Nos Lecteurs ont la Parole

Il y a 40 ans tombait Tal el-Zaatar

Massoud ACHKAR
OLJ
12/08/2016

Nous étions dix jeunes combattants d'Achrafieh à rejoindre spontanément la bataille de Tal el-Zaatar quelques jours avant que les Kataëb ne participent officiellement au combat. La bataille avait été déclenchée quelques jours auparavant par les militants du PNL, du Tanzim, des Gardiens du Cèdre, de l'armée du Liban, du groupe Bach Maroun Khoury et des habitants volontaires de la région. Les milices palestiniennes terrorisaient la région de Dékouaneh, Sin el-Fil, Mkallès et Jisr el-Bacha depuis 1969, humiliant les citoyens en imposant des barrages sur les routes principales, en kidnappant des civils contre rançon et même en exécutant de jeunes innocents (décembre 1975). Abandonnée par l'État et ses institutions, la population chrétienne n'avait d'autre choix que de se défendre comme elle le pouvait.
La bataille de Tal el-Zaatar commence en juin 1976. Les factions palestiniennes sont bien préparées, excessivement armées, entraînées pendant des années à l'art de la guerre, et soutenues financièrement et militairement par plusieurs puissances étrangères. En face, nous sommes de jeunes civils ayant reçu un entraînement précaire au maniement des armes. Nos compagnons tombent par dizaines sur le champ de bataille, face à un camp mille fois fortifié et cerné de mines. Pour tous les observateurs, les chances de remporter cette bataille sont pratiquement inexistantes. Chaque mètre gagné nécessite des efforts considérables, des vies. L'improvisation est le seul moyen de renverser la donne. Nous profitons d'une brèche ouverte par un obus au niveau de Dékouaneh pour avancer parmi les rats déchaînés dans une canalisation de moins d'un mètre de diamètre. Cette offensive sera connue plus tard sous le nom de « guerre des égouts ». Elle allait être remportée, comme Tallet el-Mir, grâce à l'héroïsme légendaire de nos jeunes gens, et déterminer ainsi le sort de ce conflit. Voyant la situation tourner à son désavantage, Yasser Arafat, qui avait « besoin de martyrs » pour sa propagande, comme allait l'écrire Robert Fisk dans The Broken Revolutionary, demande à ses combattants de faire semblant de se rendre, puis de tirer sur les combattants venus accepter leur reddition. Finalement, Tal el-Zaatar est repris aux factions palestiniennes le 12 août 1976, après 54 jours de siège.
Pourquoi raviver les blessures du passé ? Parce qu'un peuple qui n'a pas d'histoire n'a pas d'avenir. Parce que le problème de la présence palestinienne au Liban est occulté pour des considérations politiques et sectaires. Parce que l'histoire de Tal el-Zaatar a été déformée par la propagande. Parce que, malgré la décision unanime de la première table de dialogue, rien n'a été fait pour désarmer ceux qui continuent à causer des troubles et à héberger des hors-la-loi. Il ne suffit pas « d'oublier » et de « pardonner » pour effacer les séquelles de la guerre, il nous faut nous rappeler et agir intelligemment et catégoriquement pour que nos enfants vivent dans un Liban souverain où ils seront protégés des horreurs que nous avons vécues.
Les affrontements de Tal el-Zaatar auront causé la mort de 200 héros tombés sur les champs de bataille pour sauver l'image du Liban souverain et indépendant que nous chérissons, et délivrer une région et des citoyens captifs des factions palestiniennes qui croyaient que la route de la Palestine devait passer sur le corps des Libanais. Si j'écris aujourd'hui, c'est pour commémorer le sacrifice de ces 200 martyrs de tous les partis chrétiens qui sont tombés dans cette bataille et qui ne sont pas morts en vain.

Massoud ACHKAR

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Antoine Salamé

Ayant vécu moi même l'humiliation d'être arrêté au barrage palestinien et interrogé par des bandits et planqué au soleil pendant des heures, je reste persuadé 40 ans plus tard de la nécessité de se débarrasser du camp et du symbole que représentait ce camp en plein territoire chrétien. Ce réduit, chrétien malgré lui mais qu on voulait libanais, sans cesse en perte de terrain depuis, a inspiré et bien avant 1976, les libanais de toutes religions et confession de se débarrasser des occupants fussent-ils nabuchodonosor ou assad.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

FAUT OUBLIER ET NE PAS PARLER DE TELS EVENEMENTS REGRETTABLES OU LES DECHAINEMENTS ET LES ERREURS FURENT COMMISES DES DEUX COTES... TOUT EN N,OUBLIANT PAS QU,ON DOIT SAUVER SA PATRIE CONTRE QUI QUE CE SOIT ET NE S,OUBLIANT PAS SOI-MEME !

Irene Said

Vous avez mille fois raison, Monsieur Massoud Ackar, de nous rappeler cette période...surtout ces 54 jours de la bataille de Tell el-Zaatar, que nous avons vécue...à 2km de vol d'oiseau de là...
Pour que les monumentales erreurs qui y ont conduit ne se reproduisent plus jamais.

