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Liban

La municipalité de Chyah, un cas d’école illustrant les efforts pour dépasser les séquelles de la guerre

Société
04/08/2016

Les dernières élections municipales de mai dernier ont eu entre autres avantages d'illustrer les spécificités socioéconomiques de certaines régions ou localités, plus particulièrement dans les zones rurales, mais également, parfois, à la périphérie de la capitale. Dans certains cas, les changements démographiques survenus ces dernières années ont également été mis en évidence. C'est notamment le cas du secteur de Chyah qui fut pendant la longue période de la guerre libanaise l'un des principaux points sur la ligne de démarcation séparant les deux secteurs de Beyrouth. Dans cette optique, Chyah représente un cas significatif des effets sociologiques et démographiques induits par le conflit interne dans le pays.

Cette évolution – ou plutôt un tel bouleversement – a été suivie de près par le président du conseil municipal de Chyah, Edmond Gharios, qui occupe ce poste depuis près de 18 ans et qui a été dernièrement reconduit à la tête de la municipalité de la localité. Homme d'affaires et l'une des principales figures d'une des grandes familles de la région, il retrace les changements subis par cette zone de la banlieue beyrouthine. Un retour à ce cas spécifique n'est pas dépourvu d'intérêt à l'heure où le Liban et la région traversent une période de grands bouleversements sociaux sous l'effet d'une diversité de conflits armés.

Située dans la banlieue sud de Beyrouth, l'agglomération de Chyah – dont la population, à l'origine, était à forte majorité chrétienne – a subi d'importants changements démographiques du fait des retombées de la guerre. Ce bourg représentait avant les événements de 1975 un pôle d'attraction politique et administratif du fait qu'il accueillait les bureaux de cinq ministères, mais il a perdu cette place privilégiée lorsqu'il s'est transformé en ligne de démarcation.
Ouverte aujourd'hui à toutes les confessions et offrant un accès direct à des quartiers de la banlieue sud connus pour leur activité industrielle et commerciale, cette localité relance dans le contexte présent sa position stratégique en assurant aux travailleurs de Beyrouth et de ses alentours un lieu d'habitation idéalement situé.

 

Un riche patrimoine foncier
Le principal défi auquel est confrontée actuellement la municipalité de Chyah est de s'assurer une certaine valeur ajoutée, en quelque sorte, en soutenant les entreprises déjà présentes, tout en encourageant de nouvelles compagnies à s'implanter. Pour atteindre cet objectif, la municipalité mise sur son riche patrimoine foncier, l'agglomération s'étant dotée d'un parc d'infrastructures (écoles, hôpitaux...) quasi complet.

Le président du conseil municipal, Edmond Gharios, souligne dans ce cadre que la principale difficulté rencontrée par la municipalité réside dans le fait que « les précédents conseils municipaux n'ont pas pris en considération l'expansion démographique et ont pensé et structuré la localité sur base d'une population stable ». Les conséquences se font sentir aujourd'hui, et par voie de conséquence, le conseil municipal a « repensé l'agglomération de façon à la rendre plus humaine ».

Lors de ses trois précédents mandats, Edmond Gharios, assisté de son équipe municipale, a tenté d'effacer autant que possible les séquelles de la guerre, tout en axant son action sur l'accroissement du bien-être des habitants et l'amélioration des conditions sociales de la population. Des efforts ont ainsi été déployés pour mettre à la disposition des habitants des assistances médicales et sociales, tout en garantissant, parallèlement, aux jeunes un environnement plus sain, par le biais, notamment, de la création d'un forum sportif et culturel lors des précédents mandats de M. Gharios. Une telle initiative reflète ainsi l'implication de M. Gharios auprès des jeunes, qui bénéficient désormais d'un espace entièrement dédié aux activités culturelles et sportives.

 

Préserver l'héritage de la localité
Pour son quatrième mandat, le président du conseil municipal souhaite « faire de Chiyah un lieu de rencontre en assurant la présence rayonnante de ses habitants ». L'enjeu pour la municipalité est de « favoriser le retour des familles et des enfants originaires de Chyah afin de préserver l'héritage de la localité ».

L'action menée sur ce plan explique, à n'en point douter, la forte popularité dont bénéficie M. Gharios auprès des habitants. Lors des dernières élections municipales, il a été ainsi reconduit à son poste ainsi que 80 % du conseil municipal pour un quatrième mandat, sur base d'un large consensus. Le vote n'a donc pas été nécessaire. M. Gharios souligne à cet égard que cette démarche s'inscrit dans le respect de la démocratie puisque aucun des candidats ayant souhaité se présenter contre lui n'a pu trouver un soutien. Pour le président du conseil municipal, ce sont les habitants de Chyah eux-mêmes qui ont tenu tête et empêché l'émergence d'autres candidats, « en reconnaissance pour le travail accompli par l'ensemble de l'équipe municipale ».

La popularité et la confiance accordées à chaque échéance par les habitants permettent ainsi au président du conseil municipal de se tenir à l'écart de toute appartenance politique et de se présenter aux élections sans couverture politique, ce qui lui confère, selon lui, « une place parmi les acteurs incontournables de la région avec qui il est nécessaire de discuter ».

 

La participation de la femme
Sur dix-huit élus, seule une femme a su trouver sa place au sein du conseil municipal, malgré les encouragements et le souhait exprimé par M. Gharios de susciter chez les femmes un engagement politique. Toutefois, il admet à contrecœur que, malgré les efforts qu'il a fournis, la préférence des familles restait celle d'une candidature masculine.

S'agissant d'une élection à l'échelle locale, ce sont les familles qui ont les pleins pouvoirs et qui forment le conseil municipal. À en croire le président du conseil municipal, les femmes arriveront au cœur du pouvoir par leurs compétences, et les quotas censés garantir un nombre défini de sièges aux femmes sont, à son avis, une mauvaise idée car « la femme est capable de prendre elle-même sa place ». Pour M. Gharios, la femme libanaise bénéficie des capacités des compétences requises et joue un rôle très actif au niveau de l'économie libanaise. Les femmes ont pleinement investi et ont réussi dans le secteur privé comme au sein du secteur public et certaines sont très bien placées. Il reste que M. Gharios admet l'existence de facteurs qui font obstacle aux femmes. « C'est une question de temps, et les femmes progressent plus vite que les hommes, affirme-t-il. Elles prendront le leardership dans quelques années sans aucun obstacle. »

La prochaine échéance pour Edmond Gharios dépendra de la révision ou non de la loi électorale pour les élections parlementaires. Le président du conseil municipal n'écarte pas à cet égard la possibilité d'une candidature de sa part à un siège parlementaire si le mode de scrutin évolue, garantissant aux candidats « une meilleure représentativité ».

 

 

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Le Faucon Pèlerin

Je profite de l'occasion pour rendre hommage à titre posthume à mon ami Maroun Youssef Maroun qui fut élu Président de la Municipalité de Chiyah durant plusieurs mandats et ce, jusqu'à sa disparition.

Pierre Hadjigeorgiou

1- "les quotas censés garantir un nombre défini de sièges aux femmes sont, à son avis, une mauvaise idée car « la femme est capable de prendre elle-même sa place". Tout a fait d'accord! Il ne faut pas traite les femmes comme un être de 2e catégorie a qui il faut assurer une place. Elles sont aussi intelligentes et capables que les hommes et pour l’égalité elles se doivent de faire leur place au soleil d'elle même. C'est bien plus méritoire et intéressant pour elle.
2- Juste un rappel, quelqu'un qui sert dans une municipalité n'a pas le droit de se présenter aux élections parlementaires.

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