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Moyen Orient et Monde - Analyse

Le Moyen-Orient, nouveau royaume des milices

Les conflits syrien, irakien, yéménite, libyen, voire même israélo-palestinien ont beau être difficilement comparables, il n'empêche qu'ils ont au moins un point commun : tous ont donné naissance à des mouvements miliciens qui sont aujourd'hui au cœur de leurs théâtres de guerre.

Un combattant de la milice chiite Badr à Amerli, en Irak, le 5 septembre 2014. Archives Reuters

Elles sont au cœur de la bataille, à Alep comme à Mossoul. Elles sont irakiennes, syriennes, yéménites, palestiniennes, libyennes, libanaises ou multinationales. Elles sont sunnites, chiites, chrétiennes, druzes, yazidis, kurdes, turkmènes ou arabes. Elles se battent au nom d'Allah (d'Abou Bakr ou de Hussein) ou de Dieu pour défendre leurs « peuples » ou pour imposer une nouvelle donne (géo)politique.

Elles, ce sont les milices. Des groupes armés non officiels qui se sont constitués en période de guerre, le plus souvent en fonction d'appartenances ethniques ou confessionnelles. La guerre libanaise en a produit une dizaine. Elle a été l'antichambre de ce fléau qui se répand aujourd'hui dans toutes les zones de conflits au Moyen-Orient.
Les conflits syrien, irakien, yéménite, libyen, voire même israélo-palestinien ont beau être difficilement comparables, il n'empêche qu'ils ont au moins un point commun : tous ont donné naissance à des mouvements miliciens qui sont aujourd'hui au cœur de leurs théâtres de guerre. Des mouvements miliciens qui font la loi à défaut de respecter celle de leurs États et qui deviennent paradoxalement, malgré leur faiblesse intrinsèque, les véritables maîtres du jeu, ou plutôt du chaos.

C'est vrai pour les milices Misrata en Libye, comme pour les houthis au Yémen, les YPG (Unités de protection du peuple) en Syrie ou les sadristes en Irak, pour ne citer qu'elles. Malgré leurs nombreuses différences, ces milices partagent toutes un même itinéraire: elles sont le résultat d'un chaos qu'elles finissent par perpétuer, voire renforcer, pour ne pas disparaître. Elles sont la conséquence d'un délitement de l'État qu'elles contribuent à affaiblir encore davantage en lui contestant son monopole à exercer « sa violence légitime » et en s'attribuant certaines de ses prérogatives (police, justice, éducation). Elles remettent en cause l'ordre en place en faisant une OPA sur l'État et/ou en proposant un contre projet para-étatique. Elles méprisent et parfois oppriment la majorité au nom de la défense de leur minorité. C'est vrai pour l'Armée nationale libyenne (ANL) du général Haftar, pour les combattants d'el-Qaëda dans la péninsule Arabique (AQPA), pour les Forces de défense nationale (FDN) en Syrie ou pour les brigades du Hezbollah en Irak, etc.

(Repère : Les forces en présence dans la bataille de Mossoul)

 

« Les ennemis de mes ennemis... »
Les milices se combattent entre elles et/ou forment des alliances au gré des circonstances et de leurs intérêts. Les Kurdes syriens ont ainsi reçu un appui aérien des Américains dans leurs combats contre l'État islamique (EI) et un autre des Russes au moment de leurs combats contre les rebelles syriens. À Mossoul, les peshmergas coordonnent leurs offensives avec l'armée irakienne, malgré les relations conflictuelles qu'entretiennent Bagdad et Erbil. Au Yémen, les houthis collaborent avec l'ex-président Saleh, alors que celui-ci les a réprimés à plusieurs reprises quand il était encore au pouvoir. Et que dire des innombrables groupes armés qui forment l'opposition syrienne, qui s'unissent lorsqu'il s'agit de combattre contre Bachar el-Assad et qui se battent entre eux dès lors que les troupes loyalistes se retirent.

Une milice ne déteste rien de plus qu'une autre milice qui lui conteste son pré carré au nom d'une cause sensiblement identique. Les relations de concurrence et de partenariat obligé entre le Hamas et le Jihad islamique, entre Jaich al-islam et Ahrar el-Cham, entre les peshmergas et le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) illustrent assez bien la fragilité de ces alliances où « les ennemis de mes ennemis restent, pour la plupart du temps, mes... ennemis ».

(Lire aussi : Les milices chiites près de Mossoul sous surveillance)

 

Le cœur du problème
Au moins trois types de mouvements miliciens existent aujourd'hui au Moyen-Orient.
Celles qui sont directement liées à un État étranger, devenant un instrument, souvent de déstabilisation, au service d'une politique étrangère assez réfléchie. C'est le cas de l'organisation Badr en Irak, bras armé de l'Iran, ou de la pléthore de milices irakiennes, afghanes ou pakistanaises qui sont déployées d'un front à l'autre, de la Syrie à l'Irak et inversement, en fonction de la priorité du moment pour Téhéran.

Celles qui, ensuite, ont leur propre agenda politique, mais qui dépendent en partie ou essentiellement de ressources extérieures. C'est le cas des Kurdes syriens, comme de la majorité des groupes qui composent l'opposition syrienne armée, mais aussi des houthis, du Hamas ou de Fajr Libya. La pérennité de ces groupes dépend en partie du soutien qu'ils reçoivent de la part d'un ou de plusieurs États étrangers. Mais ce soutien répond parfois à une vision à court terme qui crée, en quelque sorte, des alliances de circonstance plutôt que des alliances stratégiques.

Celles qui, enfin, sont complètement ou quasiment autonomes. C'est le cas de l'EI ou d'Aqpa. Infréquentables, ces formations sont en dehors du jeu régional bien qu'elles profitent pleinement de ses multiples contradictions.
Comment les puissances internationales et régionales peuvent traiter avec ces trois types de milices ? Concernant la troisième catégorie, tout le monde s'accorde à dire qu'il faut les anéantir, et la question est plutôt: avec qui ? Pour les deux premières par contre, c'est nettement plus compliqué : elles sont le cœur du problème, et pourtant, aucune solution n'est possible sans elles...

 

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Elles sont au cœur de la bataille, à Alep comme à Mossoul. Elles sont irakiennes, syriennes, yéménites, palestiniennes, libyennes, libanaises ou multinationales. Elles sont sunnites, chiites, chrétiennes, druzes, yazidis, kurdes, turkmènes ou arabes. Elles se battent au nom d'Allah (d'Abou Bakr ou de Hussein) ou de Dieu pour défendre leurs « peuples » ou pour imposer une nouvelle...

commentaires (2)

Aucune milice affiliée aux bensaouds ?????????????? Revoyez votre copie Mr Samrani , vous devenez de plus en plus nul .

FRIK-A-FRAK

11 h 39, le 28 octobre 2016

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Commentaires (2)

  • Aucune milice affiliée aux bensaouds ?????????????? Revoyez votre copie Mr Samrani , vous devenez de plus en plus nul .

    FRIK-A-FRAK

    11 h 39, le 28 octobre 2016

  • ET NOTRE MILICE QUI FAIT PARTIE INTEGRALE D,UN ETAT ETRANGER ?

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    11 h 05, le 28 octobre 2016

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