Et que nous fassions surtout très attention de ne pas permettre une nouvelle occupation rampante de notre Liban par les soi-disant réfugiés Syriens, voulue et planifiée par des pays qui n'en ont rien à faire de notre souveraineté.

Donc, dehors tous ceux qui, soi-disant Libanais et autres, oeuvrent pour des puissances étrangères en sacrifiant notre pays.
Irène Saïd

ON DIT QUOI ?

" Abandonné par l'état. .." vous dites ? ?????,

Ah bon ! Je pensais que l'état était puissant et fort jusqu'en 1982 date d'entrée en résistance du hezb résistant qui a foutu un coup de pied au derrière des envahisseurs usurpateurs en 2000 ! !!!!

J'ai adoré vous lire mais cala ma interpellé quelque part.

Honneur et Patrie

Toute la gloire aux héros PNL, Kataéb, Gardien du Cèdre, Tanzim, soldats de l'armée libanaise qui ont livré la bataille de Tall-el-Zaatar. Toute la gloire à ceux qui sont morts pour défendre leur pays et non le pays des autres..
Toute la honte à Yasser Arafat qui avait dit : La route de Jérusalem passe par Jounieh.
Tout le mépris à Yasser Arafat qui avait dit : J'ai gouverné le Liban avec mon doigt.
Yasser Arafat est mort dans son lit en France et non en Palestine, empoisonné comme un chien enragé.

Ayman Assi

Peut on savoir comment vous avez distinguer entre un civil et un combattant, spécialement les 4 derniers jours quand les civils ont commencé à fuir vers Dekwaneh avec des drapeaux blancs ?
On ne peut pas oublier la scène quand les civils descendaient les rues alors que les Kataeb longeaient les rues à droite et à gauche. Deux Kataeb qui blaguaient ensemble: "regarde celui la avec sa femme et ses enfants comment je vais les jeter dans le canal" et il l'a tué en utilisant le couteau qui sortait de son fusil.
On n'oubliera pas comment un des Kataeb voulait confisquer une bague du doigt d'un civil libanais parmi les civils de Tal Zaatar, la bague ne sortait pas, le phalangiste a dû lui couper le doigt.
C'est juste quelques anecdotes parmi d'autres.
Vous vous rappelez certainement de la fossé créée dans la place de Dekwaneh juste à côté de l'horloge où on jettaient les cadavres.
Ceci ne veut pas dire que les palestiniens étaient innocents et ne visaient pas des civils libanais.
Vous étiez, vous milices, et palestiniens, des pions dans le conflit palestino-syrien. Pendant ce temps, Hafez Assad voulait prendre en main la carte palestinienne et Abou Ammar avait refusé. Le support des phalangistes venaient donc des syriens en terme de missiles obus et autres armes.
Que la mémoire de Tal Zaatar devienne une commémoration de l'indépendance du Liban et des libanais qui commence par la lute contre la dépendance des tous les pays extérieurs: arabes perses et israéliens.

Lebinlon

je remercie Massoud Achkar pour ce témoignage très pudique. je me rappelle de la chute de Tall el Zaatar: des cris de joie de mon père et des larmes de ma mere surtout.
Tall el zaatar a été LA bataille de la guerre civile libanaise. celle qu'on ne pouvait pas perdre. sinon le "réduit chrétien" comme il a été denominer plus tard n'aurait jamais vu le jour et on vogueraient sur les bateaux que l'aimable M Kissinger avait prévu pour nous.
ne vous inquiétez pas Massoud Achkar! personne n’oublie!

TYAN Georges

Merci Massoud Achkar, vous faites un devoir de mémoire et d'hommage à vos compagnons.

Nadine Naccache

Bravo! Continuez à nous rafraichir la mémoire qui trop souvent a flanché jusqu'à nous faire oublier toutes les douleurs et les atrocités de notre passé.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

J,ETAIS ET JE SUIS CONTRE TOUS LES ARAFAT D,HIER ET DE SES SEMBLABLES D,AUJOURD,HUI ET DE LEURS ABJECTES EXACTIONS... MAIS... LA CAUSE NE JUSTIFIE PAS LES ATROCITES COMMISES CONTRE LES CIVILS, FEMMES ET ENFANTS, DE TALL EL ZA3TAR... ET OU SONT LES VOISINS QUI AVAIENT PARTICIPE SOUS LE CONTROLE DU BOUCHER CHARON ... ON LES OUBLIE ... POURQUOI ?

M.V.

Les palestiniens ont pillé ,violé ,saccagé outragé le Liban ...!l'on comprend mieux avec le temps... pourquoi les pays arabes les finançaient grassement pour mieux les fixer chez nous ..et pas les avoir chez eux....! d'ailleurs le roi Hussein avait bien compris le danger ....en expulsant Arafat et ses bandes armées ...! (septembre noir) ...hélas, sous la pression des pays arabes ...s'est le Liban qui a hérité -pour son plus grand malheur- de cette invasion armée ...avec comme cerise sur le gâteau faisandé de la ligue arabe ... les accords du Caire....

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