre), et l'action d'une infanterie légère (armée de fusils d'assaut AK-47, M-16, de mitrailleuses PK ou MG-3, de lance-roquettes RPG-7, de fusils de sniper SVD Dragunov et même d'un FN FAL en version para, plus rare) équipée d'armes collectives facilement transportables (canons sans recul SPG-9, fusils de sniping lourd bricolés à partir de tubes antiaériens de 14,5 ou 23 mm, mortiers légers de 50-60 mm).

Dès le premier jour, l'EI a aussi multiplié les attaques extérieures pour menacer les lignes de communication ou les arrières des assaillants, ou montrer qu'il conserve des capacités ailleurs en Irak : au nord de Baiji dès le premier jour, à Shirqat, au sud de Mossoul, le lendemain, dans le Sinjar à l'ouest de Mossoul le 3e jour, puis à Kirkouk le vendredi 21 octobre à partir de la poche de Hawija que l'armée irakienne a laissée dans son dos en allant attaquer Mossoul. L'EI a même investi la ville d'al-Routba le dimanche 23 octobre, à l'ouest de la province d'al-Anbar, qui était menacée depuis des mois par la montée en puissance de la wilayat al-Furat de l'EI, à cheval sur la Syrie et l'Irak.
Enfin, l'EI a soigneusement contrôlé sa propagande sur la bataille : reportages photos et vidéos la première semaine, avec bulletins journaliers de statistiques, documents rassurants pour ses partisans sur le cours de la bataille, etc., avant d'être plus silencieux à partir de la seconde semaine.

 

(Lire aussi : Une première messe sans fidèles dans Qaraqosh libérée)

 

Peut-il garder la même force de frappe au fur et à mesure que l'offensive pour reprendre la ville progresse, et surtout face aux effectifs déployés contre lui ?
Non, évidemment. L'EI ne pouvait tenir indéfiniment l'approche de Mossoul, d'autant plus qu'il n'y a engagé qu'une partie de l'effectif disponible dans la ville, le gros étant gardé pour le combat de rue lui-même. Il y a eu cependant des mouvements par la porte de sortie à l'ouest/sud-ouest de la ville, avec des combattants qui sont arrivés de Syrie et des cadres qui ont probablement fait le chemin inverse. Mais encore une fois, au vu de la disproportion des forces, l'EI n'a probablement jamais compté tenir l'extérieur de la ville, et s'est sans doute concentré sur le combat urbain à l'intérieur de celle-ci, où il conserve des atouts. Le combat retardateur à l'extérieur de la ville ne sera pas tout à fait le même que celui à l'intérieur de Mossoul.

 

Les forces de la coalition sont arrivées à Mossoul hier et des combats de rue sont inévitables. Les scénarios de Syrte et Kobané vont-ils se reproduire ?
L'EI a disposé de beaucoup de temps pour préparer le combat urbain, dont il a maintenant une certaine expérience : il se bat depuis deux ans dans les quartiers de la ville de Deir ez-Zor en Syrie pour prendre l'aéroport militaire tenu par le régime. Il combat dans l'immense camp palestinien de Yarmouk, au sud de Damas, contexte urbain par excellence. Il a défendu la ville de Manbij contre les Forces démocratiques syriennes pendant plus de deux mois. Il a combattu plusieurs mois là encore contre l'armée irakienne et ses alliés à Ramadi puis à Fallouja. Les combats pour l'extérieur de Mossoul nous montrent déjà, ponctuellement, que l'EI a enterré des chars dans les maisons pour les utiliser en position de tir fixe (c'était d'ailleurs l'une des questions qui se posaient: qu'allait faire l'EI de ses véhicules blindés saisis en Irak, que l'on ne voit jamais, pour ne pas qu'ils soient détruits par l'aviation, mais qui existent bel et bien?). Il reproduira probablement cette tactique dans la ville avec les véhicules blindés encore à sa disposition. Peut-être fera-t-il usage de drones piégés comme cela a été le cas dix jours avant l'offensive contre les forces spéciales françaises et les Kurdes irakiens à Erbil.

L'EI va-t-il utiliser aussi son arsenal chimique dans les combats de rue ? C'est une question à se poser au vu du déroulement de la bataille à l'extérieur de la ville et l'incendie de la mine de soufre ou des roches volcaniques du même minerai. Il faut s'attendre là encore à ce que l'EI, retranché dans une partie de la ville, ait creusé de nombreux tunnels et galeries souterraines, obstrué les rues, percé les cloisons des bâtiments pour faciliter le passage des combattants et des armes, piégé les édifices avec des IED, qu'il utilise des VBIED en ville comme il l'a souvent fait. Sans parler des snipers et des tirs d'artillerie. Pour l'instant, tous les indices semblent montrer que l'EI a l'intention de se battre dans la ville, et effectivement, cela peut être particulièrement long dans le cas d'une résistance jusqu'à la dernière extrémité comme on l'a vu ailleurs en Irak.

 

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L,E.I. VA PROFITER DES DIFFERENTS ENTRE RUSSES ET AMERICAINS ET L,ANALYSE DIT QU,IL VA COMBATTRE JUSQU,A LA DESTRUCTION COMPLETE DE LA VILLE... OU... LE RETRAIT SOUDAIN VERS LA SYRIE... RUSSES ET ALLIES OCCIDENTAUX SONT ENTRAINES DANS L,HYSTERIE PAR TOUS LES GROUPES RELIGIEUX ET EXTREMISTES QUI SE CONFRONTENT SUR LES TERRAINS...

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