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« Bi Tassarrof », ou l’art à la rescousse du livre...

Événement

Il ne s'agit pas de l'ouverture officielle de la Bibliothèque nationale, mais d'une exposition qui entrouvre, enfin, les portes de cette prestigieuse institution en phase finale de réhabilitation. « Bi Tassarrof », ou lorsque « 55 artistes libanais répondent à l'appel du livre » et qu'ils font d'un ouvrage à la pagination défectueuse la source féconde de 55 œuvres d'art.

Zéna ZALZAL | OLJ
14/10/2016

Décidément, l'art bat son plein à Sanayeh en ce moment. Faisant face au jardin du même nom qui accueille provisoirement des sculptures et installations monumentales, la Bibliothèque nationale (BN) présente aussi (à partir de ce soir et jusqu'au 13 novembre) des œuvres « faites maison » par 55 artistes libanais autour d'un livre... comportant un défaut de pagination.

Tout commence avec un ouvrage édité en 2010 par la Fondation libanaise de la Bibliothèque nationale (FLBN) dont les chapitres avaient été mal assemblés. Intitulé Cent ans de presse au Liban, 1858-1958, ce recueil qui devait accompagner un accrochage témoignant de la riche collection de périodiques et journaux des archives nationales n'a donc plus été distribué. Et ses exemplaires sont restés en dépôt jusqu'à ce que Randa Daouk, présidente de la FLBN, ait l'idée d'en faire le thème fédérateur d'une exposition qui réunirait un florilège d'artistes libanais au profit du projet de réhabilitation de la BN.

Il y a dix ans, la FLBN avait organisé, en collaboration avec Nadine Begdache (galerie Janine Rubeiz), Pinceaux pour plumes, une première opération de communication, et récolte des fonds pour l'institution éponyme. L'exposition, qui avait présenté au musée Sursock une sélection d'œuvres de 42 artistes toutes inspirées du livre, avait connu un vif succès. Pourquoi ne pas réitérer l'expérience en mettant cette fois à disposition des artistes des copies de l'ouvrage défectueux afin qu'ils s'en inspirent librement pour créer chacun une pièce avec son langage, son style et son médium de prédilection ?
Randa Daouk soumet l'idée à Nadine Begdache qui s'enthousiasme pour ce concept de « livre revisité ». Elle lance illico le projet auprès d'un grand nombre d'artistes libanais, « de différentes générations et écoles », contactés directement ou à travers leurs galeristes.

House of Cards
« Je voulais une diversité artistique qui reflète la diversité culturelle du pays. Qu'il y ait à la fois de jeunes talents et de grandes signatures. Mais aussi des artistes locaux et d'autres résidents à l'étranger, comme Etel Adnan, Mireille Honein, Anabelle Daou, Joanna Hadjithomas et Khalil Joreige, ou Lina Hakim. L'idée étant de voir comment leurs pièces allaient communiquer ensemble », indique la galeriste et curatrice de cette exposition.
Un an plus tard, voilà les œuvres exposées au cœur de la vaste et lumineuse salle de lecture de la Bibliothèque nationale à Sanayeh*. D'emblée, on peut affirmer qu'une belle harmonie se dégage de ces 55 variations sur un même thème. Cinquante-cinq visions et réinterprétations différentes de ce même livre qui, portées par l'élégante et délicate scénographie de l'architecte Karim Begdache, trouvent naturellement leur place au sein de cet espace de culture et de mémoire.

Libres d'en disposer à leur guise, bon nombre d'artistes ont déconstruit l'ouvrage pour le retravailler sous forme de sculpture ou d'installation. À l'instar de la sculptrice Mireille Honein, de la plasticienne écolo Amal Saadé, de Liane Mathes Rabbath, qui a découpé le cèdre du Liban dans ses pages, ou encore d'Annabel Daou, qui l'a découpé pour en faire un House of Cards filmé en vidéo. Beaucoup ont intégré ses pages dans des techniques mixtes sur toiles (Greta Naufal, Laura Pharaon, Mansour el-Habre, ou encore Rached Bohsali, qui présente un assemblage de peinture et collages incorporant le livre aux pages pliées pour former le mot Iqra' ). D'autres l'ont tout simplement peint, comme Lamia Ziadé ou Oussama Baalbaki, qui a fait du livre ouvert le support de sa peinture noire et dense de nature morte. Ou se sont inspirés de son contenu dans leurs peintures (Portrait de Sélim el-Laouzé par Randa Ali Ahmad, ou composition de 9 panneaux autour de la machine à écrire par Edgar Mazigi...).

Langage binaire
Certains se sont amusés à en faire des objets, parfois insolites, en papier mâché ou en assemblages. Gaby Maamari l'a ainsi transformé en caméra sur pieds, et Lina Hakim en échiquier. Quelques-uns l'ont reconverti en livre d'artiste. Ludique chez Christine Kettaneh, ou critique pour le poète Alain Tasso. Ce dernier estime qu'il n'a pas le droit de détruire un livre, alors il y a ajouté un poème calligraphié sur des pages en accordéon. Et enfin, un peu dans ce même ordre d'idées, il y a ceux qui ont préféré intervenir de manière discrète, du bout des doigts et du pinceau (Etel Adnan, Simone Fattal), ou encore mystérieuse (Joanna Hadjithomas et Khalil Joreige, qui ont transmuté certains de ses textes en langage binaire).
On ne peut évidemment pas énumérer de manière exhaustive toutes les œuvres exposées, qui valent pour la plupart le détour. D'autant que l'exposition offre de belles découvertes de jeunes talents.
Légitimement fières de leur entreprise, Randa Daouk et Nadine Begdache saluent de concert « la solidarité et la générosité des artistes qui se sont investis très sérieusement dans ce projet, en prenant la peine de faire des œuvres denses et réfléchies ». Car la totalité du produit de la vente des œuvres sera reversée aux travaux de réhabilitation en cours de la bibliothèque.
À signaler que c'est le calligraphe Samir Sayegh qui a trouvé et tracé le titre de cette exposition. Comme quoi, même avec des erreurs, le livre reste un généreux pourvoyeur d'idées, un ample creuset de créativité.

* Horaires d'ouverture : du mardi au dimanche, de 11h à 18h. Entrée libre.

 

 

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